Combien gagne Nathalie Saint-Cricq ?

07/08/2026

De La Cinq à France Télévisions, du débat Macron–Le Pen à la phrase « alias Benito », les revenus de Nathalie Saint-Cricq racontent la place et le prix des éditorialistes politiques.

Elle lève les yeux vers l’écran, puis vers la caméra. Sur le plateau de Franceinfo, le dimanche 15 mars 2026, la lumière reste blanche, les caméras pivotent, la régie annonce le discours d’Éric Ciotti à Nice et les premiers résultats du premier tour des municipales. Quelques secondes avant la prise d’antenne, Nathalie Saint-Cricq se penche vers ses voisins, pense son micro coupé et souffle « alias Benito » que les téléspectateurs entendent. En quelques minutes, la séquence circule sur les réseaux sociaux et sort du cadre du direct.

Quelques heures plus tard, la même voix présente des excuses à l’antenne. Le lendemain, France Télévisions confirme une suspension d’une semaine, jusqu’au dimanche 22 mars inclus, ce qui l’écarte de la soirée du second tour. En moins de vingt-quatre heures, cette phrase murmurée relance deux débats qui la suivent depuis des années : sa neutralité comme éditorialiste politique du service public et le niveau exact de sa rémunération.

Micro ouvert

La soirée du 15 mars 2026 est consacrée au premier tour des élections municipales. Sur Franceinfo, la chaîne enchaîne plateaux, duplex et cartes électorales pendant que les estimations placent Éric Ciotti en tête à Nice avec environ 43% des voix. C’est à ce moment précis, juste avant la diffusion de son intervention, que la phrase « alias Benito » est captée par l’antenne.

Dans la nuit, France Télévisions publie un message d’excuses adressé à Éric Ciotti. Nathalie Saint-Cricq déclare ensuite avoir tenu des propos « inappropriés et déplacés » et dit les attribuer à un « manque de discernement ». La séquence devient immédiatement un sujet politique, médiatique et déontologique.

Le 16 mars, la direction de l’information annonce une suspension d’une semaine. Jean-Michel Aphatie juge publiquement la sanction excessive sur le plateau de Quotidien. Cette décision intervient moins de deux mois après l’audition de Nathalie Saint-Cricq devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, le 28 janvier 2026.

Une héritière de presse

Nathalie Saint-Cricq naît le 31 juillet 1962 à Tours, en Indre-et-Loire. Son grand-père maternel, Jean Meunier, fonde La Nouvelle République du Centre-Ouest en septembre 1944 et exerce ensuite des mandats de député socialiste puis de maire de Tours entre 1945 et 1947. Son père, Jacques Saint-Cricq, préside plus tard le conseil de surveillance du groupe de presse.

La famille Saint-Cricq détient 16% du groupe Nouvelle République du Centre-Ouest et possède également 40% de TV Tours Val de Loire. Son frère, Olivier Saint-Cricq, dirige le groupe familial. Ces éléments nourrissent depuis longtemps la lecture d’un parcours lié à un capital social et médiatique important.

Après le baccalauréat, Nathalie Saint-Cricq obtient un diplôme de Sciences Po Paris en 1983, un DESS de marketing à Paris-Dauphine en 1985, puis une maîtrise de Lettres. Avant le journalisme, elle passe par un poste de cadre en entreprise, expérience qu’elle décrit comme répétitive et sans relief. Elle explique avoir décidé de changer de voie en écoutant à la radio la composition d’un gouvernement, au moment où elle se dit qu’elle ne supportera pas longtemps cette routine.

Interrogée sur l’influence de son nom, elle déclare qu’elle ne se considère pas comme « pistonnée », tout en ajoutant que son environnement familial l’a « aidée ». La formule résume la double réalité de son parcours : de longues études d’un côté, un héritage de presse de l’autre.

