Douze ans sans revalorisation, une perte de 20% de pouvoir d’achat : en 2026, les kinésithérapeutes obtiennent enfin une hausse de tarifs. Mais elle ne comble pas tout l’écart.
Le 1er janvier 2026, le tarif des actes de kinésithérapie musculo-squelettiques conventionnés a progressé de 7,5 à 8,1 points de coefficient, calculés sur une lettre-clé à 2,21 euros, la valeur en vigueur depuis le 22 février 2024. Une séance standard en cabinet, qui valait 16,58 euros, en vaut désormais 17,90 euros. La rééducation de la personne âgée a progressé de 41% : l’acte RPE 6, supprimé, est remplacé par un RPE 8,5 dont le tarif passe de 13,27 à 18,79 euros par séance. Ces revalorisations, inscrites dans l’avenant 7 à la convention nationale signé le 13 juillet 2023 par l’Uncam, la FFMKR et le syndicat Alizé, avaient été programmées pour juillet 2025 avant d’être reportées par l’activation du mécanisme d’alerte sur l’ONDAM. Le calendrier prévoit deux étapes supplémentaires : le 28 mai 2026, les actes à coefficient 9,5 gagnent 0,3 point ; le 1er juillet 2026, un acte de bilan de fragilité pour les personnes âgées de plus de 70 ans est créé et les actes à 9,5 passent à 9,8 ; au 1er juillet 2027, les actes à 8,1 progresseront à 8,4.
La FFMKR a chiffré à 20% la perte de pouvoir d’achat subie par la profession en dix ans, « sous l’effet conjugué de l’inflation et de l’absence de revalorisations », selon un communiqué transmis au Premier ministre en septembre 2025. Pour un kinésithérapeute libéral exerçant à plein temps, le gain annuel lié aux mesures entrées en vigueur en janvier 2026 est estimé entre 1 000 et 3 000 euros selon le profil d’actes pratiqués.
2 613 euros nets par mois : ce que gagnent vraiment les libéraux
Au 1er janvier 2024, la France comptait 105 658 kinésithérapeutes actifs inscrits au tableau de l’Ordre, soit une hausse de 16,3% par rapport à 2020, selon le rapport démographique du Conseil national de l’Ordre publié en novembre 2024. Ces praticiens exercent à 85% en libéral, exclusif ou mixte, les 15% restants étant exclusivement salariés. Selon les données de l’UNASA publiées en 2025 sur les déclarations fiscales de l’année 2024, le bénéfice non commercial (BNC) médian des titulaires installés s’établit à 31 356 euros annuels, soit 2 613 euros par mois avant impôt sur le revenu.
La moyenne atteint 40 701 euros par an (3 392 euros par mois) : l’écart de 9 345 euros annuels avec la médiane traduit la concentration des hauts revenus. Le quart inférieur des titulaires déclare un BNC inférieur à 19 513 euros annuels (1 626 euros par mois) ; le quart supérieur dépasse 66 000 euros (5 500 euros par mois). Chez les remplaçants, la médiane tombe à 25 861 euros par an, soit 2 155 euros par mois.
Ces chiffres sont des revenus avant impôt, obtenus après déduction des charges professionnelles. Pour un cabinet avec un chiffre d’affaires de 85 000 euros, la recette moyenne des titulaires, ces charges absorbent entre 45 et 55% des recettes : cotisations sociales CARPIMKO et URSSAF (environ 25% du chiffre d’affaires), loyer, matériel, assurances en responsabilité civile professionnelle, frais comptables. Le résultat net avant impôt approche 40 700 euros annuels. Le libéral ne perçoit ni congés payés, ni indemnités journalières avant 90 jours de carence.
Dans la fonction publique hospitalière (FPH), un kinésithérapeute débutant entre au grade 1, échelon 1 de la grille catégorie A, avec un traitement indiciaire de 2 102 euros bruts par mois, calculé sur la base d’un point d’indice à 4,92 euros, valeur gelée pour 2026. Après déduction des cotisations salariales (environ 22 à 25% du brut) et ajout des primes, prime Ségur (189 euros nets par mois), indemnité de sujétion spéciale (10% du traitement brut) et prime de service, le salaire net total avoisine 1 924 euros par mois en début de carrière.
La grille 2026 prévoit onze échelons dans le grade normal sur environ vingt-huit ans. Un kinésithérapeute atteignant le grade hors classe en fin de carrière perçoit 3 786 euros bruts mensuels (échelon 9), soit 2 914 euros nets hors primes. Toutes primes incluses, le plafond effectif se situe autour de 3 100 euros nets par mois. Dans le secteur privé salarié (convention collective nationale 51 ou FEHAP), les barèmes démarrent légèrement plus haut en début de carrière (1 900 à 2 100 euros bruts) mais convergent vers des niveaux similaires en fin de parcours : 2 800 à 3 100 euros bruts pour vingt ans d’ancienneté.
