Combien gagne Clémence Guetté ?

13/07/2026

Clémence Guetté est députée LFI et vice‑présidente de l’Assemblée nationale. Les barèmes sont connus, ses déclarations aussi, mais son revenu net actuel reste impossible à établir.

Sur le plateau de France 3, Clémence Guetté regarde Francis Letellier avant de répondre sur les parrainages de Jean‑Luc Mélenchon. Elle évoque les 500 signatures exigées par la loi pour une candidature présidentielle et les maires qui hésitent à les accorder. Elle commente aussi les résultats des municipales, les grandes villes conquises ou perdues par la gauche, et la stratégie de La France insoumise pour les scrutins à venir. Le téléspectateur a sous les yeux une députée qui siège à l’Assemblée depuis 2022 et qui a été réélue en 2024. Rien, dans la séquence, ne dit que cette invitée est aussi vice‑présidente de l’institution et bénéficie d’une indemnité plus élevée qu’un député simple.

Clémence Guetté a été élue pour la première fois députée de la 2ᵉ circonscription du Val‑de‑Marne en 2022. Elle a été réélue en 2024 dans cette circonscription du sud de Paris. Elle accède ensuite au Bureau de l’Assemblée nationale, organe qui dirige les travaux de l’hémicycle, en devenant vice‑présidente en 2024. Elle est reconduite au Bureau lors d’une nouvelle nomination en 2025, aux côtés de cinq autres vice‑présidents. Dans le même temps, elle coordonne le programme de La France insoumise pour les élections législatives et municipales. Le plateau de France 3 donne à voir une élue qui cumule un mandat de députée, une fonction au Bureau et une responsabilité sur le programme de son mouvement.

Son parcours ne commence pas avec ce mandat. Née en 1991 à Bressuire, elle a étudié la sociologie politique à Sciences Po avant de suivre une année à AgroParisTech consacrée aux politiques environnementales. Elle a été secrétaire générale du groupe LFI à l’Assemblée nationale entre 2019 et 2022, avec des revenus nets annuels de l’ordre de 38 000 puis 40 000 euros, selon ses déclarations à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Elle a ensuite cumulé des emplois au sein de La France insoumise et de l’association de financement de la campagne de Jean‑Luc Mélenchon, dépassant 50 000 euros nets d’emplois politiques en 2021 avant de devenir députée. Ce déplacement du plateau vers ses anciennes fonctions permet de lier un visage très exposé à des chiffres précis de revenus passés.

Dans les portraits de presse, elle est décrite comme coordinatrice du programme de LFI et co‑présidente de l’Institut La Boétie, laboratoire d’idées fondé par son mouvement. Ces rôles sont déclarés comme bénévoles dans les dossiers déposés à la Haute Autorité. Ses revenus identifiés proviennent alors du groupe parlementaire, de La France insoumise, de l’association de financement et du mandat de députée. Ce contraste entre la multiplication des rôles politiques et l’origine limitée des rémunérations ouvre la porte à la question qui guide cette enquête : comment les textes et les déclarations permettent‑ils, ou non, de connaître son revenu net actuel.

Ce que prévoit l’indemnité parlementaire

Pour comprendre ce que perçoit une députée comme Clémence Guetté, il faut s’arrêter sur le régime de base des élus du Palais‑Bourbon, siège de l’Assemblée nationale. La fiche de synthèse officielle de l’institution décrit une indemnité parlementaire composée de trois éléments : indemnité de base, indemnité de résidence et indemnité de fonction. Elle fixe un total brut mensuel d’un peu plus de 7 600 euros pour un député, loin du salaire médian net estimé autour de 2 200 euros par mois. Après les retenues obligatoires, le net mensuel standard annoncé pour un député « simple » se situe autour de 5 900 euros, soit un peu moins de trois fois le revenu médian.

La même fiche détaille les retenues précises appliquées à cette indemnité : une cotisation pour la Caisse de pensions des députés, une contribution sociale généralisée (CSG) et une contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), un versement au fonds de transition professionnelle et une contribution à la formation. Ces montants renvoient à des mécanismes collectifs qui s’appliquent à tous les députés. Ils donnent une base concrète pour comparer le mandat parlementaire à d’autres fonctions publiques ou privées. Ils montrent aussi que le net standard ne dit rien des revenus de ceux qui exercent des responsabilités supplémentaires.

