Le jeudi 8 mai 2026, Clément Calvez, président du FC Sochaux-Montbéliard, s’est rendu à Issenheim, commune de 3 500 habitants du Haut-Rhin, pour signer une convention de partenariat sportif sur trois ans avec l’AGIIR Florival. La cérémonie s’est tenue au stade municipal Bernard Genghini. L’intéressé était présent, en qualité de président d’honneur du club.
Le partenariat prévoit des échanges de joueurs entre le club professionnel et la formation alsacienne, un suivi de formation, et la possibilité d’un match de préparation des professionnels sochaliens sur ce terrain. « L’AGIIR Florival est un club dynamique, structuré et qui travaille bien au niveau de la formation », a déclaré Clément Calvez lors de la signature. C’est le premier partenariat de ce type signé par le FCSM depuis la relance du club.
Pour Bernard Genghini, l’événement ferme une boucle de quarante ans. Le club formateur de ses débuts reprend contact avec sa terre natale, par son intermédiaire, dans son stade.
Trois clubs rivaux, un seul nom fédérateur
L’AGIIR Florival est né en 2015 de la fusion de trois entités concurrentes : le FC Guebwiller, l’Association des Italiens de Guebwiller et le club d’Issenheim, lors d’une assemblée constitutive tenue le 19 mai 2015. Trouver un président d’honneur capable de dépasser les tensions entre les trois communautés n’allait pas de soi. Genghini s’est présenté comme l’évidence. Il a lui-même résumé les raisons de son engagement : « J’ai effectué mes débuts au FC Guebwiller, mon nom est d’origine italienne et Issenheim est mon village. »
Gautier Jung, vice-président de l’AGIIR, a indiqué : « Bernard est l’une des figures de la région, pour son palmarès et sa carrière. » Depuis quelques années, Genghini s’est réinstallé au village. « Je suis officiellement à la retraite depuis trois ans. C’est un retour aux sources pour moi, même si je n’étais pas très loin auparavant », a-t-il déclaré. Il évoque sa notoriété locale avec une ironie mesurée : « L’autre fois, une dame de 80 ans me croise. Elle dit : « Oh, il y a même des vedettes, ici ! » Hier, dans un magasin, un type m’arrête : « Quel grand joueur vous étiez. » Ça fait toujours plaisir. »
Vingt-trois ans à Sochaux, jusqu’au naufrage
Avant ce retour en Alsace, Genghini avait consacré l’essentiel de sa vie professionnelle d’après-carrière au FC Sochaux-Montbéliard. En 1995, il rejoint le club qui vient de descendre en Division 2, pour prendre en charge le centre de formation. En décembre 1999, il accède au poste de directeur sportif de la section professionnelle, qu’il occupe jusqu’en 2006, période pendant laquelle Sochaux se stabilise en Ligue 1. Il devient ensuite responsable du recrutement jusqu’en 2015, puis entraîneur de l’équipe première en 2012-2013. « Vingt-trois ans à Sochaux, soit plus du tiers de mon existence. Le FCSM fait partie de moi », a-t-il déclaré.
En juillet 2023, la DNCG a rétrogradé administrativement le club en National, après la défaillance de son propriétaire chinois Nenking et un déficit annoncé de 22 millions d’euros. Genghini a réagi publiquement : « Comme si on avait perdu un proche, brutalement. » Il avait ajouté : « L’âme sochalienne survivra. » Éric Hély, ancien éducateur du centre de formation sochalien, a indiqué : « Pour moi, il est le meilleur joueur de l’histoire du club. »
Le partenariat signé en mai 2026 avec l’AGIIR Florival est la première action publique notable qui relie à nouveau Genghini et Sochaux depuis la crise.
Le milieu que Platini plaçait avant Fernandez
Michel Platini, interrogé sur la composition du carré magique, a un jour rectifié le récit commun : « Si l’on refait l’histoire, je pense que d’abord c’était un trio magique avec Alain Giresse, Bernard Genghini et moi. » La déclaration, faite sur RMC, n’a pas relancé grand débat. Genghini n’est pas du genre à alimenter les querelles de mémoire.
