Combien gagne Sophia Chikirou ?

03/11/2026

Relaxée pour escroquerie mais condamnée pour vol, Sophia Chikirou touche à nouveau des indemnités publiques à Paris.

En quelques semaines de printemps, Sophia Chikirou a retrouvé un siège d’élue et une indemnité publique. La justice lui a partiellement rendu sa réputation. Mais une instruction plus ancienne, portant sur des sommes autrement plus importantes, n’a pas encore dit son dernier mot. Ce que gagne aujourd’hui cette figure de LFI n’a jamais été aussi lisible ni aussi fragile.

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Le lundi 8 juin 2026, Sophia Chikirou franchit les portes du tribunal correctionnel de Paris avec, dans les mains, deux décisions que rien ne semblait appeler à coexister. La première l’acquitte. La seconde la condamne.

Le tribunal l’a relaxée du chef de tentative d’escroquerie : les 67 146 euros qu’elle aurait tenté de faire virer depuis les comptes du site Le Média vers sa société Mediascop, en 2018, ne constituent pas, selon les juges, une infraction pénalement caractérisée. En revanche, deux chèques soustraits dans les locaux du média cette même année lui valent une condamnation pour vol. Peine prononcée : 8 000 euros d’amende, dont 4 000 euros avec sursis. Elle annonce aussitôt faire appel.

Le parquet avait requis 50 000 euros d’amende, dont 40 000 euros avec sursis. Les juges ont retenu une peine quatre fois inférieure à ce que le ministère public demandait. Aucune peine d’inéligibilité, qui aurait pu lui interdire d’exercer un mandat, n’a été demandée ni prononcée.

Ce dernier point n’est pas anodin. Depuis le 29 mars 2026, Sophia Chikirou siège au Conseil de Paris et perçoit à ce titre une rémunération publique, dans une ville où le nouveau maire Emmanuel Grégoire a confirmé la majoration de 25% des indemnités des élus. La question de ce qu’elle gagne, et de la façon dont ses revenus actuels s’articulent avec ses dossiers judiciaires, n’a jamais été aussi documentée ni aussi disputée.

3 382 euros nets par mois au Conseil de Paris

Son élection au Conseil de Paris, le 22 mars 2026, lui a ouvert droit à une indemnité de 4 526,71 euros brut par mois, soit environ 3 382 euros nets, une fois appliquée la majoration de 25% prévue pour les élus de la capitale. C’est le tarif réglementaire d’une conseillère de Paris sans délégation exécutive, fixé par les délibérations du Conseil municipal et indexé sur la grille indiciaire de la fonction publique.

À titre de comparaison, le maire de Paris Emmanuel Grégoire perçoit 9 727 euros brut par mois, après reconduction de cette majoration, tandis qu’un adjoint au maire touche environ 5 960 euros brut. Les maires d’arrondissement se situent autour de 6 602 euros brut mensuels. Chikirou, qui n’a obtenu aucune délégation dans l’exécutif Grégoire, se place au bas de cette échelle indemnitaire parisienne.

Elle siège également au Conseil de la Métropole du Grand Paris, instance regroupant Paris et 130 communes franciliennes, mais le montant de cette indemnité métropolitaine pour le mandat 2026 n’est pas documenté dans ses déclarations publiques à ce jour. C’est moins que ce qu’elle touchait à l’Assemblée nationale. Bien moins.

Jusqu’à 6 141 euros nets par mois à l’Assemblée

De juin 2022 à juin 2024, Sophia Chikirou a siégé comme députée de la 6e circonscription de Paris, sous l’étiquette La France insoumise. Sa déclaration déposée à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), organisme qui rend obligatoire la publication du patrimoine et des revenus des élus, le 17 novembre 2024, détaille année par année ses ressources de cette période. En 2023, année pleine de mandat, son indemnité parlementaire s’est élevée à 73 698 euros nets, soit 6 141 euros nets par mois.

À ce montant s’ajoutait un mandat de conseillère régionale d’Île-de-France, qui lui a rapporté 17 902 euros nets supplémentaires en 2023, dans un cadre où le cumul de mandats déclenche la règle légale d’écrêtement, mécanisme qui plafonne les indemnités perçues simultanément par un élu. En 2023, Mediapart avait rapporté que Chikirou et son collègue député Paul Vannier avaient signé une charte interne LFI de non-cumul des mandats, qu’aucun des deux ne respectait.