Les vice‑présidents de l’Assemblée reçoivent en effet une indemnité spéciale qui vient s’ajouter à cette base. Dans les textes en vigueur, cette indemnité additionnelle est un complément brut mensuel, versé au titre de la présidence de séance et de la représentation de l’institution. Les questeurs, députés chargés de la gestion des finances et du personnel de l’Assemblée, bénéficient d’un complément plus élevé encore, tandis que la présidence de l’Assemblée s’accompagne d’une indemnité spéciale supérieure. Ces chiffres positionnent les membres du Bureau dans une hiérarchie interne claire, du député simple au président, avec des niveaux croissants. Ils restent exprimés en brut.

D’autres enveloppes existent autour de ces indemnités. La dotation de fonctionnement parlementaire, de plusieurs milliers d’euros mensuels, sert à financer les frais de mandat : bureaux de permanence pour accueillir les électeurs, déplacements, matériel, communication. Le crédit collaborateurs, de l’ordre de 11 000 euros par mois, est affecté exclusivement aux salaires des assistants parlementaires. Ces sommes sont souvent agrégées dans des infographies qui parlent de « coût par député » et dépassent 20 000 euros mensuels. Elles ne constituent pas des revenus personnels de l’élu. Cette distinction est essentielle pour qui s’intéresse à ce que Clémence Guetté perçoit réellement.

La grille officielle permet de calculer, pour un vice‑président, une indemnité brute totale supérieure à celle d’un député sans fonction au Bureau, en additionnant l’indemnité de base et l’indemnité spéciale. Le net correspondant n’est pas publié dans les documents de l’Assemblée. Le seul net connu reste celui d’un député sans responsabilité particulière au sein du Bureau. Cette absence de donnée nette individualisée est le premier point de friction pour qui cherche à savoir combien gagne une vice‑présidente comme Clémence Guetté.

Les chiffres trouvés dans les dossiers de transparence

Les déclarations d’intérêts et de patrimoine déposées par Clémence Guetté à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique offrent un autre type de chiffres. Cet organisme indépendant contrôle les revenus et le patrimoine des responsables publics. Les déclarations recensent les revenus nets annuels perçus au titre des emplois politiques et du mandat de députée. En 2019, elles mentionnent un salaire net d’un peu plus de 38 000 euros pour son poste de secrétaire générale du groupe LFI à l’Assemblée. En 2020, ce montant passe à un peu plus de 41 000 euros nets, toujours pour le même emploi. L’écart avec le salaire médian français se situe déjà au‑delà du double.

En 2021, sa situation évolue. La déclaration fait apparaître un peu plus de 23 000 euros nets comme secrétaire générale, plus de 17 000 euros nets au titre d’un emploi au sein de La France insoumise dans l’équipe programme, et plus de 16 000 euros nets perçus de l’association de financement de la campagne présidentielle de Jean‑Luc Mélenchon. Le cumul net dépasse 56 000 euros pour l’année. Ce total se compare à celui de cadres supérieurs dans le secteur privé, tout en restant composé de trois postes liés au même univers politique.

L’année 2022 marque le basculement vers le mandat de députée. Jusqu’en juin, elle reste salariée du groupe LFI, de La France insoumise et de l’association de financement, avec des montants nets de l’ordre de 17 000, 6 000 et 13 000 euros respectifs. À partir de juin, elle ajoute une indemnité de députée, qui représente un peu plus de 38 000 euros nets pour la période couvrant la fin de l’année. À la fin de 2022, le total net déclaré dépasse 75 000 euros. En trois ans, ses revenus politiques ont augmenté d’environ 40%, avec l’entrée dans l’hémicycle comme facteur principal.

Pour 2023, la déclaration simplifie la structure des revenus. Clémence Guetté est uniquement rémunérée comme députée, à hauteur de plus de 73 000 euros nets sur l’année, soit un peu plus de 6 000 euros nets par mois. Les fonctions de coordinatrice du programme de LFI et de co‑présidente de l’Institut La Boétie sont déclarées comme bénévoles, sans revenu associé. La photographie fournie par la Haute Autorité est alors nette : ses revenus proviennent du mandat parlementaire, conformément aux barèmes de l’Assemblée.

Cette série de chiffres permet de suivre sa trajectoire financière jusqu’à la veille de son accession au Bureau. Elle ne documente pas le moment où l’indemnité spéciale de vice‑présidente vient s’ajouter à l’indemnité de base. Le lecteur sait désormais comment ses revenus ont évolué, mais pas encore ce qu’ils sont une fois la fonction au Bureau assumée.

