Salaire net, indemnité spéciale, enveloppes de frais : l’enquête reconstitue les revenus d’Éric Coquerel, président des finances, et les zones grises qui subsistent pour 2025 et 2026.
En France, les députés gèrent chaque mois des enveloppes financières bien supérieures au salaire médian. Quand celui qui préside la commission des finances s’appelle Éric Coquerel, la question « combien gagne-t-il » prend une portée particulière. Les barèmes, les fichiers de la Haute Autorité pour la transparence et les décisions du Bureau de l’Assemblée ne donnent pas tous la même image de ses revenus. Ce reportage assemble ces pièces pour montrer ce que le citoyen peut réellement voir aujourd’hui, et ce qui lui reste hors de portée.
Dans une salle presque vide du Palais-Bourbon, Éric Coquerel ajuste son micro avant d’ouvrir une séance consacrée au budget 2026. Les écrans devant lui affichent des colonnes de chiffres, des montants de dépenses et des scénarios d’économies, jusqu’aux 40 milliards d’euros que le gouvernement veut soustraire aux comptes publics d’ici au 14 juillet 2026. Sur les bancs, quelques députés feuillettent des dossiers, d’autres consultent leurs courriels. Le président de la commission des finances connaît ces tableaux par cœur, il les a déjà commentés sur BFMTV et RMC lors d’un entretien diffusé le 21 avril 2025. Il fait face à des sommes qui dépassent de loin ce que lui verse lui-même l’Assemblée chaque mois, même si ses revenus restent élevés au regard du salaire médian.
Combien pèse un député pour les finances publiques ?
Ce qu’un député coûte à l’État se mesure en enveloppes. Selon une analyse publiée à l’automne 2025, chaque député français dispose d’une indemnité parlementaire, d’une avance de frais de mandat et d’un crédit pour ses collaborateurs, pour un total estimé à plus de 24 000 euros par mois. La même source rappelle que ce niveau de ressources place les députés dans les 10% des Français les mieux rémunérés, si l’on prend en compte leur indemnité nette comparée au salaire médian. La structure de ces enveloppes est fixée par la loi et par les décisions du Bureau de l’Assemblée nationale, l’organe qui gère l’administration et les moyens de l’institution.
La fiche de synthèse officielle sur la « situation matérielle du député », consultable sur le site de l’Assemblée nationale, précise les montants en vigueur depuis le 1er janvier 2024. L’indemnité parlementaire brute mensuelle se compose d’une indemnité de base de 5 931,95 euros, d’une indemnité de résidence de 177,96 euros et d’une indemnité de fonction de 1 527,48 euros, soit un total de 7 637,39 euros. Un article de juillet 2024 rappelle que cette somme est la même pour tous les députés, quelle que soit leur circonscription ou leur groupe. Après cotisations et prélèvements obligatoires, plusieurs sites spécialisés évaluent le montant net autour de 5 953 euros par mois, ce qui correspond à près de trois fois le salaire médian français en 2025.
À cette indemnité s’ajoute une avance de frais de mandat, évaluée à 5 950 euros mensuels depuis 2024. Cette enveloppe couvre les frais liés à l’exercice du mandat, comme le loyer de la permanence, les déplacements ou certaines dépenses de communication. Le même média détaille un crédit collaborateurs d’environ 11 118 euros par mois, destiné aux salaires des assistants parlementaires, ces salariés recrutés par le député pour l’aider à préparer les dossiers et suivre la circonscription. Ces deux enveloppes, avance de frais de mandat et crédit collaborateurs, ne sont pas des revenus personnels, mais des moyens financiers attribués à chaque député et contrôlés par l’institution. Elles complètent pourtant la perception globale du « coût » mensuel d’un élu pour les finances publiques.
Dans cette mécanique, Éric Coquerel ne fait pas exception. La fiche nominative publiée par l’Assemblée nationale le présente comme député de la première circonscription de Seine-Saint-Denis, membre du groupe La France insoumise – Nouveau Front populaire et président de la commission des finances. Il bénéficie du même barème de base que ses collègues, avec une indemnité brute de 7 637,39 euros et une enveloppe de frais et de collaborateurs du même ordre que les autres députés. Sa particularité se trouve dans une indemnité spéciale liée à la fonction qu’il occupe depuis juin 2022, fonction qui lui donne un poids particulier dans la surveillance des comptes publics.
