Combien gagne un médecin généraliste ?

28/05/2026

30 euros la consultation depuis décembre 2024 : ce que gagne vraiment un médecin généraliste en 2026, après charges, cotisations, forfaits et primes.

La consultation standard d’un médecin généraliste de secteur 1 est facturée 30 euros depuis le 22 décembre 2024, contre 26,50 euros depuis la décision arbitrale de novembre 2023. C’est la hausse nominale la plus importante depuis le passage de 23 à 25 euros en 2017.

La convention médicale signée le 4 juin 2024 entre l’Assurance Maladie et cinq des six syndicats représentatifs, valable cinq ans, a également créé au 1er janvier 2026 trois consultations longues réservées aux patients de 80 ans et plus : sortie d’hospitalisation, déprescription pour les polymédicamentés au-delà de dix lignes de traitement, orientation médico-sociale. Toutes sont facturées 60 euros, sous les codes GL1, GL2 ou GL3. Les visites à domicile réalisées dans le cadre de la permanence des soins ont aussi été revalorisées : 52,50 euros la nuit, 66 euros le matin, 36,50 euros le dimanche.

Ces mesures devaient initialement entrer en vigueur au 1er juillet 2025 : elles ont été reportées de six mois après une alerte du comité de surveillance de l’ONDAM. La Fédération des Médecins de France a qualifié ce calendrier de « réévaluation en 18 mois pour 18 mois de retard », ajoutant que l’ensemble représentait « beaucoup de modifications, et en fait assez peu d’impact ».

Du chiffre d’affaires au compte en banque

Un médecin libéral ne perçoit pas un salaire. Il encaisse des honoraires, déduit ses charges professionnelles, s’acquitte de ses cotisations sociales, et ce qui reste constitue son revenu disponible, avant impôt sur le revenu.

Le mécanisme se déroule en quatre étapes. Prenons le cas d’une généraliste installée depuis huit ans en secteur 1 dans une ville moyenne : 130 000 euros d’honoraires bruts annuels, 35 000 euros de charges professionnelles, soit un bénéfice non commercial (BNC) de 95 000 euros. De ce BNC, il faut encore déduire les cotisations URSSAF, environ 10 200 euros, dont la CSG-CRDS représente l’essentiel, puis les cotisations CARMF, pour un montant net d’environ 14 800 euros après compensation partielle de la CNAM. Résultat : un revenu net avant impôt d’environ 70 000 euros annuels, soit 5 830 euros par mois.

En 2026, les cotisations CARMF augmentent. La réforme de l’assiette sociale de la caisse, applicable rétroactivement au 1er janvier 2025, entraîne « une augmentation des cotisations, qualifiée de modérée à forte selon les situations ». Pour un médecin dont le BNC s’établit à 90 000 euros, la hausse représente environ 300 euros supplémentaires par an.

La DREES, dans son étude publiée en décembre 2024 portant sur l’exercice 2021, chiffre le revenu d’activité moyen des omnipraticiens libéraux à 98 300 euros par an. Pour l’ensemble des médecins libéraux toutes spécialités confondues, la moyenne s’établit à 124 000 euros, soit environ 10 000 euros par mois après charges et avant impôt. Ces données sont antérieures à la revalorisation de décembre 2024.

La ROSP disparaît, le FMT arrive

Au 1er janvier 2026, la Rémunération sur Objectifs de Santé Publique (ROSP) a disparu, remplacée par le Forfait Médecin Traitant (FMT). Cette transformation était prévue par la convention 2024-2029 : elle fusionne la ROSP et le Forfait Patientèle Médecin Traitant en un dispositif individualisé par patient, versé une fois par an.

La ROSP représentait en 2024 une moyenne de 5 361 euros par médecin généraliste, en hausse de 3,4% sur un an. Ajouté au Forfait Structure, qui finançait l’équipement numérique des cabinets et s’élevait en moyenne à 4 181 euros, le total des rémunérations forfaitaires atteignait 9 563 euros annuels pour les 51 202 généralistes concernés en 2024.

Le FMT conserve quinze indicateurs de santé publique : vaccinations, dépistages des cancers du sein, du col de l’utérus et colorectal, suivi du diabète. Chaque indicateur atteint rapporte 5 euros par patient concerné. Mais le Forfait Structure est remplacé par le DONUM (dotation numérique), dont le plafond est abaissé à 2 940 euros. La FMF a indiqué, dans sa note de décembre 2025, que « le forfait structure est globalement divisé par 2 avec le DONUM ». La participation au Service d’Accès aux Soins passe, elle, de 1 400 à 1 000 euros.

