Combien gagne Sarah Knafo ?

02/06/2026

Haute fonctionnaire, cadre de Reconquête!, eurodéputée : les revenus de Sarah Knafo ont explosé en quelques années, entre salaires politiques et droits d’auteur.

Elle est entrée en scène avec une demi-heure de retard, un soir de campagne, dans une salle parisienne louée pour lancer l’une de ses dernières offensives municipales. Sur l’écran derrière elle, les comptes de la capitale défilaient en grands chiffres, avec la promesse de couper dans les dépenses jugées inutiles. À la tribune, Sarah Knafo dénonçait les subventions excessives, les dérives budgétaires et les « coûts cachés » de la gestion parisienne. Au même moment, l’élue de Reconquête! exerçait déjà un mandat européen dont l’indemnité mensuelle la plaçait bien au-dessus du revenu médian français.

De la Seine-Saint-Denis à la haute fonction publique

Sarah Knafo est née le 24 avril 1993 aux Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, dans une famille juive séfarade originaire d’Algérie. Elle suit sa scolarité dans un établissement privé juif du département, avant d’intégrer une classe préparatoire puis Sciences Po Paris, où elle étudie les affaires publiques. En 2017, elle entre à l’ENA, promotion Molière, avant de rejoindre la Cour des comptes à sa sortie.

À partir de 2020, elle exerce comme magistrate à la Cour des comptes, une institution chargée du contrôle de l’usage de l’argent public. Les grilles de rémunération de la haute fonction publique situent alors le revenu net mensuel d’un jeune magistrat autour de 3 500 à 4 500 euros, selon l’ancienneté et les primes, sans qu’un salaire nominatif public soit disponible pour son cas précis. En parallèle, elle intervient dans des préparations à l’ENA et à Sciences Po, dans le cadre d’enseignements rémunérés dont les montants ne sont pas publiés individuellement.

Le passage à la politique rémunérée

En 2021, Sarah Knafo rejoint l’entourage d’Éric Zemmour, alors engagé dans sa pré-campagne présidentielle. Elle participe à la création de Reconquête! à la fin de cette année-là et fonde aussi le réseau « Parents vigilants », présenté comme un outil militant contre le « wokisme » à l’école. Cette période marque le basculement d’une carrière administrative vers une activité politique rémunérée à plein temps.

Pour 2021, elle déclare 18 627 euros nets perçus au titre de son poste de secrétaire générale fondatrice des Parents Vigilants. Ce montant constitue la première trace publique de revenus politiques réguliers dans son parcours. Le calendrier exact de sa mise en disponibilité de la Cour des comptes n’est pas détaillé publiquement avec précision, ce qui impose de rester prudent sur le chevauchement éventuel des séquences.

La campagne Zemmour et la hausse des revenus

Pendant la campagne présidentielle de 2022, Sarah Knafo devient l’une des figures centrales de l’entourage d’Éric Zemmour, avec un rôle de directrice stratégique largement commenté. Plusieurs articles ont avancé qu’elle aurait perçu environ 6 000 euros par mois pour cette fonction, montant qui aurait continué après la campagne dans le cadre du parti. Ce chiffre n’apparaît pas sous cette forme dans les déclarations publiques, mais il est cohérent avec les montants annuels ensuite connus.

En 2022, ses revenus politiques déclarés atteignent 79 940 euros nets. En 2023, ils restent à un niveau presque identique, avec 79 740 euros nets. Cette stabilité sur deux années confirme l’installation d’un revenu politique élevé et régulier.

La presse a beaucoup commenté cette progression, parce qu’elle contrastait avec le discours de campagne de Reconquête! sur la France populaire, le travail et le déclassement. Le parti, lui, n’a pas publié de ventilation détaillée des rémunérations de ses principaux cadres. Les comptes de campagne accessibles au public ne permettent pas non plus de reconstituer précisément les salaires individuels à ce niveau de responsabilité.

Les chiffres, année après année

Les données publiques permettent de suivre la progression des revenus de Sarah Knafo presque année par année. Pour 2021, elle déclare 18 627 euros nets. Pour 2022, 79 940 euros nets. Pour 2023, 79 740 euros nets. Ces montants sont liés à ses fonctions au sein de Parents Vigilants et de Reconquête!.

En 2024, année de son élection au Parlement européen, les revenus issus de Reconquête! tombent à 37 339 euros nets, correspondant aux mois précédant sa prise de fonctions à Bruxelles et Strasbourg. La même année, elle déclare aussi 10 000 euros nets de droits d’auteur. Le détail de ces droits n’est pas public, et aucun document accessible en ligne ne permet de les rattacher à un titre précis.

À l’été 2025, ces montants deviennent eux-mêmes un objet de polémique politique. Un député de La France insoumise les publie sur les réseaux sociaux pour attaquer Sarah Knafo sur le niveau de ses revenus. Elle réplique en contestant les leçons données par ses adversaires et en renvoyant au financement public de leur propre parti.

L’eurodéputation, nouveau palier de revenus

Élue députée européenne en 2024 sur la liste Reconquête!, Sarah Knafo entre officiellement en fonction à l’été 2024. Elle siège au sein du groupe Europe des nations souveraines, dont elle est vice-présidente. Son activité parlementaire porte notamment sur les libertés publiques, la justice, l’immigration, la sécurité et l’audiovisuel.