Lors de la Coupe du monde 1982 en Espagne, il inscrit deux buts sur coup franc direct : l’un face au Koweït à la 31e minute, l’autre face à l’Autriche à la 40e minute. Ce sont les deux seuls buts français sur coup franc direct dans l’histoire des Coupes du monde ! Il qualifie lui-même le match contre l’Autriche comme « son match le plus complet, offensivement comme défensivement ». La France termine quatrième après la défaite aux tirs au but contre la RFA (3-3, puis 4-5 aux tirs au but).
À l’Euro 1984 organisé en France, il est dans le groupe champion d’Europe, le premier titre majeur des Bleus. Mais l’émergence de Luis Fernandez, combinée à une saison difficile avec Saint-Étienne, réduit son temps de jeu. Alain Giresse a indiqué : « On s’en fout, de la notoriété. La notoriété, Bernard l’a déjà à travers ce qu’il a fait avec l’équipe de France. » En 1986, au Mexique, il inscrit le troisième but français face à la Belgique à la 104e minute, dans le match pour la troisième place. La France l’emporte 4-2. Au total : 27 sélections, 6 buts entre 1980 et 1986.
Le 18 janvier 1986, un quadruplé pour ses 28 ans
En trois saisons à l’AS Monaco, de 1983 à 1986, Genghini dispute 129 matchs et inscrit 57 buts. Le 26 janvier 1985, il marque le premier but dans le nouveau Stade Louis-II, sur penalty face au RC Lens. Le 17 mai de la même année, il inscrit l’unique but de la finale de la Coupe de France contre le Paris Saint-Germain (victoire 1-0).
Le 18 janvier 1986, jour de son 28e anniversaire, Monaco reçoit Bordeaux, champion de France en titre, en Division 1. Score final : 9-0. Genghini marque quatre buts : à la 28e minute d’un petit lob astucieux, d’une tête à la 52e, d’un tir du pied gauche à la 60e, et d’une tête plongeante à la 73e. Daniel Bravo, son partenaire à Monaco, a indiqué : « C’est un des joueurs les plus précis devant le but que j’ai côtoyés. »
Un regret revient dans les entretiens. En 1981, l’Inter Milan avait approché Sochaux pour le recruter. Le club franc-comtois avait décliné sans en informer le joueur. Genghini l’a appris par des journalistes parisiens. « Avec mes origines, jouer en Italie à 23-24 ans, ça aurait pu être top », a-t-il déclaré.
Un caractère calme, une forte personnalité
Éric Délétang, ancien coéquipier à Monaco, a indiqué : « Bernard ne souhaitait peut-être tout simplement pas être exposé. La notoriété, il s’en fout. » Cette posture traverse l’ensemble de sa trajectoire. Sa parenthèse médiatique reste courte : commentateur pour Canal+ à la naissance de la chaîne, puis pour Eurosport lors de la Coupe du monde 1998.
Dans les vestiaires de Sochaux, où il a entraîné plusieurs générations de joueurs, le registre était différent. Marvin Martin, formé au club, a indiqué : « Quand il fallait nous gueuler dessus, il le faisait. On sentait que c’était affectif. » Daniel Bravo retient « un caractère calme, mais également une forte personnalité ». Jean Tigana, joint sur le sujet, a déclaré : « Bernard peut passer quand il veut. » Luis Fernandez, avec qui la concurrence pour une place en équipe de France fut réelle, a indiqué : « Je l’aime fort, Bernard. »
Genghini mesure lui-même ce qu’il a construit : « C’est ma fierté. Mon nom est reconnu dans le football et jusqu’en Italie, où mes cousins étaient fiers d’avoir un Genghini en équipe de France. Nous avons laissé une trace. »