Élisabeth Borne : 110 779 euros après Matignon

28/10/2026

Voiture, chauffeur, personnel : l’État a dépensé 110 779 euros pour Élisabeth Borne en 2024. Le coût de son éventuelle sécurité demeure inconnu.

Depuis le 1er janvier 2026, l’État limite à dix ans la voiture avec chauffeur des anciens premiers ministres et réévalue leur protection policière selon le niveau de risque. Élisabeth Borne, sortie du gouvernement en octobre 2025, siège de nouveau à l’Assemblée nationale. Les comptes publics permettent de chiffrer son après-Matignon pour 2024 ; ils ne livrent pas sa facture complète ni celle de l’année en cours.

110 779 euros en 2024

Les services du premier ministre ont engagé 110 779 euros pour Élisabeth Borne en 2024, au titre des moyens accordés aux anciens premiers ministres. Les documents budgétaires répartissent cette somme entre 87 335 euros de dépenses de personnel et 23 444 euros de dépenses de véhicule.

Ce total provient du programme 129, « Coordination du travail gouvernemental », qui finance certains moyens matériels et humains attribués aux anciens locataires de Matignon. Il retrace des crédits exécutés par l’État pour des agents et des prestations ; il ne correspond pas à une indemnité versée directement à l’ancienne première ministre.

Élisabeth Borne a quitté Matignon le 8 janvier 2024, après vingt mois à la tête du gouvernement. L’État a inscrit, cette même année, les dépenses liées à son entrée dans le régime des anciens premiers ministres. Les documents budgétaires ne précisent ni la date de début des dépenses, ni leur rythme, ni les services mobilisés mois par mois.

Ces dépenses placent Mme Borne au milieu du classement des anciens premiers ministres. Dominique de Villepin arrive en tête avec 207 072 euros en 2024, devant Bernard Cazeneuve, à 198 290 euros, Jean-Pierre Raffarin, à 158 208 euros, Lionel Jospin, à 157 657 euros, et Édith Cresson, à 157 223 euros. Gabriel Attal figure à 45 187 euros.

L’ensemble du dispositif a coûté 1,58 million d’euros en 2024, contre 1,42 million d’euros en 2023. L’arrivée de nouveaux anciens premiers ministres explique une large part de cette hausse de 11%. Le montant attribué à Élisabeth Borne compte donc dans cette progression, sans suffire à résumer le coût total de son ancien statut.

Car les 110 779 euros excluent la protection policière. Les services du premier ministre ont chiffré une part de ses moyens après Matignon ; le ministère de l’intérieur n’a pas publié la part de sécurité qui lui serait éventuellement consacrée.

Voiture, chauffeur, personnel

Cette part chiffrée comprend d’abord 23 444 euros de dépenses de véhicule. Le régime des anciens premiers ministres prévoit, sur demande, la mise à disposition d’un véhicule de fonction et d’un conducteur automobile. Les comptes rassemblent ces charges sous une seule rubrique. Cette rubrique ne ventile pas la rémunération du conducteur, le carburant, l’entretien, les péages, l’assurance ou les frais de mission. Elle établit une dépense automobile, sans permettre d’isoler le coût du chauffeur.

Le décret n° 2025-965, publié le 16 septembre 2025, a fixé une échéance à cet avantage. Depuis le 1er janvier 2026, un ancien premier ministre peut conserver un véhicule et un conducteur pendant dix ans au plus après son départ de Matignon. Les bénéficiaires dont les fonctions avaient cessé depuis plus de dix ans ont perdu ces moyens à cette date.

Élisabeth Borne a quitté Matignon en janvier 2024. Le plafond légal la maintient donc, en théorie, dans la période d’éligibilité jusqu’en janvier 2034. Les services du premier ministre n’ont pas publié la liste des bénéficiaires actuels, ni les dépenses engagées pour Mme Borne en 2026. Le droit potentiel ne renseigne pas sur l’usage effectif.

Le poste de personnel représente 87 335 euros, soit la part principale des dépenses établies pour 2024. Les documents budgétaires parlent de « dépenses de personnel » et ne désignent pas un secrétariat particulier. Ils ne précisent ni le nombre d’agents, ni leur statut, ni leurs missions, ni leur temps de travail.

Le décret applicable aux anciens premiers ministres autorise l’affectation d’un agent à un secrétariat particulier. Il limite ce soutien à dix ans après la sortie de Matignon et jusqu’à l’âge de 67 ans. Élisabeth Borne, née en 1961, reste dans cette limite d’âge.