L’indemnité mensuelle brute des députés européens s’établit à 10 927 euros en 2025, soit environ 8 517 euros nets après impôt européen. À cette somme s’ajoutent une indemnité de frais généraux d’environ 4 778 euros par mois, des indemnités journalières de présence et le remboursement de certains frais liés au mandat. Toutes ces sommes ne relèvent pas du salaire au sens strict, mais elles définissent le cadre matériel de la fonction.

À partir de 2024, le mandat européen devient sa principale source de revenus réguliers. Les revenus liés au parti se réduisent aux derniers mois précédant son entrée en fonction. Le centre de gravité financier de sa carrière bascule alors clairement de l’appareil partisan vers une institution publique européenne.

Ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas du patrimoine

Sur le patrimoine de Sarah Knafo, les informations publiques sont beaucoup plus limitées que sur ses revenus. Une déclaration patrimoniale existe bien, mais son contenu détaillé n’est pas librement accessible en ligne. En l’absence de consultation directe, aucun chiffre public certain ne permet donc d’évaluer ses biens immobiliers, son épargne ou ses éventuelles dettes.

Plusieurs contenus en ligne avancent des estimations de fortune, parfois autour de 300 000 euros. Ces montants ne reposent pas sur des documents publics identifiables. Ils peuvent circuler dans l’espace médiatique, mais ils ne peuvent pas être traités comme des données établies.

Une publication relayée dans l’univers médiatique évoque aussi 70 000 euros issus d’écrits politiques et 30 000 euros de conférences. Là encore, ces montants n’apparaissent dans aucun document officiel facilement accessible. Le seul revenu extra-politique fermement attesté à ce stade reste donc les 10 000 euros nets de droits d’auteur déclarés pour 2024.

Une élue qui parle beaucoup d’argent public

Avant d’être élue, Sarah Knafo travaillait dans une institution chargée de contrôler l’efficacité de la dépense publique. Depuis son entrée en politique élective, elle a fait de la critique des dépenses publiques l’un de ses axes les plus visibles. Son discours se concentre notamment sur l’Agence française de développement, l’audiovisuel public et les droits de succession.

En 2025, elle s’en prend à l’Agence française de développement, qu’elle accuse de financer des projets coûteux et de fonctionner avec des rémunérations trop élevées. La même année, elle défend la privatisation de l’audiovisuel public, au nom du coût supporté par le contribuable. Elle soutient aussi la suppression totale des droits de succession, qu’elle présente comme un impôt frappant des revenus déjà taxés.

Ces positions donnent une cohérence nette à sa parole publique sur l’argent : moins de dépenses publiques, moins d’impôts sur le patrimoine, davantage de contrôle sur les organismes financés par l’État. Elles prennent un relief particulier au regard de sa propre trajectoire, désormais financée par un mandat européen.

La controverse des 800 millions

À l’automne 2024, Sarah Knafo affirme publiquement que la France verserait 800 millions d’euros par an à l’Algérie. Ces propos déclenchent une protestation officielle de l’État algérien, suivie d’une plainte. Plusieurs médias rappellent ensuite que ce montant correspond en réalité à un cumul sur plusieurs années, et non à un flux annuel.

Le parquet de Paris classe finalement la plainte sans suite. L’affaire n’aboutit donc pas à une sanction pénale. Elle relance en revanche le débat sur sa manière d’utiliser les chiffres dans l’espace public.

Ses opposants utilisent, de leur côté, les montants de ses déclarations de revenus pour contester sa légitimité à donner des leçons sur l’argent public. La bataille politique se joue alors aussi sur les chiffres : ceux qu’elle brandit contre l’État, et ceux que ses adversaires brandissent contre elle.

Une ascension lisible dans les montants

Le parcours de Sarah Knafo suit une progression rapide, visible à la fois dans ses fonctions et dans ses revenus déclarés. En moins d’une décennie, elle passe de l’ENA à la Cour des comptes, puis d’un rôle de cadre politique dans l’appareil Zemmour à un mandat de députée européenne. Ses revenus politiques déclarés passent de 18 627 euros nets en 2021 à près de 80 000 euros nets en 2022 et 2023, avant d’être relayés par l’indemnité d’eurodéputée à partir de 2024.

Cette trajectoire ne permet pas de chiffrer sérieusement sa fortune personnelle. Elle permet en revanche de documenter précisément l’évolution de ses revenus publics et politiques sur plusieurs années. Pour un lecteur, c’est déjà beaucoup : assez pour suivre, ligne après ligne, la transformation d’une haute fonctionnaire en professionnelle de la politique, puis en élue européenne.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l’adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.


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Louis Gastebois - Rédacteur en chef /// Diplômé du CELSA, Louis Gastebois a fait ses armes au pôle économie du Groupe Lafont Presse avant de rejoindre Combien Gagne. Il est spécialisé sur les rémunérations des hommes politiques et des élus : ministres, députés, sénateurs, élus locaux... Ses sources de prédilection sont : la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), déclarations d'intérêts, rapports parlementaires, médias locaux.

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