Inspecteur des impôts, patron de la DGSI, préfet de police, ministre : les chiffres de revenus et de patrimoine de Laurent Nuñez dessinent un profil d’épargnant plus que de notable.
Un dimanche de mai, la lumière tombe à plat sur le terrain militaire, à la sortie de Bourges. Sur la piste éventrée par les camions, des colonnes de voitures s’ébranlent lentement, contrôlées une à une par les gendarmes. Les haut-parleurs saturent, les sons de la free party s’éteignent, remplacés par les rappels à la loi et les amendes. À quelques centaines de kilomètres, dans un bureau du ministère de l’Intérieur, Laurent Nuñez suit les rapports, donne consigne de « verbaliser systématiquement » les participants et assume de vouloir « mieux réprimer » ces rassemblements illégaux.
Ordre public
Le week-end du Teknival près de Bourges, début mai 2026, le ministère de l’Intérieur transmet une instruction claire aux forces de l’ordre : verbalisation systématique des participants à la free party installée sur un terrain militaire. Les gendarmes dressent alors des milliers de contraventions pour participation à un rassemblement non autorisé, dans une opération justifiée par le ministère au nom du respect de la loi et de la protection d’un site militaire. Le ministre explique vouloir « mieux réprimer » ces rassemblements musicaux illégaux.
Quelques jours plus tard, Laurent Nuñez se présente devant la commission des lois du Sénat pour défendre un projet de loi destiné à lutter contre le séparatisme et l’entrisme. Le texte prévoit notamment la dissolution d’associations, le gel d’avoirs et l’interdiction de certaines publications. Début mai encore, il est auditionné au Sénat sur les questions d’ordre public, de sécurité et de tranquillité.
Le 27 mai 2026, il est entendu par la commission des finances de l’Assemblée nationale sur les moyens de son ministère. Quelques jours plus tôt, à propos des groupes ultras du football stéphanois, il a déclaré : « Si on peut éviter ça, évitons-le », en parlant d’éventuelles dissolutions. Cette phrase montre qu’il peut alterner ligne dure et approche plus ciblée selon les dossiers.
Trajectoire
Laurent Nuñez est né le 19 février 1964 à Bourges, dans le Cher. Sa mère était institutrice et son père architecte, dans une famille issue de pieds-noirs d’origine espagnole installés d’abord dans la région d’Oran avant le rapatriement en France. Plusieurs portraits le décrivent comme un enfant des quartiers nord de Bourges, élevé dans une France provinciale de classes moyennes modestes.
Après un passage par le conseil général du Cher, il réussit le concours d’inspecteur des impôts et commence sa carrière à Bercy. Il raconte lui-même qu’il voulait devenir commissaire, mais qu’il a d’abord réussi « le concours des impôts ». C’est au ministère des Finances qu’il rencontre celle qui deviendra son épouse, également fonctionnaire.
Il réussit ensuite le concours interne de l’ENA et rejoint la promotion « Cyrano de Bergerac ». Sa sortie d’école l’amène à la direction générale des collectivités locales, puis vers les cabinets préfectoraux. Il passe par la Haute-Saône, la Seine-Saint-Denis, puis Bayonne, où il suit notamment les questions liées à l’ETA. De 2012 à 2015, il est directeur de cabinet du préfet de police de Paris, avant d’être nommé préfet de police des Bouches-du-Rhône à Marseille.
Renseignement
En 2017, il devient directeur général de la sécurité intérieure, la DGSI, le principal service de renseignement intérieur français. Il prend alors la tête d’un service de plus de 4 000 agents chargé de la lutte contre le terrorisme, les ingérences étrangères et certaines formes de radicalisation violente.
Au moment où il quitte la DGSI pour entrer au gouvernement en 2018, sa déclaration d’intérêts fait apparaître un revenu d’environ 9 500 euros nets par mois à ce poste. Plusieurs commentaires de presse relèvent qu’un tel niveau de rémunération reste élevé à l’échelle française, mais modeste comparé à celui de dirigeants du secteur privé ou même de certains responsables publics moins exposés.
De la DGSI au gouvernement
Le 16 octobre 2018, Laurent Nuñez est nommé secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Il devient alors l’un des visages du maintien de l’ordre pendant la crise des Gilets jaunes, avec une forte exposition médiatique et parlementaire. Son départ du gouvernement intervient en juillet 2020, dans la foulée du remaniement qui suit celui de Christophe Castaner.
La déclaration publiée en 2026 mentionne 67 141 euros nets perçus en 2020 pour la partie de l’année correspondant à cette fonction gouvernementale. Pour un secrétaire d’État ou un ministre, la presse spécialisée en finances personnelles évalue le traitement mensuel brut à un peu plus de 10 000 euros, avec une indemnité de résidence et une indemnité de fonction qui portent l’ensemble à un niveau proche de 11 000 euros bruts selon les périodes.
En juillet 2020, il devient coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, fonction rattachée à la présidence de la République. La déclaration publiée en 2026 fait apparaître 155 128 euros nets pour l’année 2021 et 76 565 euros nets pour la partie 2022 où il exerce encore ce poste. Sur une période récente, il a perçu en moyenne un peu plus de 14 000 euros par mois, ce qui le place parmi les ministres ayant affiché les revenus antérieurs les plus élevés.
Paris
Le 20 juillet 2022, Laurent Nuñez est nommé préfet de police de Paris en remplacement de Didier Lallement. Il prend alors la tête d’une institution à part dans l’appareil d’État, avec environ 40 000 agents dont près de 30 000 policiers.