Ce que Coquerel touche chaque mois
Les présidents de commission touchent une somme supplémentaire. Un argumentaire syndical, basé sur les barèmes en vigueur au 1er janvier 2019, mentionne une indemnité spéciale de 883,27 euros bruts par mois pour les présidents de commission et les rapporteurs généraux. Dans un article de juin 2022 consacré aux postes clés de l’Assemblée, un site d’actualité évoque quant à lui une majoration de 931,76 euros bruts mensuels pour certains responsables, dont les présidents de commission. Ces chiffres ne sont pas individualisés pour Coquerel, mais ils indiquent une fourchette plausible pour sa rémunération brute supplémentaire, de l’ordre de 900 euros par mois, soit environ 550 à 650 euros nets si l’on applique les taux de cotisations habituellement retenus pour les élus.
Appliqués à son cas, ces barèmes dessinent un niveau de revenu régulier. En combinant l’indemnité nette mensuelle autour de 5 953 euros et la part nette de l’indemnité spéciale, la rémunération mensuelle de Coquerel en tant que député et président de commission se situe vraisemblablement entre 6 500 et 6 600 euros nets, hors enveloppes de frais et de collaborateurs. Cette estimation reste prudente, car aucun document public ne donne le montant exact de l’indemnité spéciale nette pour lui à ce jour. Des sites spécialisés convergent toutefois sur l’ordre de grandeur de l’indemnité parlementaire nette, qui est identique pour tous les députés.
Ce que disent vraiment les chiffres HATVP
Pour mesurer ce qu’il gagne réellement sur une année, il faut se tourner vers la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, organisme indépendant chargé de contrôler les déclarations des élus nationaux. La HATVP publie en ligne un dossier XML nommé « coquerel-eric-dia30911-depute-93 », qui recense les montants nets versés à Éric Coquerel au titre de son mandat de député. Ce fichier indique trois chiffres clés pour les années 2022, 2023 et 2024. Pour 2022, la HATVP mentionne un total de 77 052 euros nets, versés sur une période allant de juin à décembre selon les dates incluses dans le document. Pour 2023, le montant atteint 83 899 euros nets, ce qui correspond à une année pleine de mandat. En 2024 enfin, l’autorité enregistre 48 429 euros nets.
Ces montants donnent une autre vision que les barèmes mensuels. Si l’on considère 2023 comme une année complète, le chiffre de 83 899 euros nets représente environ 6 991 euros par mois en moyenne, soit un niveau supérieur à l’indemnité nette standard de 5 953 euros. Il dépasse cette référence, ce qui suggère le poids de l’indemnité spéciale de président de commission dans le total annuel. À l’inverse, le montant de 48 429 euros nets pour 2024 est sensiblement plus faible, à peine 4 036 euros par mois en moyenne si l’on divise par douze. Ce niveau inférieur s’explique par la dissolution de l’Assemblée et par une durée de mandat plus courte, mais le fichier n’entre pas dans le détail du calendrier des versements. La réalité mensuelle des revenus de Coquerel sur cette année reste donc difficile à reconstituer précisément à partir de ces seuls chiffres.
Un président de commission parmi d’autres postes clés
Dans l’hémicycle, son rôle a changé l’échelle de ses responsabilités. En juin 2022, les députés de la Nouvelle Assemblée ont élu Éric Coquerel à la présidence de la commission des finances, qui contrôle le budget de l’État et les lois de finances. Un portrait de presse décrit ce poste comme « clé » dans le fonctionnement de l’institution, en soulignant qu’il donne accès à des documents fiscaux sensibles et à la capacité de lancer des enquêtes sur la gestion des fonds publics. Un autre article rappelle que le président de cette commission peut demander la levée du secret fiscal pour certaines personnes physiques ou morales, ce qui permet d’accéder à des informations sur leurs revenus et leurs impôts. Avec ce mandat, Coquerel est passé d’un simple député d’opposition à un arbitre central des choix budgétaires, susceptible d’examiner les finances de tiers alors que ses propres revenus restent encadrés par les mêmes barèmes que ceux des autres élus.
