Le 28 avril 2025, aux Folies Bergère, Paul Mirabel a reçu le Molière du spectacle d’humour pour Par amour, une récompense qui ne s’accompagne d’aucune prime. Quelques semaines après l’ouverture de la billetterie, Le Monde faisait état de 250 000 billets vendus pour cette tournée. Des plateformes spécialisées comme Youtubers.me chiffrent sa fortune entre 59 700 et 358 000 euros, à partir de ses vues et de ses abonnés. Aucun de ces trois ordres de grandeur ne dit ce que l’humoriste perçoit.
Le 28 mai 2026, Pathé et UGC ont diffusé dans 400 salles de France, de Belgique et de Suisse la captation du spectacle de Paul Mirabel, c’est-à-dire l’enregistrement filmé d’une représentation, réalisé à l’Accor Arena. L’émission Quotidien, sur TMC, avait annoncé cette programmation en décembre 2025, en évoquant alors 450 000 billets vendus pour la tournée Par amour. Ces chiffres décrivent une audience. Ils ne renseignent en rien sur la rémunération de l’artiste.
Un seul montant a jamais été associé au nom de Paul Mirabel dans la presse. Le 4 avril 2023, Ouest-France reprenait une information publiée par Le Parisien : l’humoriste et la comédienne Laura Felpin auraient perçu 50 000 euros chacun de cachet, la somme versée pour une prestation ponctuelle, en échange de leur participation à la troisième saison de LOL : qui rit, sort !, le jeu de Prime Video diffusé en mars 2023. Prime Video n’a jamais confirmé ce montant, et aucun contrat n’a été rendu public.
Le chiffre circulait depuis l’automne précédent. En octobre 2022, Guillaume Genton, alors chroniqueur de Touche pas à mon poste ! sur C8, avançait que les participants du programme touchaient entre 50 000 et 250 000 euros selon leur notoriété. Le même chroniqueur situait la durée de tournage d’une saison à environ six heures. Le site économique Business Cool a ensuite présenté Paul Mirabel et Laura Felpin comme les deux candidats les moins payés de cette troisième saison, en citant Guillaume Genton et le site Le Tribunal du Net. La somme de 50 000 euros a donc voyagé d’un média à l’autre sans jamais rencontrer un document.
Une confusion s’est installée au passage. Dans LOL : qui rit, sort !, le candidat qui remporte l’épreuve gagne également 50 000 euros, reversés à l’association qu’il représente. Les deux montants se confondent d’autant plus facilement qu’ils sont identiques, alors que le second ne transite jamais par le compte du gagnant.
Rapporté aux six heures de plateau décrites par Guillaume Genton, le cachet attribué à Paul Mirabel représente une rémunération considérable. Il concerne une activité annexe. L’humoriste tire l’essentiel de son travail de la scène, où il a enchaîné deux spectacles et près de deux cents dates sans qu’aucun chiffre de rémunération ait été publié. Le montant le mieux documenté de sa carrière porte sur une journée de tournage.
450 000 billets et 200 dates
La scène fournit la seule masse financière mesurable. Paul Mirabel avait déjà rempli les salles avec Zèbre, son premier seul-en-scène, un spectacle qu’il interprète sans partenaire, que France Inter décrivait en décembre 2023 comme une production jouée à guichets fermés dans plusieurs villes françaises. Aucune donnée de billetterie n’a été publiée pour ce spectacle.
Par amour, le deuxième, a laissé des traces chiffrées. Quelques semaines après l’ouverture de la billetterie, Le Monde faisait état de 250 000 billets vendus et d’une tournée d’environ 200 dates, passant par des Zénith, le Dôme de Paris et l’Accor Arena. Le compteur a continué de tourner : en décembre 2025, Quotidien avançait 450 000 billets, un chiffre énoncé à l’antenne et jamais audité.
Les tarifs, eux, sont publics. Selon la ville, la salle et la catégorie, les places de Par amour se sont vendues entre 27 et 59 euros. C’est le seul prix visible de toute l’affaire, celui qu’a payé le spectateur.
Appliquée aux 250 000 billets du Monde, cette fourchette situe la recette brute de la tournée, à ce stade, entre 6,75 millions et 14,75 millions d’euros. Ce calcul, effectué par la rédaction à partir des tarifs affichés, ignore le prix moyen réellement acquitté, les places offertes et les catégories les plus vendues. Il porte sur 250 000 billets, quand Quotidien en annonçait 450 000 deux ans plus tard.
Ces millions d’euros décrivent ce qu’encaisse une tournée. Entre cette recette et la rémunération de l’artiste s’intercalent une chaîne de prélèvements et un contrat.
De la billetterie au contrat
La recette de billetterie finance d’abord la TVA, les commissions prélevées par les plateformes de réservation et les frais réclamés par les salles. Le producteur paie ensuite les équipes techniques, la communication, les transports et l’hébergement de la tournée. Sur près de 200 dates réparties dans toute la France, ces postes se répètent à chaque étape.