Trente ans de progression à l’antenne

Les premières traces de Nathalie Saint-Cricq à la télévision remontent à La Cinq. Une archive datée du 9 mai 1990 la montre commenter en plateau le vote d’une motion de censure contre le gouvernement de Michel Rocard, alors qu’elle est décrite comme une « jeune journaliste de 30 ans à peine ». Cette séquence situe ses débuts dans le journalisme politique audiovisuel avant son entrée dans le service public.

En 1992, après la disparition de La Cinq, elle rejoint France 2 comme grand reporter. Elle travaille ensuite pour France 5 puis revient à France 2, où elle poursuit sa spécialisation politique. Entre 2006 et 2009, elle anime aussi sur Europe 1 l’émission Quand j’étais petit, consacrée à l’enfance de personnalités publiques.

À France 2, elle devient rédactrice en chef de À vous de juger, puis de Des paroles et des actes. En juin 2012, elle prend la tête du service politique de France 2. En 2017, sa fonction est étendue à la rédaction nationale de France Télévisions.

Le 3 mai 2017, elle coanime avec Christophe Jakubyszyn le débat de l’entre-deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Elle dira plus tard avoir eu « les mains totalement moites » avant l’émission et précise qu’elle n’a perçu aucune prime spécifique pour cette soirée. En juillet 2019, France Télévisions la nomme éditorialiste politique du groupe, tandis que Muriel Pleynet lui succède à la tête du service politique.

Une fiche de paie montrée au public

En mars 2022, invitée de Chez Jordan sur C8, Nathalie Saint-Cricq indique gagner « plus du double » du salaire médian français et valide une estimation autour de 7 000 euros bruts mensuels. Quelques mois plus tard, dans le podcast Politalks, elle précise toucher environ 5 600 euros nets par mois, avec plus de trente ans d’ancienneté à France Télévisions.

Le 3 avril 2024, Libération lui consacre un portrait dans lequel elle montre sa fiche de paie. Le montant repris ensuite par plusieurs médias s’établit à 5 789 euros nets mensuels, somme qu’elle présente comme incluant un treizième mois. Elle explique vouloir « dénouer les fantasmes » autour des salaires du service public.

En 2025, ce chiffre de 5 789 euros nets est repris après une intervention sur RTL. Elle y déclare qu’« on peut considérer que c’est trop », tout en ajoutant que les téléspectateurs « confondent les salaires des journalistes et ceux des animateurs ». Dans cette même séquence, elle dit que son fils Benjamin Duhamel gagne « déjà beaucoup plus » qu’elle.

Le 28 janvier 2026, devant la commission d’enquête parlementaire, Nathalie Saint-Cricq confirme à nouveau ce niveau de rémunération. Elle précise que le chiffre figure dans la documentation transmise aux députés. Entre 2022 et 2026, la cohérence des montants publiquement avancés dessine donc une rémunération stable, située entre 5 600 euros et 5 789 euros nets par mois, avec un repère brut d’environ 7 000 euros mensuels.

Les zones grises des revenus

Dans toutes ses prises de parole sur le sujet, Nathalie Saint-Cricq répète qu’elle ne touche pas de primes pour les soirées électorales ni pour ses émissions. Elle présente sa rémunération comme un salaire fixe majoré par l’ancienneté, et non comme un cachet de vedette de télévision.

Elle affirme également intervenir depuis des années dans Questions politiques sur France Inter à titre bénévole. Devant la commission d’enquête de janvier 2026, elle dit avoir assuré cette participation « à titre totalement bénévole » pendant dix ans. Cet argument occupe une place centrale dans sa défense publique lorsqu’elle récuse toute logique d’« appât du gain ».

En 2021, elle publie Je vous aiderai à vivre, vous m’aiderez à mourir aux éditions de L’Observatoire, réédité en poche en 2022 chez J’ai Lu. Elle indique percevoir des droits d’auteur, sans en donner le montant. Aucun chiffre public ne permet aujourd’hui de mesurer précisément ce revenu complémentaire.