Quand la fonction au Bureau change la donne

L’année 2024 commence avec une continuité des revenus. Dans sa déclaration, Clémence Guetté indique un peu plus de 37 000 euros nets d’indemnité de députée pour la période de janvier à juin. Ce montant semi‑annuel est cohérent avec les plus de 73 000 euros nets déclarés pour 2023 sur douze mois. Il correspond à un mandat exercé jusqu’à la dissolution et aux législatives anticipées. À l’issue de ce scrutin, elle est réélue et rejoint, à l’été, le Bureau de l’Assemblée comme vice‑présidente. Les documents consultables ne détaillent pas les revenus nets analogues à partir de ce mois‑là.

La déclaration modificative déposée en 2025 mentionne des revenus annexes perçus en 2024 pour des activités extérieures ponctuelles, ainsi que ses fonctions bénévoles au sein de La France insoumise, de l’Institut La Boétie et d’une fondation européenne. Elle ne fournit pas de total net pour l’année 2024 incluant le second semestre de mandat, ni de montant net associé à la vice‑présidence. La grille brute indique un complément mensuel pour la fonction de vice‑présidente. Le net reste hors du document.

Les barèmes officiels permettent d’additionner les montants bruts pour reconstruire une rémunération théorique. À partir de l’indemnité brute d’un député et du complément brut d’un vice‑président, on obtient une indemnité brute mensuelle plus élevée pour les membres du Bureau. Si l’on applique en proportion les retenues observées sur l’indemnité de base, le net pourrait se situer au‑delà du net standard du député simple. Cette estimation reste une hypothèse, fondée sur une extrapolation, non sur une donnée issue de la Haute Autorité ou de l’Assemblée. Elle ne peut être retenue comme réponse à la question posée au lecteur.

Un autre angle mort tient au calendrier de publication des déclarations pour la nouvelle législature. Le mandat ouvert à l’été 2024, qui recouvre la période où Clémence Guetté exerce pleinement la vice‑présidence, n’est pas encore documenté dans les consultations standard du site de la Haute Autorité. Les journalistes ne disposent donc, au moment de cette enquête, que des données de la précédente législature pour les revenus annuels. Cette latence documentaire se combine au flou sur les nets individuels pour rendre impossible la formulation d’un chiffre actuel précis.

Cette impossibilité intervient alors que la question des indemnités des élus revient régulièrement dans le débat public. Des revalorisations sont discutées, des comparaisons circulent sur les réseaux sociaux, des infographies détaillent les montants bruts des différents postes. Elles s’arrêtent toutes au brut ou au net standard du député simple. Elles ne fournissent pas ce que demande un lecteur : le montant net effectivement perçu en 2026 par une vice‑présidente comme Clémence Guetté.

Les montants des autres membres du Bureau

Pour situer la fonction de vice‑présidente dans l’ensemble du Bureau, il faut regarder les autres responsabilités. Les vice‑présidents en fonction, issus de La France insoumise, du Rassemblement national, du MoDem et d’Horizons, perçoivent tous une indemnité brute totale supérieure à celle d’un député sans fonction au Bureau. Ce montant les place au‑dessus des simples députés et en‑dessous des questeurs et du président de l’Assemblée. La hiérarchie interne est donc dessinée en barèmes, non en revenus individuels.

Les questeurs, députés chargés des finances et de l’administration, cumulent une indemnité de base de député et une indemnité spéciale qui porte leur brut mensuel à un niveau comparable à celui de hauts fonctionnaires ou de dirigeants du secteur privé. Le président ou la présidente de l’Assemblée, qui représente l’institution et conduit les débats, perçoit un complément spécial supérieur à celui des vice‑présidents. Les documents officiels décrivent ainsi un escalier de responsabilités et de montants, du siège simple à la présidence.

À l’échelle européenne, ces barèmes placent les élus français dans la partie haute des grilles parlementaires. Les comparaisons disponibles montrent que le brut annuel des députés français est supérieur à celui d’élus de plusieurs pays voisins et inférieur à celui de certains parlementaires d’Europe du Sud. La fonction de vice‑président ajoute une marche à cet escalier. Les données ne permettent pas une comparaison fine des nets individuels, mais elles ancrent la position française dans un paysage de rémunérations élevées.

À l’intérieur du pays, les chiffres déclarés par Clémence Guetté pour 2023 montrent ce que représente un mandat de députée dans la durée. Un net annuel de plus de 73 000 euros correspond à plus de deux fois et demie le revenu médian. L’ajout d’une indemnité spéciale de vice‑présidente sur cette base accentue encore cet écart, à brut égal. Ce constat vaut pour l’ensemble des vice‑présidents. Il ne donne pas le net de chacun. C’est ce manque qui renvoie à la question posée au début de l’article.

