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Combien gagne Bruno Retailleau ?

10 692 euros bruts par mois, 1,15 million de patrimoine, zéro euro du privé. Les déclarations de Bruno Retailleau à la HATVP ne laissent aucune zone d’ombre, ou presque.

Sénateur, ministre, candidat déclaré à la présidentielle de 2027 : Bruno Retailleau a perçu l’intégralité de ses revenus de l’argent public depuis 2004. Ses déclarations à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique dressent le portrait d’un patrimoine solide, banal, et d’une situation financière plus lisible que sulfureuse.

10 692 euros bruts par mois

Le traitement mensuel de Bruno Retailleau en tant que ministre de l’Intérieur est fixé par un décret d’août 2012, qui avait réduit les émoluments gouvernementaux de 30%. Il se décompose en trois éléments : un traitement de base de 8 305 euros, une indemnité de résidence de 249 euros calculée sur la zone parisienne, et une indemnité de fonction de 2 138 euros représentant 25% des deux premiers. Total brut mensuel : 10 692 euros.

Après déduction des prélèvements sociaux, CSG à 9,2% et CRDS à 0,5%, soit 9,7% au total, plus la cotisation vieillesse plafonnée, le net avant impôt s’établit à environ 9 700 euros par mois. Après impôt sur le revenu, il tombe à environ 6 500 euros. C’est précisément le chiffre qu’il avait lui-même avancé en 2023, en sénateur, ajoutant qu’il aurait « doublé ou triplé » ce revenu dans le secteur privé.

À ces 6 500 euros mensuels s’ajoutaient, durant l’exercice de ses fonctions gouvernementales, un logement de fonction plafonné à 80 mètres carrés, un véhicule avec chauffeur, des titres SNCF en première classe, et une enveloppe de frais de représentation de 150 000 euros par an, soumise à contrôle a posteriori. À la sortie du gouvernement, tout ministre perçoit une indemnité de départ de trois mois de traitement brut, soit environ 32 100 euros, à condition de ne pas avoir repris d’activité rémunérée et d’avoir déposé ses déclarations patrimoniales.

3,7 fois le salaire médian

Le salaire net médian en France s’établit à 2 190 euros par mois en 2024. Le SMIC net 2025 est fixé à 1 426 euros. Le traitement net d’un ministre est 3,7 fois supérieur au salaire médian, et 5,7 fois le SMIC.

Bruno Retailleau propose, pour la présidentielle de 2027, la suppression des 35 heures, une réduction du nombre de fonctionnaires, un durcissement de l’assurance chômage et l’instauration d’une retraite par capitalisation. Il porte ce programme en ayant perçu, depuis 2004, l’intégralité de ses revenus de la sphère publique. Aucun contrat privé, aucun mandat de conseil, aucune participation dans une entreprise ne figure dans ses déclarations d’intérêts.

Vingt ans d’indemnités, sans un euro du privé

Bruno Retailleau est sénateur de la Vendée depuis 2004. Ses déclarations patrimoniales permettent de retracer ses revenus nets déclarés année par année. En 2019, son indemnité sénatoriale représentait 90 237 euros nets annuels. En 2023, elle atteignait 97 530 euros, auxquels s’ajoutaient 22 539 euros nets en tant que conseiller régional des Pays-de-la-Loire, soit un total de 120 069 euros nets pour cette année-là.

En 2024, année de sa nomination au gouvernement Barnier le 21 septembre, quatre mois de mandats électifs ont précédé quatre mois de traitement ministériel, portant le total annuel à environ 125 313 euros nets. Sa déclaration de fin de mandat sénatorial, déposée le 3 février 2026, fait apparaître pour 2025 : 94 046 euros nets au titre du ministère, 17 066 euros nets comme conseiller régional, 10 144 euros nets comme sénateur à compter de novembre 2025, dernière année à trois sources de revenus publics simultanées.

Ses revenus annexes déclarés sont intégralement nuls. Il est auteur aux Éditions de l’Observatoire depuis 2019 : zéro euro perçu chaque année. Il est président des Républicains depuis mai 2025 : zéro euro. Il siège comme administrateur dans onze structures, Abbaye de Fontevraud, Vendée Globe, Centre Vendéen de Recherches Historiques, entre autres : zéro euro dans chaque cas. Seule exception : 97 euros de dividendes sur 66 parts du Crédit Agricole en 2024.