Ce qui reste se partage selon un contrat signé entre l’humoriste et son producteur. Ce contrat peut prévoir un cachet fixe par représentation, un pourcentage des recettes, ou une combinaison des deux. Aucun contrat de la tournée Par amour n’a été rendu public, et le producteur du spectacle n’a communiqué ni sur son existence ni sur ses termes.
Les comptes de l’humoriste n’en disent pas davantage. Une entreprise individuelle enregistrée au nom de Paul Mirabel, forme juridique où l’activité se confond avec la personne qui l’exerce, figure dans le secteur des activités créatives, artistiques et de spectacle. Sa fiche ne fait apparaître ni chiffre d’affaires récent, ni bénéfice, ni rémunération personnelle.
Le site officiel de l’administration française distingue d’ailleurs les deux notions. Le chiffre d’affaires additionne les recettes encaissées ; le revenu de l’entrepreneur individuel se calcule sur le bénéfice, une fois déduites les dépenses professionnelles. L’Urssaf, l’organisme qui collecte les cotisations sociales, ajoute un étage : leur calcul varie selon la nature des revenus artistiques et le régime applicable à l’intéressé.
Une tournée qui rapporte plusieurs millions d’euros de recettes brutes peut donc laisser à l’artiste un revenu d’un tout autre ordre de grandeur. Le lecteur qui multiplie 450 000 billets par 40 euros obtient un nombre exact et une information fausse.
France Inter, six ans d’antenne
Les scènes ne constituent pas la seule source de revenus de Paul Mirabel. Depuis le 17 juillet 2020, date de son premier billet consacré au confinement et aux vacances, l’humoriste intervient sur France Inter. Radio France l’a ensuite installé dans La Bande originale, puis dans les chroniques de la matinale en 2024.
Six ans d’antenne sur une radio du service public n’ont produit aucun chiffre. France Inter n’a rendu public ni le montant des rémunérations versées, ni le nombre d’interventions rémunérées, ni les modalités du contrat qui lie l’humoriste à la station.
Les mêmes lacunes valent pour l’audiovisuel. Outre LOL : qui rit, sort !, Paul Mirabel a multiplié les apparitions à la télévision, au cinéma et sur les plateformes, sans qu’aucun cachet fiable filtre. En 2025, TV Magazine annonçait sa présence dans une minisérie produite pour Prime Video ; la plateforme n’a pas communiqué le montant prévu. La captation diffusée le 28 mai 2026 ajoute une exploitation supplémentaire, dont ni Pathé ni UGC n’ont détaillé la clé de répartition.
Une radio publique, une plateforme américaine et deux réseaux de cinémas gardent ainsi le même silence sur les sommes versées à l’humoriste.
Un Molière sans prime
La reconnaissance professionnelle, elle, se donne à voir. Le 28 avril 2025, lors de la 36e cérémonie des Molières, les prix annuels du théâtre français, organisée aux Folies Bergère, Paul Mirabel a reçu le Molière du spectacle d’humour pour Par amour, devant Bérengère Krief, Nora Hamzawi et Waly Dia.
Aucun compte rendu de la cérémonie ne mentionne de prime financière attachée à cette distinction. Le trophée arrive de surcroît alors que plusieurs représentations de Par amour affichent complet depuis des mois : il consacre un succès commercial acquis avant lui.
Un prix de cette nature pèse ordinairement sur les négociations qui suivent, avec les producteurs comme avec les exploitants de salles. Aucun document public ne permet de mesurer une éventuelle hausse des cachets de Paul Mirabel après avril 2025.
Youtubers.me, une fourchette invérifiable
Reste ce que trouve le lecteur qui tape la question dans un moteur de recherche. La plateforme Youtubers.me, spécialisée dans l’estimation des revenus des créateurs en ligne, situe la valeur nette du patrimoine de Paul Mirabel entre 59 700 et 358 000 euros. D’autres services affichent des montants différents, sans que les écarts s’expliquent.
Leur méthode tient en trois paramètres : le nombre de vues, le nombre d’abonnés et un revenu publicitaire supposé. Ces sites ne disposent ni des contrats de spectacle de l’humoriste, ni de ses relevés fiscaux, ni du moindre inventaire de ses biens.
Confrontée aux faits établis, la fourchette se disqualifie d’elle-même. Sa borne haute, 358 000 euros, représente sept fois le seul cachet jamais rapporté pour l’artiste et une fraction de ce que sa tournée a encaissé en billetterie. Le calcul mesure une audience YouTube chez un humoriste qui remplit des Zénith.
Trois notions circulent en réalité sous le même mot. Le chiffre d’affaires d’un spectacle enregistre une recette professionnelle, dont l’essentiel repart en frais. Le cachet rémunère une prestation, ici six heures de plateau selon Guillaume Genton. La fortune personnelle désigne la valeur nette des biens et des placements, dettes déduites.
Paul Mirabel perçoit selon toute vraisemblance des revenus élevés : deux spectacles à guichets fermés, 450 000 billets annoncés, six ans d’antenne quotidienne et une captation exploitée dans 400 salles. Le seul montant que ses producteurs, ses diffuseurs et ses comptes aient laissé sortir en six ans de carrière s’élève à 50 000 euros, pour une émission de divertissement tournée en mars 2023.