Combien gagne Flavie Flament ?

19/09/2026

Salaire de Flavie Flament : entre chiffres inventés et arrondis, un seul montant tient, celui qu’elle a confirmé pour son ancien contrat TF1.

Deux émissions nouvelles, aucun montant. Depuis le 29 août 2026, Flavie Flament anime chaque samedi une émission de consommation sur RTL. Depuis le 7 septembre, elle présente chaque après-midi un magazine de santé sur France 2. Ni les deux diffuseurs ni les sociétés qui produisent ces programmes n’ont publié sa rémunération. Pour trouver un salaire chiffré, il faut remonter à 2016 et ouvrir un livre.

Le 16 mars 2016, Flammarion publie TF1. Coulisses, secrets, guerres internes, l’enquête des journalistes Aude Dassonville et Jamal Henni sur la première chaîne privée française. Une phrase de l’animatrice y résume ses années maison : « J’étais payée 40 000 euros par mois pour appartenir à TF1 », confie Flavie Flament aux deux auteurs. Le Figaro et Le Point reprennent la déclaration dès la sortie de l’ouvrage.

Le verbe « appartenir » dit la nature du contrat. Selon l’animatrice, TF1 lui garantissait cette somme pendant cinq ans, qu’elle travaille ou non. La chaîne rémunérait donc une exclusivité : sa disponibilité, son rattachement au groupe, son absence chez les concurrents. Les passages à l’antenne ne formaient qu’une partie de ce que payait TF1. Une animatrice sans émission pendant plusieurs mois aurait perçu la même mensualité qu’une animatrice présente chaque semaine.

Trois ans plus tard, le chiffre change de statut. En octobre 2019, invitée d’On refait la télé, l’émission de RTL consacrée aux médias, Flavie Flament est interrogée par l’animateur Éric Dussart sur ces 40 000 euros mensuels. Elle confirme le montant et le rattache à un « contrat d’exclusivité ». Elle va plus loin et décrit un système qui, selon elle, « muselait les animateurs » : payés à ce niveau, ceux-ci ne pouvaient guère afficher leur désaccord avec la chaîne. Le salaire achetait ainsi une présence à l’écran et, dans son récit, une forme de silence.

Cette confirmation radiophonique pèse lourd. Une phrase rapportée dans un livre peut être sortie de son contexte ou mal retranscrite. Flavie Flament l’a reprise à son compte, trois ans après, sans la nuancer. Le montant garde un caractère déclaratif, car ni l’animatrice ni TF1 n’ont rendu public un bulletin de salaire, un extrait de contrat ou un document comptable qui permettrait de le contrôler. L’animatrice l’a toutefois assumé à deux reprises, devant deux interlocuteurs différents, ce qu’aucun autre chiffre en circulation à son sujet ne peut revendiquer. Depuis cet entretien de 2019, elle n’a donné aucun montant pour ses contrats suivants, ni sur le service public ni à la radio.

480 000 euros par an, un arrondi à 500 000

Ces 40 000 euros se prêtent à un calcul simple. Douze mensualités donnent 480 000 euros par an. L’opération est juste, mais Flavie Flament n’a jamais prononcé ce second chiffre : il résulte d’une multiplication faite par d’autres.

Au fil des reprises, ces 480 000 euros sont devenus près de 500 000 euros annuels dans nombre d’articles consacrés à ses revenus. L’arrondi ajoute 20 000 euros au passage et installe un chiffre rond que l’animatrice n’a jamais avancé.

Une question reste ouverte sur la somme elle-même. Dans les extraits du livre comme sur RTL, Flavie Flament ne précise pas si les 40 000 euros s’entendaient en brut, en net ou selon une autre modalité contractuelle. Parler de salaire brut prêterait à sa déclaration une précision qu’elle ne contient pas. Le chiffre exact tient donc en une mensualité, dans les mots mêmes de l’animatrice.

Le contrat TF1, impossible à découper

Pendant ses années TF1, Flavie Flament a présenté Stars à domicile, Vis ma vie, Sagas ou Les 500 Choristes. La chaîne n’a publié de prix pour aucun de ces programmes. Diviser les 40 000 euros mensuels par le nombre d’émissions diffusées fausserait le calcul, car l’exclusivité décrite par l’animatrice payait d’un bloc l’antenne, la préparation et la disponibilité, sans les ventiler.

Ses contours précis restent eux aussi hors de portée. Ni TF1 ni Flavie Flament n’ont rendu publiques les dates exactes des cinq années garanties, les éventuels avenants (les modifications apportées au contrat en cours de route) ou les clauses détaillées. Aucune des deux parties n’a indiqué si chacune de ces émissions relevait du même engagement.

La fin de la collaboration est mieux documentée. Sur RTL, en 2019, Flavie Flament expliquait avoir quitté la chaîne à l’échéance d’un contrat non renouvelé, au terme d’un « divorce à l’amiable ». Elle avait peu à peu perdu l’envie, disait-elle, de tenir le rôle qu’elle pensait devoir jouer à l’écran. Signé avec un groupe privé pour une période close, ce contrat d’exclusivité ne renseigne donc pas sur ce que France Télévisions peut lui verser en 2026.

