RTL programmait ce jeudi 17 septembre, à 7 h 40, L’angle éco, la chronique de François Lenglet, journaliste économique du groupe TF1, dans sa matinale RTL Matin. La station ne précise pas ce qu’elle lui paie, et TF1 comme LCI observent la même discrétion. Ni le journaliste ni ses employeurs n’ont rendu public un contrat, un bulletin de paie ou un document fiscal.
Un chiffre circule pourtant en ligne, repris d’un site à l’autre : 10 000 euros par jour. Il vient d’une enquête du magazine Capital mise en ligne le 4 mars 2021. Le mensuel y détaillait les prestations que le groupe TF1 vendait aux entreprises : conférences, séminaires et opérations de communication animés par ses journalistes et ses animateurs. François Lenglet, alors éditorialiste économique du journal de 20 heures de TF1, figurait dans ce catalogue pour une journée d’intervention, à un « prix indicatif, hors taxes » de 10 000 euros.
Chaque mot de cette mention compte. « Indicatif » signale un tarif de départ, que le client pouvait voir évoluer : selon Capital, la préparation de l’intervention se facturait parfois à part, et le prix final variait avec le format, le contenu et les conditions de l’événement. « Hors taxes » désigne la somme réclamée à l’entreprise cliente avant TVA. Les 10 000 euros mesurent donc ce que paie un acheteur, au moment où il signe le bon de commande.
Entre ce bon de commande et le journaliste s’intercalait TF1 Factory, l’agence événementielle du groupe, qui commercialisait ces prestations. Elle prélevait, d’après Capital, une commission de 10 % à 15 % selon la nature de l’intervention. Sur une facture de 10 000 euros, cette seule retenue laisse entre 8 500 et 9 000 euros.
Le calcul s’arrête là. Capital ne précisait ni la base sur laquelle TF1 Factory appliquait sa commission, ni les frais de déplacement et de préparation, ni le statut sous lequel François Lenglet facturait, ni l’éventuelle présence d’autres intermédiaires. Les cotisations sociales dues sur ces sommes et l’imposition personnelle du journaliste n’ont jamais été communiquées. Entre la facture adressée à l’entreprise et ce que François Lenglet conservait réellement, chaque étape soustrait un montant inconnu, si bien que l’écart final échappe à toute mesure.
Ce tarif visait enfin une activité extérieure à son travail éditorial. Il concernait une journée passée devant les cadres d’une entreprise. Aucun passage au 20 heures, aucune chronique à l’antenne n’entrait dans son périmètre, et rien dans l’enquête de 2021 n’en fait un salaire journalier.
Refus, gratuité et dons caritatifs
Le tarif lui-même ne s’appliquait pas à toutes les demandes. Interrogé en 2021, François Lenglet assurait que TF1 et lui examinaient chaque sollicitation au cas par cas, et qu’ils en écartaient beaucoup. Il disait intervenir surtout comme conférencier sur le contenu de ses livres.
Le journaliste affirmait aussi accepter certaines interventions sans rémunération, notamment devant des partenaires sociaux, ces représentants syndicaux et patronaux qui négocient les conditions de travail. Il déclarait encore avoir déjà reversé à des organismes caritatifs le paiement d’une prestation.
À s’en tenir à ces déclarations, que nul document ne vient étayer, une partie de ses conférences ne lui rapporte rien et d’autres se négocient à un autre prix. TF1 et le journaliste n’ont par ailleurs jamais indiqué combien d’interventions il assure chaque année. Une multiplication du type « 10 000 euros fois le nombre de conférences » fabriquerait donc un revenu à partir de deux inconnues.
Troyes, 2014 : la polémique des 8 500 euros
Une controverse semblable avait éclaté sept ans plus tôt. Le Cercle des services, un club de dirigeants d’entreprises de l’Aube, avait programmé en décembre 2014 une conférence de François Lenglet à Troyes, pour un coût annoncé de 8 500 euros hors taxes. Le journaliste travaillait alors pour France 2 et RTL, et lançait sur France 2 l’émission L’Angle éco.
François Lenglet avait contesté avoir touché cette somme. Le prix englobait, selon lui, la marge de la société intermédiaire, les charges et ses frais de déplacement. Il soutenait que sa rémunération personnelle était « inférieure à la moitié de cette somme », sans produire de pièce comptable à l’appui.
Ce démenti livre le seul ordre de grandeur jamais avancé sur l’écart entre le prix d’une conférence et la part du conférencier : moins de 4 250 euros pour une prestation facturée 8 500. L’estimation ne s’appuie que sur la parole de l’intéressé, et elle date de douze ans.
Les deux montants connus, 8 500 euros à Troyes et 10 000 euros au catalogue de TF1 Factory, ne dessinent aucune progression. Le premier concernait une conférence devant un club local, le second une journée vendue par l’agence d’un groupe audiovisuel, sept ans plus tard. Leur seul point commun tient au mécanisme de la polémique : dans les deux cas, le prix payé par un organisateur a été lu comme un revenu personnel.
Conférences en 2025, tarifs sur devis
Le journaliste n’a pas quitté les estrades depuis. En octobre 2025, il intervenait au salon Décidia, à Chambéry. Le 5 novembre, il donnait à Metz une conférence sur la résilience économique de la Moselle, organisée par Moselle Attractivité avec le département de la Moselle et la région Grand Est.