À l’hôpital, une grille aux marches comptées

Un médecin généraliste qui choisit l’exercice hospitalier comme praticien titulaire démarre au premier échelon de la grille indiciaire à 4 634 euros bruts mensuels, soit environ 3 500 euros nets. Il lui faudra environ vingt ans et treize échelons pour atteindre 9 368 euros bruts, le sommet de la grille. Entre-temps, la progression est automatique, biennale puis quadriennale à partir du neuvième échelon.

Des primes complètent ce salaire de base. Les gardes sur site sont rémunérées par une indemnité de sujétion de 422,03 euros par nuit, dimanche ou jour férié. Les astreintes, dont la forfaitisation est généralisée depuis le 1er novembre 2025, rapportent entre 70 et 280 euros par période. Pour les médecins hospitalo-universitaires, ce plafond doit être porté à 500 euros, selon une annonce gouvernementale d’avril 2026. Pour les spécialités en tension, la Prime d’Engagement dans la Carrière Hospitalière peut atteindre 30 000 euros.

Un troisième modèle existe et se développe : le centre de santé salarié, généralement géré par une collectivité locale ou un organisme mutualiste. Un généraliste y perçoit entre 4 500 et 6 000 euros nets mensuels selon son expérience, sans avance de charges ni risque entrepreneurial.

La carte des revenus : le paradoxe normand

Les revenus bruts médians varient de plusieurs milliers d’euros selon les régions. La Normandie, les Pays de la Loire et la Corse affichent les niveaux les plus élevés, respectivement 9 166, 8 914 et 8 796 euros bruts mensuels. L’Île-de-France, la Bretagne et les Hauts-de-France se situent à 7 500 euros.

Ce classement est contre-intuitif. Un généraliste parisien expérimenté en secteur 2 peut dépasser 8 500 euros nets grâce aux dépassements d’honoraires, mais les charges de loyer et de fonctionnement y sont sensiblement plus élevées qu’en province.

Dans les zones sous-dotées, l’équation financière est différente. Un médecin qui s’installe dans une Zone d’Intervention Prioritaire peut signer un Contrat d’Aide à l’Installation : jusqu’à 50 000 euros versés en deux fois sur cinq ans. Le Contrat de Solidarité Territoriale Médecin offre une aide annuelle équivalant à 25% des honoraires perçus en zone déficitaire, plafonnée à 50 000 euros, à laquelle l’ARS peut ajouter une majoration jusqu’à 60 000 euros. Depuis le 1er janvier 2026, le FMT est majoré de 50% la première année d’installation en ZIP, de 30% la seconde, et de 10% les années suivantes.

Femmes médecins : 39% de moins que leurs confrères

La moitié des 237 200 médecins actifs en France au 1er janvier 2025 sont des femmes. Leurs revenus libéraux restent pourtant bien inférieurs à ceux de leurs homologues masculins. En 2021, les femmes médecins libérales percevaient en moyenne 90 000 euros annuels, contre 148 000 euros pour les hommes. L’écart est de 39%.

La DREES identifie plusieurs facteurs : une surreprésentation des femmes dans les spécialités moins rémunératrices, une part plus importante de temps partiel, une installation en libéral plus tardive et des patientèles moins denses en début de carrière. La convention 2024-2029 ne comporte aucun mécanisme correctif explicite sur ce point.

La quatrième année : formation ou emploi ?

À partir de novembre 2026, les internes en médecine générale effectueront une quatrième année obligatoire en exercice ambulatoire, sous le statut de « docteur junior ». Ce dispositif est en partie motivé par la nécessité de renforcer la présence médicale dans les zones sous-dotées.

La rémunération a été fixée par décret et deux arrêtés publiés au Journal officiel le 27 août 2025. Les docteurs juniors percevront 2 792 euros bruts mensuels de base, auxquels s’ajoutera une prime semestrielle de 500 euros pour les praticiens réalisant au moins 200 actes ou consultations par mois. Ceux qui exercent dans une Zone d’Intervention Prioritaire toucheront en plus une prime mensuelle de 1 000 euros bruts. Le revenu total représente environ 2 500 euros nets par mois hors primes.

La question du statut reste ouverte. Le Sénat a adopté en novembre 2025 un amendement visant à retirer du budget de la Sécurité sociale les modalités de rémunération des docteurs juniors, une décision finalement non retenue dans le texte définitif, mais qui a mis en lumière les réticences persistantes d’une partie du Parlement à l’égard du dispositif.

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Passée par la rédaction de Santé Mag, Marie couvre pour Combien Gagne les rémunérations du secteur médical et paramédical : médecins généralistes et spécialistes, infirmiers, sages-femmes, pharmaciens, kinés... Elle croise les grilles de la fonction publique hospitalière, les études de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), les données Ameli, CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France) et CARPIMKO (Caisse de retraite des auxiliaires médicaux), les conventions, les témoignages de praticiens en exercice.

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