Combien gagne une infirmière par mois ?

23/06/2026

L’acte infirmier de base augmente de 9,5% d’ici 2027 pour les libérales. Pour les 500 000 hospitalières, aucune revalorisation n’est prévue en 2026.

Ce printemps, l’Assurance maladie et les trois syndicats représentatifs des infirmiers libéraux ont signé l’avenant 11 à leur convention nationale, première revalorisation de l’acte de base depuis 2009. À l’hôpital public, rien n’a bougé : le point d’indice est gelé pour la troisième année consécutive.

Fin du gel, mais pas pour tout le monde

L’acte médico-infirmier (AMI), socle de la rémunération des quelque 100 000 infirmières libérales de France, était bloqué à 3,15 € depuis le 15 avril 2009. Dès novembre 2026, il passera à 3,35 €, puis à 3,45 € courant 2027, une hausse totale de 9,5% en deux étapes, financée par une enveloppe de 503 millions d’euros sur la période 2026-2029. L’accord a été conclu au terme de neuf mois de négociation entre la CNAM, la FNI, le SNIIL et Convergence Infirmière, après des séances de travail tendues depuis juillet 2025.

L’avenant ne se limite pas aux tarifs. Il crée deux consultations infirmières remboursées dès 2026, l’une pour accompagner l’instauration d’un traitement par insuline chez les diabétiques de type II, l’autre pour le suivi des bilans de prévention aux âges-clés, et en annonce deux autres pour 2028. Il instaure le statut d’infirmier référent pour les patients en affection de longue durée, facilite la prise en charge des plaies complexes et revalorise l’acte des infirmières en pratique avancée de 16 € à 21 €. La FNI a voté la signature à 81% lors de son assemblée générale extraordinaire du 26 mars 2026. Le SNIIL a également signé, mais a indiqué que « les revalorisations prévues ne sont pas à la hauteur des attentes portées par le syndicat et par l’ensemble de la profession ». L’ONSIL, quatrième organisation de la profession, a refusé de signer et a dénoncé « une aumône » qui ne compense ni l’inflation ni dix-sept ans de gel tarifaire.

L’impact financier attendu est de 306 € de chiffre d’affaires supplémentaires par mois à l’horizon fin 2027, soit environ 3 700 € sur une année. Pour des professionnelles dont le revenu net moyen tourne autour de 3 000 à 3 500 €, après déduction de charges représentant près de la moitié du chiffre d’affaires, le rattrapage reste partiel. Depuis 2008, le revenu net réel des infirmières libérales a reculé de 7,7% en euros constants, selon la FNI.

Ce que la fiche de paie ne dit pas

À l’hôpital public, la grille indiciaire s’applique mécaniquement, mais ne suffit pas à lire le salaire réel. Une infirmière débutante perçoit 1 944 € brut en premier échelon de grade 1, soit environ 1 555 € net avant primes. Ce chiffre, souvent cité, n’est jamais celui qui tombe seul sur le compte bancaire.

S’y ajoutent plusieurs indemnités réglementaires. Le complément de traitement indiciaire, dit « prime Ségur », représente 183 € nets par mois pour tous les agents hospitaliers depuis 2021. Une nuit travaillée génère une majoration de 25% du taux horaire. Un dimanche ou un jour férié ouvre droit à 60 € brut pour huit heures. Une infirmière de soins généraux avec dix ans d’ancienneté, un dimanche et quatre nuits dans le mois, touche en pratique autour de 2 360 € nets. En réanimation ou aux urgences, avec davantage de gardes de nuit et la prime de soins critiques à 118 € brut, ce montant peut dépasser 2 700 €.

La valeur du point d’indice, fixée à 4,92278 € depuis le décret n° 2023-519 du 28 juin 2023, n’a pas bougé depuis lors. Le ministre délégué chargé de la Fonction publique, David Amiel, a confirmé en décembre 2025 que le point d’indice serait encore gelé en 2026, pour la troisième année consécutive. Sans avancement d’échelon, sans spécialisation et sans poste d’encadrement, le salaire d’une infirmière hospitalière n’augmente pas.

Même diplôme, revenus très différents

Entre une infirmière hospitalière débutante à 1 900 € nets par mois et une titulaire de cabinet libéral en fin de carrière à 4 000 €, l’écart est du simple au double pour la même formation initiale de trois ans. Le secteur privé salarié se situe entre les deux : il verse en moyenne 9,7% de moins que l’hôpital public, selon la DREES. Les EHPAD associatifs, régis par la convention collective nationale 51 ou 66, affichent des grilles démarrant entre 1 800 et 2 100 € nets, sans prime Ségur identique à celle de la FPH.

L’intérim paramédical constitue désormais un cas à part. Un rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025, dans le cadre du rapport sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale, a documenté l’essor rapide de ce segment : le coût horaire de l’intérim est « nettement plus élevé que celui du personnel permanent », avec une dépense qui pèse sur les comptes sociaux. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 a acté un encadrement des rémunérations intérimaires dans les établissements publics, applicable à compter du 1er juillet 2025. L’objectif déclaré : contenir les surcoûts pour les hôpitaux tout en réduisant l’attractivité financière de l’intérim par rapport au poste permanent.