Entre discours sur les privilèges et règles internes des partis

La question des revenus des députés est aussi traversée par les règles internes des partis. Un travail de recensement publié en 2022 montrait que certains partis imposent à leurs élus une cotisation calculée sur l’indemnité, tandis que d’autres se contentent de contributions volontaires. La France insoumise appartient à cette deuxième catégorie. Le mouvement avait perçu, en 2020, un montant de cotisations relativement faible au regard du nombre d’élus, selon les chiffres disponibles. La part de reversement de chaque parlementaire n’était pas encadrée par une grille obligatoire.

Dans l’espace militant et sur les réseaux, la perception est parfois différente. Des messages évoquent un plafonnement des revenus des élus au « salaire médian » et un reversement du surplus au mouvement. Cette pratique existe dans certains environnements syndicaux ou associatifs. Les données consultées pour LFI à l’Assemblée n’attestent pas d’une règle écrite imposant ce mécanisme à ses députés. Elles indiquent seulement que des cotisations sont versées, dans des montants variables, au titre de contributions volontaires.

Cette divergence de perceptions influe sur la compréhension des revenus de Clémence Guetté. Un lecteur qui présume l’existence d’une règle de reversement automatique peut imaginer un net personnel proche du salaire médian. Un lecteur qui s’en tient aux barèmes de l’Assemblée, sans information sur les contributions au parti, peut en déduire l’inverse. Aucun document public ne distingue, pour cette vice‑présidente, la part conservée de son indemnité et la part éventuellement versée à La France insoumise ou à ses organisations satellites.

En parallèle, le débat plus large sur les « privilèges » des députés brouille la lecture des chiffres. De nombreuses publications additionnent indemnité parlementaire, dotation de fonctionnement et crédit collaborateurs pour parler d’un « coût mensuel » par élu qui dépasse 20 000 euros. Ces montants incluent des sommes destinées au fonctionnement du mandat et aux salaires des assistants, non à la rémunération personnelle. Ils masquent la différence entre l’argent que l’élue perçoit en net et celui qu’elle gère pour exercer ses fonctions.

Les limites documentaires pour un cas emblématique

L’enquête sur les revenus actuels de Clémence Guetté se heurte à plusieurs limites documentaires. La première tient à la temporalité des déclarations. Celles qui sont consultables couvrent la période 2019‑2023 et le premier semestre 2024, avec des totaux nets annuels ou semestriels. Elles s’arrêtent avant le plein exercice de la vice‑présidence et du second mandat. La déclaration d’intérêts de la nouvelle législature, l’Assemblée élue en 2024, n’est pas encore disponible sous la forme d’un document aisément accessible.

La seconde limite concerne le net individuel des fonctions au Bureau. Les barèmes officiels détaillent les indemnités brutes des vice‑présidents, des questeurs et de la présidence. Ils ne donnent pas, pour chaque fonction, le net obtenu après l’ensemble des retenues. Le net standard du député simple est connu. Celui du vice‑président ne l’est pas. Les journalistes peuvent calculer des approximations. Ils ne peuvent pas citer une valeur issue d’un document de l’Assemblée ou de la Haute Autorité.

Une troisième limite touche aux revenus annexes récents. Les déclarations de 2024 mentionnent des sommes ponctuelles liées à des activités extérieures. Elles ne listent pas d’activités rémunérées pour 2025 et 2026. Les interviews télévisées, les conférences publiques et les interventions dans des écoles ou des institutions n’apparaissent que comme des apparitions. Sans déclarations mises à jour, il est impossible de leur associer des montants.

Sur le plateau de France 3, le 28 juin 2026, Clémence Guetté répond aux questions sur les parrainages, les municipales et la stratégie de La France insoumise. À cette date, les textes de l’Assemblée permettent de connaître précisément l’indemnité brute d’un vice‑président. Les dossiers de la Haute Autorité détaillent son parcours de revenus jusqu’en 2023 et une partie de 2024. Aucun document accessible ne donne le net qu’elle perçoit ce mois‑là. Le chiffre manque au bout du raisonnement.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l’adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.
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Louis Gastebois - Rédacteur en chef /// Diplômé du CELSA, Louis Gastebois a fait ses armes au pôle économie du Groupe Lafont Presse avant de rejoindre Combien Gagne. Il est spécialisé sur les rémunérations des hommes politiques et des élus : ministres, députés, sénateurs, élus locaux... Ses sources de prédilection sont : la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), déclarations d'intérêts, rapports parlementaires, médias locaux.

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