Combien gagne un agriculteur en France ?

09/05/2026

Au 1ᵉʳ janvier 2026, la nouvelle grille conventionnelle de la production agricole fixe le palier d’entrée à 1 823,03 euros bruts mensuels, et maintient près de 60% des salariés du secteur au voisinage du SMIC.

La convention collective nationale de la production agricole et des CUMA (IDCC 7024) a été revalorisée par un avenant signé le 20 janvier 2026, avec une progression moyenne de 1,20% sur l’ensemble des paliers. Le texte est en attente de publication au Journal officiel et d’extension à la date de rédaction. Le taux horaire brut du palier 1 atteint 12,02 euros, aligné sur le SMIC revalorisé de 1,18% au 1ᵉʳ janvier 2026, soit 1 823,03 euros mensuels pour 35 heures et 21 876,40 euros annuels. Le palier 12, correspondant au cadre supérieur, culmine à 24,16 euros de l’heure, soit environ 3 664 euros bruts mensuels. Près de 60% des salaires de la production agricole se situent au voisinage du SMIC.

Un texte parallèle, la convention des entreprises de travaux agricoles, ruraux et forestiers (IDCC 7025), régit les ETARF et intègre des grilles spécifiques pour la sylviculture et l’aviculture.

Débutant à 1 658 euros, senior à 2 594 euros : la paye à la tâche

Un salarié agricole débutant est rémunéré 19 890 euros bruts annuels en 2025-2026, soit 1 658 euros mensuels. Un profil junior (1 à 3 ans d’ancienneté) atteint 21 060 euros, un confirmé (3 à 5 ans) monte à 26 909 euros, et un senior au-delà de cinq ans à 31 122 euros, soit 2 594 euros bruts mensuels. La décote brut-net varie de 21 à 25%, ramenant le net mensuel du débutant à 1 293 euros et celui du senior à 2 023 euros. Les conducteurs d’engins et ouvriers hautement qualifiés sont payés de 2 280 à 3 900 euros bruts selon la filière et la région.

1 035 euros nets, 70 heures : la médiane des exploitants

Le bénéfice agricole moyen déclaré à la MSA s’établit à 21 500 euros annuels, et l’indicateur européen RCAI à 33 000 euros pour les exploitations moyennes et grandes. Un exploitant agricole touchait une rémunération de référence de 2 737 euros mensuels au 15 avril 2026. Les 10% les mieux dotés déclarent plus de 44 600 euros de revenu agricole annuel. Un nouvel installé se situe entre 1 500 et 2 000 euros nets mensuels les premières années, un niveau tenu par les dotations d’installation. La médiane à 1 035 euros nets mensuels pour 70 heures de travail hebdomadaire, médiatisée lors de la crise agricole de janvier 2024 et reprise par la commission des Affaires économiques du Sénat, reste la statistique la plus citée de la profession.

Les 7,1 milliards d’euros de la PAC pèsent sur chaque fiche de revenu

La campagne PAC 2025 a donné lieu à 7,1 milliards d’euros de versements aux exploitants, dont 4,77 milliards au titre de l’aide de base et de l’aide redistributive. L’aide de base au revenu (DPB) est estimée à 128 euros par hectare en moyenne nationale, et fixée à 144,64 euros en Corse. L’aide redistributive est arrêtée à 47,81 euros par hectare pour 2025. L’écorégime est fixé à 45,46 euros par hectare pour le niveau de base, 62,05 euros pour le niveau supérieur et 92,05 euros pour les exploitations bio, avec un bonus haies de 20 euros. L’indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), dotée de 1,2 milliard d’euros, est versée avec un coefficient de 97,6% dans l’Hexagone et 80% en Corse. L’aide complémentaire pour les jeunes agriculteurs tombe à 3 100 euros en 2025, contre 4 469 euros en 2024. Le logement de fonction en élevage, le GNR détaxé et l’autoconsommation complètent la rémunération réelle.

Francilien 2 783 euros, corse 1 801 euros : l’écart tient en 982 euros

L’Île-de-France arrive en tête des médianes régionales 2026, avec 2 783 euros bruts mensuels, tirée par les grandes céréalières du Bassin parisien. Le Grand Est et la Nouvelle-Aquitaine suivent à 2 366 euros. Huit régions, de la Bretagne à l’Occitanie en passant par les Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, affichent une médiane identique à 1 950 euros. L’Outre-mer s’aligne sur le SMIC à 1 823 euros, et la Corse ferme la marche à 1 801 euros. L’ICHN à 80% en Corse et les aides versées après le cyclone Chido à Mayotte en 2025 compensent partiellement l’écart. Ces médianes sont issues d’une agrégation d’annonces d’emploi et non d’une statistique officielle.

Céréales, lait, vin : trois conjonctures, trois revenus

Les grandes cultures affichent le taux de pauvreté le plus bas de la profession, à 12%. Leur revenu 2024 a plongé avec un rendement céréalier en baisse d’une tonne par hectare et une production de colza en recul de 10%. La viticulture a vu ses vendanges chuter de 28,8% en volume en 2024, et les prix du vin reculer. L’élevage bovin, ovin, caprin et porcin concentre 20% de ménages sous le seuil de pauvreté, avec un prix du porc en baisse de 8,6% sur l’année 2024. Les fruits et légumes constituent la seule filière en progression, à +2,1% et +3,8% de valeur de production. Les formes sociétaires (GAEC, EARL, SCEA) dégagent des revenus moyens supérieurs aux exploitations individuelles. Le niveau de vie s’établit à 23 800 euros pour les exploitants peu ou pas diplômés, contre 37 800 euros pour les diplômés de l’enseignement supérieur long.

La DNJA 2026 porte l’aide à 45 000 euros pour un jeune en montagne bio

La Dotation Nouveaux et Jeunes Agriculteurs (DNJA) a remplacé en 2026 l’ancienne Dotation Jeunes Agriculteurs et s’ouvre désormais aux 18-55 ans. Le volet trésorerie, réservé aux jeunes agriculteurs, est fixé à 13 000 euros en plaine, 15 000 euros en zone défavorisée et 17 000 euros en montagne. Une installation hors cadre familial donne droit à 5 500 euros supplémentaires. La majoration pour l’agriculture biologique va de 4 000 à 10 000 euros selon les surfaces reprises. Le volet outil de production est compris entre 4 300 et 28 300 euros. Les Chambres d’agriculture accompagnent les candidats via le Point Accueil Installation, qualifié de « priorité nationale » en février 2026. Le niveau de vie moyen atteint 25 100 euros chez les exploitants de moins de 40 ans, et monte à 30 400 euros entre 61 et 65 ans.

Quelles trajectoires de revenus jusqu’en 2030 ?

La valeur de la production agricole française a chuté de 8,8% en 2024, et la valeur ajoutée brute par actif a reculé de 13% selon le compte provisoire publié en juillet 2025, un chiffre qui correspond à une baisse du PIB agricole de 11,7%, soit plus du double de l’estimation initiale de décembre 2024. Les partenaires sociaux anticipent des revalorisations conventionnelles de 1 à 2% par an, calées sur le SMIC. La MSA recense 430 000 non-salariés en 2024, en recul de 2,4% par an, une démographie qui alimente la pression haussière sur les paliers 7 à 9 (techniciens et agents de maîtrise). L’écorégime bio à 92,05 euros par hectare et le bonus haies de 20 euros sont présentés par les pouvoirs publics comme des leviers de rentabilité de la conversion. Les aides PAC représentent dans certaines filières d’élevage la totalité du revenu net. Le taux de pauvreté des ménages agricoles se maintient à 16%.

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