Du direct de 15 heures au samedi sur RTL

Son emploi du temps au service public, lui, est détaillé. Le magazine qu’elle présente sur France 2, Le Mag de la santé, passe en direct du lundi au vendredi à 15 heures et dure 52 minutes. Transféré de France 5 vers la chaîne principale du groupe public, il réunit autour d’elle deux médecins, Diana Kadouch et Gilbert Bou Jaoudé, sous l’autorité du rédacteur en chef Rudy Bancquart. La société 17 Juin Média le produit.

La fiche que France Télévisions destine aux professionnels précise l’horaire, la durée, l’équipe éditoriale et le producteur. Le groupe n’y mentionne ni le salaire de l’animatrice, ni la nature de son contrat, ni le nombre de jours de préparation rémunérés, ni l’existence d’une part variable.

L’émission du samedi matin, sur RTL, s’intitule Satisfait ou remboursé !. Flavie Flament la coanime avec Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution, et la station la consacre aux marques, aux prix, aux enseignes et aux tendances de consommation. RTL ne s’accorde pas avec elle-même sur sa durée : le communiqué de lancement annonçait une diffusion de 9 h 15 à 10 heures, la page du programme indique une heure, et les grilles des programmes des 5 et 12 septembre réservent le créneau de 9 h 15 à 10 h 15.

Ces écarts n’empêchent pas de calculer le temps d’antenne. Cinq magazines de 52 minutes font 4 h 20 de direct par semaine ; en y ajoutant les 45 à 60 minutes de RTL, Flavie Flament passe entre 5 h 05 et 5 h 20 à l’antenne. Ce total exclut la préparation, les réunions, les répétitions et les déplacements, qu’aucun des deux diffuseurs ne chiffre. Faute de montant publié par France Télévisions comme par RTL, additionner un salaire supposé et un cachet supposé (la somme versée pour une prestation) reviendrait à fabriquer un revenu de toutes pièces. Les deux groupes paient ainsi six rendez-vous hebdomadaires sans en dire le prix.

Télématin, Flavie en France : des cachets jamais publiés

Ses deux saisons précédentes sur le service public n’ont pas laissé davantage de chiffres. En 2024-2025, Flavie Flament a coprésenté Télématin, la matinale de France 2, avec Julien Arnaud, jusqu’à sa dernière édition du 10 juillet 2025. Ni France Télévisions ni l’animatrice n’ont communiqué de salaire, de cachet par émission ou de montant global. Une présentation régulière peut être rémunérée par un salaire, un forfait saisonnier, un paiement à l’émission ou une combinaison des trois, et le groupe public n’a pas indiqué quelle formule s’appliquait.

France 3 lui confie ensuite Flavie en France. Lancé le 3 novembre 2025 à 11 h 20, ce programme itinérant produit par R&G Productions l’associe aux chroniqueurs Valentine Sled et Victor Dekyvère. La fiche officielle de France Télévisions lui attribue une durée de 32 minutes. Quatre numéros sont enregistrés du lundi au jeudi ; le vendredi, un best of (une compilation des meilleurs moments de la semaine) occupe la case. La présence d’un producteur extérieur laisse ouverte la question de l’employeur : ni France Télévisions ni R&G Productions n’ont précisé qui rémunérait l’animatrice. Le groupe public n’a pas davantage publié le budget du programme, ni la part réservée à la présentation, aux chroniqueurs ou aux déplacements.

Le 18 mai 2026, Le Parisien révèle que France Télévisions ne reconduira pas l’émission, un peu plus de six mois après son lancement. TV Magazine, le supplément télévision du Figaro, fait alors état de 130 000 téléspectateurs en moyenne et de 3,6 % de part d’audience (la proportion des téléspectateurs présents devant leur poste à cette heure) sur 88 émissions. Ouest-France et son site Toutelatele avancent 138 000 téléspectateurs quotidiens pour la même part, sans préciser la période retenue dans les données de Médiamétrie, l’institut qui mesure les audiences. Plusieurs médias relient l’arrêt à ces résultats et aux économies demandées au groupe public. France Télévisions, qui n’a diffusé aucun communiqué détaillé, n’a chiffré ni ces économies ni le coût du programme.

Le jeudi 25 juin 2026, depuis l’île d’Oléron, Flavie Flament fait ses adieux lors de la dernière émission inédite. Ses 88 numéros mesurent un volume de production. Ils n’indiquent pas si l’animatrice touchait un cachet par numéro, un fixe mensuel ou un forfait de saison. L’argent a été avancé pour expliquer l’arrêt de l’émission, sans que France Télévisions dise ce qu’elle lui coûtait.

Les sociétés de production, angle mort des comptes

Ce silence tient à l’organisation même du service public. Dans un avis budgétaire, le rapport qu’un parlementaire rédige lors de l’examen du budget, France Télévisions affirme que les animateurs-producteurs, ces présentateurs associés à la fabrication de leurs programmes, sont pour la quasi-totalité payés uniquement par les sociétés de production qui les emploient. Le groupe cite deux exceptions : Laurent Delahousse et, depuis 2025, Léa Salamé, tous deux salariés à temps partiel de France Télévisions.

