Salaires, primes, régions, statuts : en 2026, le métier de cascadeur en France oscille entre 1 708 euros mensuels au Puy du Fou et 100 000 euros annuels pour un coordinateur.
Un cascadeur débutant facture 300 euros net sa journée de tournage en 2026, quand un coordinateur reconnu dépasse les 1 200 euros pour le même créneau horaire. L’écart se creuse à mesure que les plateformes Netflix, Prime Video et Disney+ multiplient les séries d’action tournées en France.
Le tarif journalier d’un cascadeur débutant s’établit entre 300 et 450 euros net en janvier 2026. Un cascadeur confirmé, après cinq à dix ans de carrière, facture entre 500 et 700 euros net la journée. Le coordinateur de cascades atteint 800 à 1 200 euros net quotidiens, soit un revenu annuel compris entre 60 000 et 100 000 euros bruts.
Le salaire brut mensuel moyen, reconstitué sur une base de dix à quatorze cachets, s’élève à 3 191 euros. La médiane annuelle brute atteint 50 908 euros. Aucune statistique publique consolidée n’est diffusée à ce jour pour la seule profession de cascadeur.
Les estimations disponibles font apparaître un écart femmes-hommes inversé : 3 810 euros net mensuels pour les cascadeuses, contre 3 012 euros pour les cascadeurs. L’échantillon reste réduit et l’écart demeure à consolider.
Pas de grille publique, un cachet pour seule règle
Le métier ne dispose d’aucune grille de fonction publique. Aucun cascadeur n’est fonctionnaire, y compris à la Comédie-Française ou à l’Opéra de Paris, qui recourent ponctuellement à des intermittents.
La quasi-totalité des professionnels exercent sous le régime de l’intermittence du spectacle, encadré par les annexes 8 et 10 de l’Unédic. La rémunération se calcule au cachet isolé, pour un contrat inférieur à cinq jours comptabilisé sur douze heures de travail, ou au cachet groupé pour les contrats plus longs.
Le plancher légal reste le SMIC, fixé à 1 823,03 euros bruts mensuels, soit 1 443,11 euros nets, depuis le 1er janvier 2026. Des minima conventionnels supérieurs s’appliquent pour les tournages couverts par la convention collective nationale de la production cinématographique du 19 janvier 2012. Ses grilles de salaires minima ont été révisées par arrêté paru au Journal officiel du 17 janvier 2026, avec un salaire minimum hebdomadaire des réalisateurs de cinéma porté à 1 651,15 euros et un seuil de référence déplacé à 850 euros.
L’accès à l’assurance chômage spectacle exige 507 heures travaillées sur douze mois glissants. Ce seuil conditionne le revenu annuel réel de la profession.
Puy du Fou et Disneyland, l’autre modèle
Une minorité de cascadeurs bénéficie d’un contrat salarié, en CDI ou en CDD saisonnier, dans les parcs à thème français. Au Puy du Fou, en Vendée, les rémunérations mensuelles brutes s’échelonnent entre 1 708 et 2 800 euros selon le poste et l’ancienneté. Le tarif horaire moyen des cavaliers cascadeurs atteint 12,59 euros bruts.
Disneyland Paris, deuxième grand employeur du segment, applique des fourchettes comparables. Les contrats salariés ouvrent droit à un treizième mois, à des titres-restaurant, à l’intéressement, à la mutuelle d’entreprise et à l’accès gratuit au parc pour le salarié et ses proches.
À l’opposé de l’échelle, la publicité offre les cachets journaliers les plus élevés. La grille des artistes-interprètes publiée en septembre 2025 fixe le salaire journalier minimum à 418,25 euros bruts, hors droits voisins. Les droits attachés à la diffusion d’un spot à l’international peuvent doubler ou tripler ce montant initial. Sur le volet technique, la grille des salaires minima conventionnels de la production cinématographique, applicable depuis le 11 avril 2025, établit le salaire journalier d’un réalisateur de films publicitaires à 933,48 euros bruts pour un engagement inférieur à cinq jours consécutifs.