Le patrimoine familial ajoute une autre couche de complexité. La détention de 16% du groupe Nouvelle République du Centre-Ouest par la famille Saint-Cricq est documentée, de même que sa participation dans TV Tours Val de Loire. En revanche, aucun document public n’établit le montant des dividendes ou des revenus patrimoniaux perçus individuellement par Nathalie Saint-Cricq.

Les organisations professionnelles publient régulièrement des repères sur les salaires minima des journalistes en France. Ces données montrent qu’un poste de journaliste expérimenté ou de cadre éditorial dans un grand média national se situe très au-dessus des rémunérations d’entrée dans la profession. Elles ne permettent pas, en revanche, de reconstituer précisément la grille salariale interne de France Télévisions pour son cas individuel.

Une famille au centre du paysage médiatique

La vie privée de Nathalie Saint-Cricq se déroule dans le même univers que sa carrière. Elle partage depuis les années 1990 la vie de Patrice Duhamel, ancien directeur général délégué de France Télévisions, qu’elle épouse en 2017 après vingt-cinq ans de vie commune. Patrice Duhamel est le frère du chroniqueur politique Alain Duhamel.

Leur fils, Benjamin Duhamel, devient à son tour journaliste politique, d’abord sur BFMTV puis sur d’autres rendez-vous majeurs de la chaîne. Lorsque Nathalie Saint-Cricq parle de son salaire sur RTL, elle utilise cette comparaison familiale pour dire que le privé paie mieux que le service public.

En mai 2022, sur une antenne de France Télévisions, elle mentionne publiquement un lien de parenté avec une ministre du gouvernement d’Élisabeth Borne. La séquence circule ensuite dans la presse people et sur les réseaux sociaux. Elle alimente une critique récurrente sur l’entre-soi du monde politique et médiatique.

Des médias militants et critiques du service public reprennent régulièrement ces liens familiaux pour contester sa position au sein de France Télévisions. Ils associent dans un même récit son origine familiale, sa vie conjugale, la carrière de son fils et son salaire. Ces attaques trouvent d’autant plus d’écho que la journaliste est désormais l’une des figures les plus exposées du commentaire politique télévisé.

Transparence et polémiques

Avant même l’incident de mars 2026, Nathalie Saint-Cricq se trouve déjà au cœur d’autres controverses. En décembre 2025, La France insoumise saisit l’Arcom après des propos où elle évoque un antisémitisme présent chez les Insoumis et une « quête du vote musulman ». L’épisode nourrit les critiques sur sa neutralité avant même l’affaire Ciotti.

La commission d’enquête ouverte à l’automne 2025 sur l’audiovisuel public place ensuite sa situation sous une lumière encore plus crue. Les députés s’intéressent à la fois au fonctionnement de France Télévisions, aux équilibres éditoriaux et à la rémunération de plusieurs figures du groupe. L’audition du 28 janvier 2026 fait entrer officiellement son salaire dans le débat parlementaire.

Dans ses réponses publiques, Nathalie Saint-Cricq maintient une ligne simple. Elle dit qu’elle a choisi de rendre son salaire public, qu’elle n’a pas de primes, et qu’elle travaille bénévolement pour France Inter. Elle admet que 5 789 euros nets par mois peuvent paraître élevés à beaucoup de Français, mais soutient que ce montant correspond à son ancienneté, à ses fonctions et à trente années de carrière dans le même groupe.

Son cas réunit ainsi plusieurs questions qui dépassent sa seule personne : le statut des éditorialistes du service public, la transparence salariale, la place des familles de presse dans l’espace médiatique et le contrôle parlementaire de l’audiovisuel. Depuis qu’elle a montré sa fiche de paie en 2024, chaque nouvelle polémique ramène le même document au centre de la discussion.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.
Image placeholder

Ancienne journaliste d'investigation pour le magazine Entreprendre, spécialisée dans l'audiovisuel, Laura Picard décrypte pour Combien Gagne les rémunérations des présentateurs, animateurs, comédiens et figures du PAF. Elle s'appuie sur les rapports d'activité des chaînes, les bilans des sociétés de production et les déclarations publiques.

Laisser un commentaire