La spécialisation, seul ascenseur fonctionnel

Dans la FPH, la progression de carrière est automatique mais lente : vingt à vingt-cinq ans pour traverser les onze échelons du grade 1, chaque avancement portant le salaire brut de 1 944 € à 3 337 €. Le passage au grade 2, sur liste d’aptitude, ouvre une grille allant de 2 102 € à 3 578 € brut.

La spécialisation change l’ordre de grandeur. Une infirmière anesthésiste (IADE), formée en deux ans après au minimum deux ans d’exercice, démarre à 2 400-2 800 € nets et peut dépasser 4 000 € nets en fin de carrière, gardes incluses. L’infirmière de bloc opératoire (IBODE) suit une trajectoire comparable, avec un début à 2 400 € nets et un plafond entre 3 800 et 4 500 €. Pour l’infirmier en pratique avancée (IPA), master en deux ans après trois années d’expérience, le salaire médian à Paris atteint 46 000 € brut annuels. En mars 2025, les représentants des IPA ont déclaré leur rémunération « insuffisante » au regard de leurs responsabilités cliniques : suivi des maladies chroniques, prescription, diagnostic.

Le passage en encadrement représente l’autre levier : cadre de santé paramédical après dix mois de formation à l’IFCS, avec une prise de poste aux alentours de 3 200 € nets, et un plafond à 4 500-4 784 € en fin de grille.

Paris paie plus, les DOM bien davantage

La grille nationale unifie les salaires, mais pas complètement. L’indemnité de résidence, à 3% du traitement brut en Île-de-France et à 0% dans la plupart des autres zones, génère un différentiel mensuel de 60 à 90 € en faveur des agents parisiens. Le salaire brut médian d’une infirmière en Île-de-France s’établit à environ 3 033 € par mois, contre 2 500 € en Bretagne ou en Centre-Val de Loire. Certains hôpitaux en tension de recrutement ajoutent des primes d’attractivité de 100 à 300 € nets mensuels et des aides au logement.

En Guyane, à Mayotte et à la Réunion, une indemnité de sujétion géographique majore la rémunération de 40 à 53%, portant le traitement indiciaire brut à 4 500-5 000 € par mois. Ce dispositif, conçu pour compenser les contraintes d’exercice dans ces territoires, est l’un des rares mécanismes qui modifie substantiellement la grille nationale.

La loi de 2025 redessine le métier, pas encore le salaire

La loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d’infirmier a modifié en profondeur le cadre légal de l’exercice. Pour la première fois, le texte reconnaît la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et un pouvoir de prescription autonome, jusqu’ici réservé aux médecins, aux sages-femmes et aux IPA. La liste des produits et examens prescriptibles sera fixée par arrêté ministériel après avis de la Haute Autorité de santé.

Le décret n° 2025-1306, publié au Journal officiel du 26 décembre 2025, a inscrit la consultation, le diagnostic et la prescription infirmières dans le droit réglementaire. L’avenant 11 en est le prolongement conventionnel pour les libéraux : il traduit ces dispositions en actes cotés et remboursés. Pour les hospitaliers, aucune cotation équivalente n’existe à ce stade. La réforme du diplôme d’État infirmier, attendue en septembre 2026, renforcera encore le périmètre clinique de la profession, sans que son impact salarial ne soit, pour l’heure, précisé.

80 000 infirmières manquantes à l’horizon 2050

La France compte 599 000 infirmières en emploi. La DREES projette une hausse des effectifs de 37% d’ici à 2050 dans le scénario tendanciel, mais les besoins en soins infirmiers, tirés par le vieillissement de la population, croîtront de 50% sur la même période. Le déficit attendu est de 80 000 professionnelles.

En 2021, le salaire annuel brut moyen d’une infirmière française s’établissait à 32 397 €, selon les données OCDE compilées dans Health at a Glance 2023, en dessous de la République tchèque (33 567 €) et de la Pologne (33 946 €), soit moins de la moitié du niveau belge (62 316 €). En parité de pouvoir d’achat, le salaire brut mensuel des infirmières hospitalières françaises est de 3 533 €, contre 4 491 € en Allemagne. Le Ségur de la santé a partiellement réduit cet écart depuis 2021 ; les données actualisées à 2023-2024 ne sont pas encore disponibles à l’échelle internationale.

C’est sur ce constat que les syndicats s’appuient pour réclamer un nouveau cycle de négociations. Convergence Infirmière a indiqué, à l’issue de la signature du 31 mars, que l’avenant 11 est « un texte imparfait » et que « la mobilisation reste intacte ». Le SNIIL a indiqué dans son communiqué du 30 mars que le texte « acte la reconnaissance de nouvelles compétences » mais ne constitue pas, pour autant, le « véritable rattrapage » attendu.

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Licencié en économie à Paris-Dauphine, ancien pigiste pour FranceTV et Ouest-France où il couvrait l'emploi et l'économie régionale, Bruno Choutet rédige des articles et des enquêtes sur les rémunérations pour Combien Gagne en croisant les données INSEE, DARES (Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques), conventions collectives et témoignages de professionnels en exercice.

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