Dans la hiérarchie des postes de l’Assemblée, son traitement reste pourtant loin du sommet. Le président de l’Assemblée nationale cumule une indemnité de député et une indemnité spéciale d’environ 7 698,50 euros bruts par mois, selon des calculs repris par la presse économique en 2022 et 2024. Les questeurs, responsables des affaires financières et administratives de l’Assemblée, bénéficient d’un supplément de 5 300,36 euros bruts mensuels. À côté, la majoration de près de 900 euros bruts pour un président de commission apparaît comme un niveau intermédiaire. Elle distingue Coquerel de ses collègues députés sans fonction particulière, mais elle le place en retrait des postes les plus dotés de l’institution. Cette échelle interne montre que le niveau de responsabilité et le niveau de rémunération ne progressent pas de façon uniforme selon les fonctions.
Transparence affichée, zones grises persistantes
La transparence sur ce qu’il gagne ne suit pas la même gradation. Sur la page nominative que lui consacre la HATVP, Éric Coquerel a déposé une déclaration d’intérêts et d’activités au 1er septembre 2024. Il y liste ses fonctions électives, ses mandats au sein de La France insoumise et sa participation à des structures politiques locales et nationales. Dans la rubrique consacrée aux activités professionnelles rémunérées au cours des cinq années précédant la déclaration, le document indique « Néant ». Cette mention signifie qu’il n’a pas déclaré de revenus de consultant, d’auteur ou de dirigeant d’entreprise pour la période récente, alors qu’il en exerçait avant son entrée à l’Assemblée selon plusieurs portraits de presse. Elle ne dit rien en revanche des années antérieures à la période concernée, ni d’éventuels revenus ponctuels qui ne relèvent pas du champ de la déclaration.
Une autre déclaration, qualifiée de « modification substantielle des intérêts et des activités », a été déposée le 18 janvier 2025. La HATVP indique que ce document n’est consultable qu’en préfecture, sur rendez-vous, comme toutes les déclarations de situation patrimoniale des parlementaires. Il peut contenir des informations patrimoniales mises à jour, comme la valeur de biens immobiliers ou de placements financiers, mais n’est pas accessible en ligne. Le citoyen qui voudrait vérifier les revenus de Coquerel pour 2025 et 2026 devrait soit extrapoler à partir des barèmes, soit se déplacer en Seine-Saint-Denis pour consulter la déclaration papier. Le site de l’autorité précise que cette procédure est la règle générale pour les déclarations patrimoniales, ce qui limite l’accès direct aux données les plus récentes.
Quand la critique vise le système plus que l’homme
Les débats récents sur les moyens des députés ont, eux, été largement publics. Le 1er juillet 2025, le Bureau de l’Assemblée nationale a décidé de geler pour la deuxième année consécutive la dotation versée par l’État pour le budget 2026, dotation qui finance l’ensemble des moyens de l’institution. La chaîne parlementaire rapporte que cette décision s’est accompagnée d’une réforme des frais de mandat, avec une baisse légère des moyens octroyés aux députés pour leur avance de frais de mandat et un redéploiement vers le crédit collaborateurs. Ces choix ne modifient pas la rémunération personnelle de Coquerel, mais ils changent les marges de manœuvre qu’il a pour financer son activité de député et de président de commission. Des analyses économiques notent que, malgré cette baisse, le volume total de moyens reste élevé au regard du coût global du Parlement pour les comptes publics.