La déclaration publiée en 2026 fait apparaître 104 201 euros nets pour la partie 2022 où il exerce à la Préfecture de police, puis 167 648 euros nets en 2023 et 202 156 euros nets en 2024. Pour les dix premiers mois de 2025, avant son arrivée à Beauvau, elle mentionne encore 177 175 euros nets. Le pic de 2024 correspond à environ 16 800 euros nets par mois.
Cette période coïncide avec la sécurisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, dossier central de la Préfecture de police. À l’issue des Jeux, le Comité international olympique lui décerne l’Ordre olympique pour son rôle dans la sécurisation de l’événement. En janvier 2025, il figure aussi parmi les personnalités distinguées dans une promotion spéciale de la Légion d’honneur liée aux organisateurs des Jeux.
Beauvau
En octobre 2025, Laurent Nuñez quitte la Préfecture de police de Paris pour devenir ministre de l’Intérieur. Les articles publiés au moment de sa nomination présentent ce choix comme attendu, compte tenu de son passage antérieur à Beauvau et de son profil de spécialiste des questions de sécurité.
Les synthèses de presse sur sa déclaration patrimoniale mentionnent 64 943 euros de revenus déclarés pour l’année 2024 et 110 094 euros pour 2023. Ces chiffres doivent être lus avec prudence, car ils reprennent la présentation des revenus telle qu’elle apparaît dans les déclarations patrimoniales et dans les recensions journalistiques, pas une simple fiche de paie annuelle homogène.
Pour la rémunération propre à la fonction ministérielle, les estimations publiées par la presse spécialisée situent le traitement brut d’un ministre de plein exercice à un peu plus de 10 000 euros par mois, hors frais de représentation, avec un total pouvant approcher 11 000 euros bruts selon les paramètres retenus. Ces montants restent très éloignés de ceux du secteur privé pour des fonctions comparables en exposition et en responsabilité, mais ils situent les ministres au sommet des revenus publics courants.
Épargne
La publication des déclarations de patrimoine du gouvernement, au printemps 2026, dresse le portrait d’un ministre bien rémunéré mais loin des plus grosses fortunes du cabinet. Laurent Nuñez déclare plus de 208 000 euros d’épargne entre ses différents comptes. Plusieurs articles le décrivent alors comme un profil d’épargnant plutôt que comme un grand détenteur de capital financier.
Sa déclaration fait aussi apparaître plusieurs biens immobiliers, dont un appartement à Paris, une maison dans le Cher et un appartement dans le Var, pour un total d’environ 700 000 euros, auxquels s’ajoutent un peu plus de 200 000 euros d’épargne, soit un patrimoine proche de 900 000 euros. Les synthèses médiatiques ne détaillent pas toutes les valorisations bien par bien de façon identique, ce qui conduit à rester sur des ordres de grandeur plutôt que sur des montants hyperprécis.
Cette photographie patrimoniale le place en dessous des membres les plus fortunés du gouvernement, dont certains dépassent largement le million d’euros et, pour l’un d’eux, 8,5 millions d’euros. Les mêmes articles relèvent que Laurent Nuñez déclare conduire une Renault Mégane, détail souvent retenu pour appuyer l’image d’un haut fonctionnaire au mode de vie peu ostentatoire.
Origines
Les récits biographiques consacrés à Laurent Nuñez reviennent régulièrement sur ses origines familiales. Les Nuñez ont quitté l’Andalousie à la fin du XIXe siècle pour s’installer en Algérie, dans la région d’Oran. Ses parents sont arrivés à Bourges après 1962, avec l’aide d’une tante liée à l’orphelinat de la police de la ville.
Dans ce récit, Laurent Nuñez explique avoir grandi dans une ville où ses parents « n’ont jamais quitté » leur quartier, et se définit comme attaché au Berry, « une terre simple, modeste, humble ». Il précise aussi n’avoir « jamais entendu de discours pied-noir militant » à la maison. Ces éléments reviennent souvent dans les portraits publiés à son sujet pour éclairer le rapport qu’il entretient avec l’État, la hiérarchie et la discrétion sociale.
Vie et loisirs
La presse généraliste et les portraits publiés à l’occasion de sa nomination à Beauvau mentionnent une vie familiale discrète, une épouse fonctionnaire et des attaches marseillaises par alliance. Ces sources évoquent aussi plusieurs enfants et une présence publique très limitée de ses proches.
Plusieurs articles lui prêtent une passion ancienne pour la tauromachie, en particulier du temps où il était sous-préfet à Bayonne. D’autres rappellent son goût pour le football, avec une préférence pour l’Olympique de Marseille et le Real Madrid. Ces éléments sont secondaires dans sa biographie publique, mais ils reviennent régulièrement dans les portraits consacrés à son itinéraire.
Le prix du pouvoir
Entre 2020 et 2024, les données patrimoniales et les chiffres de revenus publiés à l’occasion de sa déclaration montrent une forte progression de ses rémunérations annuelles, depuis la sortie du gouvernement en 2020 jusqu’au sommet atteint à la Préfecture de police de Paris en 2024. Dans le même temps, son patrimoine déclaré reste sous le seuil du million d’euros et très en deçà des plus hauts patrimoines ministériels recensés au printemps 2026.
Le parcours raconte donc moins l’enrichissement d’un professionnel de la politique que l’ascension d’un haut fonctionnaire parvenu aux postes les plus sensibles de l’État : fisc, préfectorale, renseignement, Préfecture de police, puis ministère de l’Intérieur. Les chiffres disponibles à ce jour ne dessinent pas le profil d’un ministre millionnaire par accumulation financière, mais celui d’un serviteur de l’État très bien payé sur la fin de carrière, avec un patrimoine encore contenu au regard des standards des élites gouvernementales.
Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.