Paris capte l’essentiel des tournages
La géographie de la rémunération recoupe celle de la production audiovisuelle française. Les données publiées en avril 2026 pour le poste de coordinateur technique, proxy retenu pour le coordinateur de cascades, hiérarchisent les régions.
| Région | Salaire annuel médian brut |
| Île-de-France | 47 500 € |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur | 45 000 € |
| Hauts-de-France | 45 000 € |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 42 500 € |
| Bretagne | 42 000 € |
| Nouvelle-Aquitaine | 37 500 € |
| Occitanie | 36 500 € |
| Pays de la Loire | 30 500 € |
| Corse | 29 400 € |
L’Île-de-France concentre autour de 70% de l’emploi audiovisuel français. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur tire sa deuxième place des tournages de la Côte d’Azur et des Studios de la Victorine, à Nice. Les Pays de la Loire doivent leur niveau salarial quasi exclusivement au Puy du Fou.
Torche humaine, chute de six étages : le prix du risque
La prime de cascade, négociée ligne par ligne au contrat, constitue la variable principale du revenu réel. Une chute de hauteur, une torche humaine, une cascade automobile, un galop à cheval ou un combat à l’arme blanche donnent lieu à des majorations spécifiques. Les producteurs indiquent qu’elles peuvent doubler ou tripler le cachet de base sur une seule journée.
S’ajoutent les majorations conventionnelles classiques pour heures supplémentaires, travail de nuit, dimanches et jours fériés. Les indemnités de repas, de transport et d’hébergement complètent la rémunération lors des tournages en décors naturels.
La couverture sociale des intermittents passe par le groupe Audiens, qui gère la prévoyance, la santé et la retraite complémentaire de la profession.
Dix ans pour devenir coordinateur
L’entrée dans le métier passe par une formation certifiante, sans niveau d’études minimum requis. Le titre professionnel de cascadeur est reconnu par France Compétences sous la fiche RNCP 35589, mise à jour en février 2026. L’école Action Training, basée en région parisienne, délivre l’un des diplômes reconnus par la profession. Suit une phase d’apprentissage terrain de deux à cinq ans sur des productions à budget modeste.
Quatre trajectoires structurent la suite de carrière. La spécialisation technique, cascade automobile, équitation, combat à l’arme blanche, chute de hauteur ou torche humaine, augmente le tarif journalier de 20 à 50%. La coordination de cascades intervient généralement après dix à quinze ans d’expérience, avec un tarif de 800 à 1 200 euros net quotidiens. L’ouverture d’une école ou la prestation de coaching pour acteurs constitue la troisième voie. La reconversion vers la supervision sécurité et les effets visuels en forme la quatrième.
Jérôme Gaspard, fondateur d’Action Cascade et coordinateur depuis vingt-huit ans, cumule coordination sur des longs-métrages, formation et chorégraphie de combat. Son parcours documente le modèle économique du haut de la profession, fondé sur la pluriactivité. Le réseau France Cascade, actualisé en avril 2026, recense les coordinateurs actifs sur le territoire national.
Des cachets tirés par les plateformes
Les plateformes de streaming multiplient depuis 2024 les séries d’action tournées en France. Netflix France, Prime Video et Disney+ ont annoncé plusieurs productions à forte composante cascade pour 2026-2027. Les coordinateurs évoquent des cachets supérieurs de 20 à 40% aux minima conventionnels sur ces tournages.
Le renforcement des exigences de sécurité sur les plateaux, dans le sillage des accidents survenus sur des productions internationales ces dernières années, valorise les coordinateurs certifiés et leur pouvoir de négociation. La revalorisation des minima conventionnels de la production cinématographique, publiée au Journal officiel du 17 janvier 2026, diffuse un effet de cliquet sur les cachets cascade.
Le plafond reste néanmoins serré. La profession compte quelques centaines de cascadeurs professionnels actifs en France, aucun recensement officiel n’étant publié, pour un nombre de tournages français à budget élevé stable. La pression sur les tarifs d’entrée persiste, et la question de savoir si la manne des plateformes irriguera la base du métier ou renforcera les positions acquises des coordinateurs les mieux établis reste ouverte.