Le niveau de ces moyens nourrit des critiques récurrentes. Dans un article publié le 15 octobre 2025, un site d’économie estime qu’un député gagne « trois fois le salaire médian » et fait partie des 10% des Français les mieux payés, en comparant les chiffres de l’indemnité nette aux données de l’Insee sur les revenus. Un autre texte, daté du 22 février 2026, détaille l’enveloppe complète par député, en reprenant la combinaison indemnité, avance de frais de mandat et crédit collaborateurs. D’autres médias insistent sur le contraste entre ces montants et le pouvoir d’achat stagnante de la majorité des citoyens, en rappelant les niveaux de salaire dans le secteur privé. Ces critiques visent l’ensemble des élus, y compris ceux qui appartiennent à l’opposition et président des commissions. Elles ne prennent pas pour cible un nom en particulier, mais la façon dont la rémunération des députés se compare aux revenus de la population.
Lorsque Coquerel est arrivé à la tête de la commission des finances, les réactions ont été plus ciblées. Des reportages télévisés ont consacré plusieurs sujets à cette nomination, en juin 2022, en relayant les inquiétudes de députés de droite et du Rassemblement national. Ils craignaient notamment que la possibilité de lever le secret fiscal soit utilisée pour des motifs politiques, ce secret protégeant habituellement les données de revenus et d’impôts des particuliers. Un portrait de quotidien national a décrit le député insoumis en insistant sur son engagement de longue date au sein de la gauche radicale et sur sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon. Dans ces critiques publiques, les montants de son indemnité n’étaient pas en cause. Ce qui était mis en avant, c’était la combinaison entre ses convictions politiques et les pouvoirs liés à une fonction qui lui donne accès à des informations sensibles sur les finances des autres.
Les polémiques où son nom apparaît plus récemment touchent davantage la fiscalité des entreprises et des entrepreneurs. En septembre 2025, un site spécialisé dans l’innovation a relaté un tollé sur les réseaux sociaux après des propos d’Éric Coquerel sur une « taxe Zucman » qui pourrait s’appliquer aux entrepreneurs du numérique, en référence aux travaux de l’économiste Gabriel Zucman sur la taxation des grandes fortunes et des multinationales. Un média libéral a publié une tribune critiquant cette approche, en reprochant aux promoteurs de cette taxe de « ne rien comprendre » aux modèles économiques des entreprises ciblées. Ces débats portent sur les revenus des acteurs du secteur technologique, les effets d’une taxation accrue et l’équilibre entre financement public et liberté d’entreprendre. Ils renvoient indirectement à la question des ressources de l’État, mais pas à la fiche de paie du député.
Ce que le citoyen ne peut pas vérifier aujourd’hui
Pour un lecteur, la question initiale reste pourtant simple. Il veut savoir combien gagne aujourd’hui le président de la commission des finances, au moment où on lui parle de milliards d’économies et de dotations gelées. Les éléments disponibles permettent de dessiner un encadrement : une indemnité nette d’environ 5 953 euros par mois, une majoration liée à sa fonction, des enveloppes de frais et de collaborateurs qui totalisent plus de 24 000 euros de fonds publics gérés chaque mois. Les documents HATVP montrent un revenu net annuel autour de 80 000 euros en régime de croisière, comme en 2023, ce qui donne un ordre de grandeur pour un mandat plein. Mais aucun chiffre public ne donne la valeur exacte de ses revenus nets en 2025 et 2026, ni le détail de la part liée à sa fonction de président, et les déclarations patrimoniales ne sont consultables que sur place.
La réponse la plus précise se trouve donc fractionnée. Une partie est écrite dans les barèmes généraux de l’Assemblée nationale, une autre dans un fichier XML qui s’arrête à 2024, une troisième dans une déclaration patrimoniale accessible uniquement en préfecture. Au bout de ce chemin, un citoyen qui franchit la porte de la préfecture de Seine-Saint-Denis peut prendre place dans une salle de lecture et ouvrir, sous contrôle, la déclaration papier d’Éric Coquerel. Il y trouve peut-être des montants que les sites institutionnels ne publient pas encore, comme des valeurs de biens ou des revenus plus récents. La question posée à la commission des finances, elle, reste posée sur un écran d’ordinateur, sous forme de chiffres à interpréter plutôt que d’une réponse définitive sur « combien gagne » son président.
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