Ni Flavie Flament ni le groupe public n’ont indiqué qu’elle relevait de cette catégorie, ou qu’elle détenait des parts dans les sociétés qui fabriquent ses émissions. Le mécanisme éclaire pourtant son cas, puisque 17 Juin Média produit Le Mag de la santé et que R&G Productions produisait Flavie en France. Quand un producteur extérieur livre un programme, France Télévisions peut en publier le coût global sans rendre publique la répartition individuelle, et les sociétés de production règlent alors les cachets dans leurs propres comptes.

Le groupe public publie pourtant davantage de chiffres. En septembre 2025, la Cour des comptes a consacré un rapport à France Télévisions pour les exercices 2017 à 2024, sans y faire figurer de salaire individuel. Le 16 mars 2026, le groupe a ouvert sur son site institutionnel une rubrique de transparence financière et budgétaire. Il y indique un salaire moyen par tête de 73 690 euros en 2024, un indicateur comptable qui intègre les primes, les indemnités de départ et les majorations appliquées outre-mer. Pour 2025, il affiche un salaire contractuel moyen de 61 000 euros bruts annuels et un salaire contractuel médian, qui partage les salariés en deux moitiés, de 57 000 euros, hors éléments variables liés à l’activité ou à la localisation.

Ces moyennes concernent les salariés du périmètre statistique du groupe. France Télévisions ne précise pas si Flavie Flament en fait partie, ni si la rémunération liée à ses émissions produites à l’extérieur y entre. Lui appliquer ces chiffres serait aussi arbitraire que de lui prêter le salaire d’une collègue, ce que plusieurs sites font déjà.

10 000 euros empruntés à Élise Lucet

Ces sites attribuent à Flavie Flament un salaire actuel d’environ 10 000 euros par mois. Aucun ne cite de contrat, de déclaration de l’animatrice ou de confirmation de France Télévisions. Le montant provient d’une analogie avec d’anciennes estimations visant d’autres visages du service public. En octobre 2015, une enquête de Télé 2 Semaines situait ainsi la rémunération d’Élise Lucet, alors présentatrice du journal de 13 heures de France 2, entre 10 000 et 12 000 euros mensuels. D’autres publications de la même période avançaient des montants différents pour David Pujadas, présentateur du journal de 20 heures. Ces chiffres venaient d’estimations de journalistes.

Élise Lucet a elle-même montré leur fragilité. En 2018, interrogée sur une rémunération estimée à 25 000 euros par mois pour ses activités liées à Cash Investigation et Envoyé spécial, la journaliste a répondu que la somme variait selon les mois, tout en reconnaissant qu’elle tournait autour de ce niveau. Trois ans après l’enquête de Télé 2 Semaines, l’ordre de grandeur admis par l’intéressée avait plus que doublé.

Le 10 février 2026, auditionnée par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public, Élise Lucet a précisé qu’elle ne possédait pas de société de production et que France Télévisions lui versait l’intégralité de son salaire. Le compte rendu de l’audition n’en donne pas le montant actualisé. Présenter un journal télévisé, diriger des magazines d’investigation, animer une émission fabriquée par un producteur extérieur : ces trois fonctions relèvent de montages contractuels distincts. En appliquant à Flavie Flament une estimation vieille de onze ans, établie pour une autre journaliste, ces sites donnent à une extrapolation l’apparence d’un fait.

Chez MediaMass, une fortune de 46 millions d’euros

À l’autre extrémité de l’échelle, MediaMass attribue à Flavie Flament 46 millions d’euros de revenus entre août 2025 et août 2026, en présentant ce montant comme tiré d’un classement du magazine People With Money. Ce titre n’existe pas. L’AFP Factuel, le service de vérification de l’Agence France-Presse, et le site américain de vérification Snopes ont établi que ses prétendues couvertures sortaient de MediaMass lui-même.

La mécanique se lit sur les autres pages du site. MediaMass y attribue les mêmes 46 millions d’euros à des personnalités sans aucun lien entre elles, ce qui trahit un contenu généré en série. Aucune enquête financière identifiable ne fonde la somme prêtée à l’animatrice.

Les sites spécialisés dans les fortunes de célébrités additionnent volontiers salaires, contrats publicitaires, droits d’auteur, biens immobiliers et valeur supposée de participations dans des sociétés. Sans contrat, déclaration fiscale, comptes sociaux détaillés ou acte patrimonial, ces additions ne reconstituent ni un revenu ni une fortune. Sur la fiche de Flavie Flament, MediaMass a d’ailleurs ajouté un correctif, daté du 17 septembre 2026, qui juge la rumeur des 46 millions d’euros infondée.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.
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Ancienne journaliste d'investigation pour le magazine Entreprendre, spécialisée dans l'audiovisuel, Laura Picard décrypte pour Combien Gagne les rémunérations des présentateurs, animateurs, comédiens et figures du PAF. Elle s'appuie sur les rapports d'activité des chaînes, les bilans des sociétés de production et les déclarations publiques.

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