Ces organisateurs n’ont publié ni le coût de ses interventions ni la somme versée au conférencier. Les agences de conférenciers qui inscrivent François Lenglet à leur catalogue n’affichent pas davantage de prix : elles invitent les entreprises intéressées à demander un devis.
Faute de facture, de devis ou de contrat récent rendu public, les 10 000 euros de 2021 restent le dernier tarif documenté avec précision. Cinq ans ont passé depuis leur parution dans Capital, et aucun organisateur n’a confirmé qu’ils s’appliquaient encore en 2026.
Trois antennes et aucun contrat public
Les conférences restent sa seule activité chiffrée. Ses employeurs de l’audiovisuel, eux, ne publient rien, alors que François Lenglet occupe leurs antennes chaque semaine de ce mois de septembre 2026.
TF1 Info le présente comme un journaliste de sa rédaction, spécialiste de l’économie. Au journal de 20 heures de TF1, il livre des séquences économiques, dont une « mise au point » diffusée ce mois-ci sur le prix des carburants et l’état des finances publiques. Sur LCI, la chaîne d’information du groupe, il intervient dans les « Partis pris » de l’émission 24H Pujadas, aux côtés des éditorialistes Ruth Elkrief et Abnousse Shalmani ; la dernière séquence réunissant les trois chroniqueurs a été mise en ligne le 15 septembre. Depuis octobre 2025, il anime aussi Pourquoi faire compliqué ?, un podcast vidéo diffusé sur TF1 Info, TF1+, YouTube et les plateformes audio, où il reçoit des personnalités politiques, économiques ou culturelles.
Sur RTL, sa chronique quotidienne traite de l’actualité financière, de l’emploi, du budget et des politiques économiques. Ces derniers jours, il y a consacré ses éditoriaux au prix du diesel et du gaz, au retour de la TVA sociale, qui consiste à transférer une partie des cotisations sociales vers la taxe sur la valeur ajoutée, et à la situation de l’emploi.
Aucune de ces rédactions n’indique s’il y travaille comme salarié, rémunéré au cachet ou par l’intermédiaire d’une société. Additionner un salaire TF1, un salaire LCI et un salaire RTL reviendrait à inventer trois contrats dont personne ne connaît la forme, ni même le nombre, puisque TF1 et LCI appartiennent au même groupe.
Chez Plon, des droits d’auteur inconnus
François Lenglet signe aussi des essais. Le dernier, Qui sera le prochain maître du monde ? La France face au nouveau chaos, est paru chez Plon à l’automne 2025. Le journaliste en a assuré la promotion au début du mois d’octobre, notamment sur TF1, sur RMC et dans Le Figaro.
Un éditeur rémunère ordinairement ses auteurs par un à-valoir, une avance versée à la signature, puis par des droits calculés sur les ventes selon le contrat. Le prix affiché en librairie ne dit donc rien de la part de l’auteur. Plon n’a rendu public ni le contrat de François Lenglet, ni l’à-valoir, ni le taux de ses droits, ni le nombre d’exemplaires vendus, et ses précédents ouvrages n’ont fait l’objet d’aucune publication de ce type.
L’administration fiscale impose comme des traitements et salaires les droits d’auteur intégralement déclarés par des tiers. Les autres, ou ceux dont l’auteur choisit cette option, relèvent des bénéfices non commerciaux, le régime des professions libérales. Ces règles fixent la manière de déclarer une somme ; elles n’en révèlent aucune.
Quiconque appliquerait à ses livres un taux moyen de l’édition ignorerait les paliers de droits inscrits au contrat, le format de l’ouvrage, les exemplaires réellement écoulés et les retours des libraires, ces invendus renvoyés à l’éditeur et déduits des ventes.
Fortune et patrimoine, sans déclaration publique
Reste la question de sa fortune, souvent posée dans la foulée. François Lenglet n’a publié aucune déclaration de patrimoine, et aucun document fiscal ou comptable ne lui est attribué avec certitude.
Les deux tarifs connus, 8 500 euros et 10 000 euros hors taxes, ne se convertissent ni en salaire mensuel ni en fortune. Le patrimoine brut additionne des biens, le patrimoine net en retranche les dettes, et des actifs peuvent en outre être logés dans des sociétés. Chacun de ces postes exigerait des documents qu’aucun tarif de conférence ne remplace.
3 560 euros, la médiane des journalistes en CDI
Les statistiques de la profession donnent une échelle. Selon l’Observatoire des métiers de la presse, qui exploite les données de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP), la moitié des journalistes en CDI titulaires de la carte de presse gagnait en 2023 moins de 3 560 euros brut par mois, l’autre moitié davantage.
Cette médiane tombe à 2 958 euros pour les journalistes en CDD et à 1 951 euros pour les pigistes, payés à l’article ou à la sujet. Parmi les salariés en CDI, elle atteint 3 463 euros pour les femmes et 3 700 euros pour les hommes.
Ces chiffres couvrent l’ensemble des titulaires de la carte de presse, et leur calcul ignore les conférences comme les droits d’auteur. François Lenglet cumule le 20 heures de TF1, les « Partis pris » de LCI, la chronique matinale de RTL, un podcast, des interventions en entreprise et un essai paru chez Plon il y a un an.
Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.