Les 87 335 euros documentent donc une masse salariale imputée à Mme Borne. Ils ne permettent pas d’attribuer la somme au coût d’un secrétariat identifié, ni d’en déduire que cet appui a fonctionné pendant toute l’année 2024.

Les règles de non-cumul éclairent cette prudence. Un ancien premier ministre ne peut pas obtenir ces moyens lorsqu’un mandat parlementaire, un mandat local ou une fonction publique lui procure déjà des ressources comparables. Or Élisabeth Borne a repris son siège de députée au cours de 2024, avant d’être nommée ministre en décembre de la même année. Les comptes de 2024 décrivent ainsi une année de transitions institutionnelles.

La sécurité hors des comptes

Ces transitions n’effacent pas la principale lacune des comptes : le coût de la sécurité. Les 110 779 euros inscrits par Matignon ne comprennent aucune dépense liée à la protection policière d’Élisabeth Borne.

Le ministère de l’intérieur finance et organise la protection des personnalités. Ses crédits suivent une autre ligne budgétaire que le programme 129, ce qui empêche d’additionner les moyens administratifs publiés par Matignon et les dépenses de sécurité.

Une réponse ministérielle a chiffré la protection de l’ensemble des anciens premiers ministres à 2 802 903 euros en 2019. Le montant englobait les salaires, les heures supplémentaires, les frais de mission, les transports, l’hébergement, la restauration, les véhicules, leur entretien, le carburant et les péages.

Ce total de 2019 ne renseigne pas la dépense d’Élisabeth Borne. Elle n’était pas encore ancienne première ministre cette année-là. Le ministère de l’intérieur n’a pas publié la répartition des coûts entre les personnalités protégées, tandis que les services de protection adaptent leurs effectifs à l’évaluation du risque.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a annoncé, en 2025, que la protection des anciens premiers ministres ferait l’objet d’une évaluation du risque et d’un réexamen périodique. Le ministère de l’intérieur n’a pas rendu publique la décision prise pour Élisabeth Borne. Les dépenses de sécurité peuvent donc s’ajouter à la facture de 110 779 euros enregistrée en 2024, sans que les données publiées permettent de leur attribuer un montant.

Après le gouvernement, le mandat de députée

Cette incertitude sur la sécurité rejoint une autre difficulté : la dépense de 2024 ne décrit pas mécaniquement la situation de 2026. Élisabeth Borne a remis la démission de son gouvernement à Emmanuel Macron le 8 janvier 2024.

François Bayrou l’a nommée ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche le 23 décembre 2024. Le second gouvernement de Sébastien Lecornu, présenté le 12 octobre 2025, ne l’a pas reconduite. Édouard Geffray lui a succédé rue de Grenelle.

Après son départ du gouvernement, Élisabeth Borne a retrouvé son siège de députée du Calvados en novembre 2025. Son mandat parlementaire active les règles de non-cumul qui régissent les moyens accordés aux anciens premiers ministres.

Les services du premier ministre n’ont pas publié les dépenses nominatives de 2025 et de 2026 pour Mme Borne. Ils n’ont pas non plus indiqué publiquement si elle avait demandé un véhicule, un conducteur ou un agent au titre de son passage à Matignon depuis son retour au Palais-Bourbon. Le bilan disponible se limite donc à l’année 2024. Il établit une somme et sa ventilation générale, sans documenter les moyens effectivement mobilisés aujourd’hui.

Dix ans et une transparence inachevée

Le plafond de dix ans a transformé le régime institué pour les anciens premiers ministres. Avant le décret de septembre 2025, le véhicule et son conducteur pouvaient rester à disposition sans date de fin explicite. Depuis janvier 2026, l’échéance encadre la durée de cette dépense.

Le secrétariat particulier était déjà soumis à une durée de dix ans et à une limite d’âge. Le décret a donc rapproché le régime automobile de cette règle. Il maintient toutefois, pour les anciens chefs de gouvernement sortis récemment de Matignon, une possibilité de recours aux moyens de l’État pendant une décennie.

L’enveloppe de 1,58 million d’euros dépensée en 2024 pour l’ensemble des anciens premiers ministres pèse peu dans les finances publiques. Elle nourrit néanmoins un débat sur la durée des ressources attribuées après l’exercice du pouvoir et sur les conditions de leur contrôle.

Les documents budgétaires livrent des montants nominaux pour les dépenses de personnel et de véhicule en 2024. Ils laissent hors de leur champ la protection policière et ne détaillent pas les prestations associées à chaque dépense. La réforme a fixé une échéance pour la voiture et le conducteur ; les comptes de 2024 ont fixé le montant attribué à Élisabeth Borne : 110 779 euros, dont 87 335 euros de personnel et 23 444 euros de véhicule.

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