Nord, Normandie : 4 200 euros contre 2 900 dans le Sud
Un kinésithérapeute libéral installé dans une zone sous-dotée du nord de la France génère un chiffre d’affaires annuel compris entre 88 000 et 100 000 euros, soit un revenu net mensuel estimé entre 3 400 et 4 200 euros. Dans les zones très sous-dotées rurales, où la densité de kinésithérapeutes tombe en dessous de 70 pour 100 000 habitants, les recettes peuvent atteindre 115 000 euros par an, pour un net mensuel de 3 900 à 4 800 euros. Le rapport démographique du Conseil national de l’Ordre de novembre 2024 chiffre la densité de la Normandie à 106,8 kinésithérapeutes pour 100 000 habitants, celle du Centre-Val de Loire à 101,9, parmi les taux les plus bas de métropole.
En PACA et en Occitanie, où la densité atteint respectivement 218,0 et 218,7 praticiens pour 100 000 habitants, les revenus libéraux se situent autour de 2 900 à 3 500 euros nets par mois. Paris constitue un cas particulier : le revenu annuel moyen y dépasse 48 000 euros, soit 32% au-dessus de la moyenne nationale, mais les charges de cabinet y sont sensiblement plus élevées.
Depuis le 1er janvier 2026, l’avenant 7 a restructuré les aides à l’installation selon quatre dispositifs zonés. Le CACCMK (contrat d’aide à la création de cabinet en zone très sous-dotée) verse jusqu’à 49 000 euros sur cinq ans ; le CAIMK (rejoindre un cabinet existant) offre 34 000 euros sur quatre ans. Ces montants sont cumulables avec les exonérations fiscales en zone de revitalisation rurale (ZRR), applicables sur cinq ans. L’avantage financier total peut dépasser 50 000 euros sur les premières années d’exercice.
Kiné du sport à 6 000 euros, périnéologie en hausse rapide
Un kinésithérapeute du sport travaillant avec des clubs professionnels ou une patientèle sportive de haut niveau atteint couramment entre 4 000 et 6 000 euros nets par mois. Ce niveau s’explique par la facturation d’actes hors nomenclature entre 50 et 120 euros la séance, bien au-dessus des 17,90 euros d’un acte standard conventionné en cabinet depuis le 1er janvier 2026. L’accès à cette spécialisation passe par un diplôme universitaire de kinésithérapie du sport (environ un an de formation).
La kinésithérapie vestibulaire, prise en charge des troubles de l’équilibre en forte demande avec le vieillissement de la population, affiche des revenus entre 4 500 et 5 500 euros nets mensuels, pour un nombre limité de praticiens formés. La rééducation pelvi-périnéale connaît la progression la plus rapide : portée par le renforcement des politiques de santé post-partum et la meilleure prise en charge des troubles du plancher pelvien, elle ouvre des revenus de 3 200 à 4 500 euros nets par mois. Un kinésithérapeute généraliste sans orientation particulière se situe entre 2 800 et 3 500 euros nets, légèrement au-dessus de la médiane UNASA, sans prime de spécialisation.
La retraite creuse l’écart réel entre libéral et salarié
Un kinésithérapeute libéral liquidant sa retraite à taux plein percevra une pension estimée entre 1 300 et 1 600 euros par mois, via la CARPIMKO. Un praticien ayant exercé en FPH percevra entre 1 800 et 2 200 euros par mois, via la CNRACL. Cet écart de 400 à 600 euros mensuels s’ajoute à une carence maladie de 90 jours pour le libéral, contre une indemnisation dès le premier jour pour le salarié hospitalier, et à l’absence de tout droit au chômage. Le congé maternité d’une kinésithérapeute libérale est plafonné à un forfait CPAM et CARPIMKO, quand une salariée du secteur public bénéficie d’un maintien intégral de salaire. En 2026, le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) est fixé à 48 060 euros, soit une hausse de 2% par rapport à 2025, selon l’arrêté du 22 décembre 2025 publié au Journal officiel.
Les effectifs de masseurs-kinésithérapeutes ont progressé de 16,3% entre 2020 et 2024. La projection de la DREES la plus récente, publiée en juillet 2018, anticipait 133 000 praticiens en 2040, un chiffre déjà partiellement atteint en 2026. Malgré cette croissance, les établissements de soins de suite et de réadaptation (SSR), les EHPAD et les services de neurologie signalent des postes en tension, et les zones rurales de Normandie et de Centre-Val de Loire manquent de praticiens. La demande de soins progresse sous l’effet du vieillissement démographique et de la hausse des pathologies chroniques, troubles musculo-squelettiques et maladies cardio-vasculaires. La revalorisation de l’avenant 7 ne modifie pas ce déséquilibre territorial.