En juin 2024, elle n’est pas réélue aux législatives et perd son siège de députée. Les deux mandats, parlementaire et régional, s’éteignent simultanément. Ses revenus publics tombent à zéro, dans un paysage où l’indemnité brute d’un député se situe autour de 7 600 euros par mois, selon les dernières données disponibles pour 2025-2026.

Vingt et un mois séparent cette date de son élection au Conseil de Paris. Ce que Chikirou a perçu pendant cette période ne figure dans aucune déclaration publique disponible.

844 636 euros facturés à la campagne Mélenchon

Le pic de revenus de Sophia Chikirou ne se trouve ni dans ses mandats parlementaires ni dans son indemnité parisienne actuelle. Il se situe en 2017, quand elle dirigeait la communication de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle, à la tête de sa société de conseil en communication, Mediascop.

Mediascop a facturé 844 636 euros à l’association de financement de la campagne LFI, selon les éléments de l’instruction judiciaire rapportés par les enquêtes de France Info et du JDD en 2023. Les factures totales présentées à l’association de financement dépassaient le million d’euros, ce qui a conduit la justice à soupçonner une marge supérieure aux pratiques de marché pour ce type de prestation.

Sur sa rémunération personnelle, deux versions s’affrontent dans les sources publiques. Une expertise comptable citée par la presse évalue à environ 120 000 euros ce qu’elle a perçu sur huit mois de campagne, soit 15 000 euros par mois. Chikirou conteste ce chiffre : sur son site, elle détaille 53 710 euros nets de salaires versés par Mediascop sur l’année 2017, auxquels s’ajoutent 64 000 euros de dividendes bruts perçus en 2016, soit, ramenés sur vingt-quatre mois, environ 3 837 euros nets mensuels. La divergence tient pour l’essentiel à la distinction entre rémunération personnelle et chiffre d’affaires de la société, et entre montants bruts et nets.

La déclaration HATVP consultée enregistre, pour Mediascop, une participation financière de 184 059 euros, correspondant à 1 500 parts détenues à 100% par Chikirou. La société est sans activité déclarée depuis 2022, mais ses prestations de 2017 n’ont toujours pas été définitivement jugées.

Quatre mis en examen, le procès pas encore fixé

Le jugement du 8 juin 2026 concernait l’affaire Le Média, une procédure née d’un conflit interne à la webtélé que Chikirou avait cofondée en 2018 avant d’en être évincée. Mais une seconde instruction, ouverte sur des faits antérieurs et des sommes autrement plus importantes, suit son propre calendrier.

En septembre 2024, Chikirou a été mise en examen, statut intermédiaire entre suspect et prévenu, qui ne préjuge pas d’un jugement, pour escroquerie aggravée, abus de biens sociaux et recel d’abus de confiance dans l’affaire des comptes de campagne de LFI en 2017. Trois autres personnes ont été mises en examen dans ce même dossier, consacré au financement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. L’instruction a été clôturée au printemps 2026, selon des informations publiées début juin.

Le parquet national financier doit désormais prendre ses réquisitions pour décider d’un éventuel renvoi en correctionnelle. « Si elle est renvoyée », Chikirou encourt jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende, peines maximales prévues par le code pénal pour les infractions d’escroquerie aggravée et d’abus de biens sociaux.

Aucune date d’audience n’a été fixée à ce jour. Le sort judiciaire des prestations facturées en 2017 demeure donc suspendu, tandis que les indemnités de 2026 sont, elles, déjà versées chaque mois.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.
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Louis Gastebois - Rédacteur en chef /// Diplômé du CELSA, Louis Gastebois a fait ses armes au pôle économie du Groupe Lafont Presse avant de rejoindre Combien Gagne. Il est spécialisé sur les rémunérations des hommes politiques et des élus : ministres, députés, sénateurs, élus locaux... Ses sources de prédilection sont : la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), déclarations d'intérêts, rapports parlementaires, médias locaux.

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