Son épouse exerce comme médecin scolaire au sein de l’Éducation nationale. Ses revenus ne sont pas inclus dans les déclarations de la HATVP, qui portent sur le seul déclarant. La fusion des deux revenus du foyer fiscal modifierait le portrait financier global, mais aucun document public ne le permet à ce stade.

Une ferme vendéenne, cinq assurances vie

Le patrimoine net déclaré de Bruno Retailleau s’établit à 1 152 000 euros dans sa déclaration de situation patrimoniale déposée le 22 février 2025. Il se classe au 16e rang sur 36 membres du gouvernement Bayrou, dans la moitié inférieure de l’exécutif. Le patrimoine moyen de ses collègues se situe entre 2,5 et 2,9 millions d’euros selon les périmètres retenus. Marc Ferracci déclare 23 millions d’euros, Éric Lombard 21,7 millions.

Son patrimoine immobilier, estimé à 580 350 euros au total, est entièrement situé en Vendée. La pièce centrale est une ferme de 540 mètres carrés à Saint-Malô-du-Bois, acquise en 1984 par donation pour 63 200 euros, il l’a rachetée à son grand-père, et estimée à 420 000 euros à la date de la déclaration. S’y ajoutent une résidence secondaire de 100 mètres carrés (80 000 euros), un terrain agricole de 0,48 hectare (350 euros) et un bien en indivision à 50% (80 000 euros).

Son épargne représente 509 581 euros. Elle se répartit entre des livrets réglementés et comptes d’épargne (336 431 euros) et cinq contrats d’assurance vie en fonds euros souscrits entre 1989 et 2023 (173 150 euros au total). Aucune société civile immobilière, aucune action cotée au-delà des 98 euros de parts Crédit Agricole, aucune participation dans une société privée. Un prêt immobilier souscrit en mars 2020 présentait un solde restant dû de 11 760 euros à la date de la déclaration.

La loi oblige à déclarer tout bien mobilier d’une valeur unitaire supérieure à 10 000 euros. Retailleau a déclaré une bibliothèque (13 000 euros), un dressing sur mesure (12 000 euros) et un tableau (10 000 euros). Aucune pension de retraite n’est mentionnée : la ligne correspondante est à zéro euro. Né en 1960, il n’avait pas liquidé ses droits à la date de la déclaration.

Un nom dans une liste, pas dans un dossier

Entre 2002 et 2014, un système de redistribution de fonds fonctionne au sein du groupe UMP du Sénat via deux associations, l’Union républicaine du Sénat et le Crespi. La Brigade de répression de la délinquance astucieuse met la main sur une comptabilité parallèle faisant apparaître les noms de 117 sénateurs. En mars 2017, Mediapart révèle que celui de Bruno Retailleau y figure pour 3 029 euros de « remboursements de frais ».

Il a répondu ne pas avoir reçu de « ristournes », qualifiant ces montants de remboursements sur factures de dépenses politiques, impressions de journaux, matériel informatique. Le Parquet national financier a ouvert une information judiciaire pour détournement de fonds publics, abus de confiance et blanchiment. Six sénateurs ont été mis en examen. Bruno Retailleau n’en fait pas partie.

Les ordres de grandeur éclairent le dossier : Henri de Raincourt apparaît dans la même comptabilité pour 150 000 euros, François Fillon pour 21 000 euros. L’affaire n’a pas rebondi sur le nom de Retailleau depuis 2017. L’état actuel de la procédure, classement sans suite ou renvoi en correctionnelle, n’a pas été rendu public à ce stade.

Candidat 2027 : le programme contre la trajectoire

Depuis son départ du gouvernement Lecornu le 12 octobre 2025 et sa prise de contrôle des Républicains en mai 2025, Bruno Retailleau se positionne pour la présidentielle de 2027. Son programme économique inclut la suppression des 35 heures, le remplacement du RSA par un revenu d’incitation à l’activité, le durcissement de l’assurance chômage et l’instauration d’une retraite par capitalisation.

Son patrimoine de 1 152 000 euros le place à 7,8 fois le patrimoine net médian des Français, établi à 148 100 euros par l’INSEE en 2024. Ses revenus ministériels le situaient dans le 1% des revenus les plus élevés du pays. Sa fortune a été constituée sans aucun revenu d’origine privée, à partir de mandats électifs enchaînés depuis 2004, le modèle précisément qu’il entend réformer.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.

Article by GeneratePress

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