Kylian Mbappé : combien a-t-il gagné depuis le début de sa carrière ?

10/08/2026

En 2015, à l’AS Monaco, un attaquant de 16 ans signait son premier contrat professionnel pour un salaire annuel compris entre 1 et 1,5 million d’euros. Onze ans plus tard, il négocie depuis Madrid, où l’impôt sur ses revenus espagnols est plafonné à 24 %. Entre les deux, un contrat sans équivalent dans l’histoire du sport, une saisie sur les comptes de son ancien club et une dizaine de sociétés dont il détient des parts. Reste à additionner.

Le compteur d’une décennie

Au 10 août 2026, la fortune personnelle nette de Kylian Mbappé est estimée entre 200 et 250 millions d’euros, selon les évaluations publiées par le magazine Le Revenu. Certaines estimations américaines poussent jusqu’à 300 millions de dollars. L’écart tient à la façon dont chacun valorise ses droits à l’image, c’est-à-dire les revenus que lui rapporte l’usage de son nom et de son visage par les marques, et ses parts dans des sociétés non cotées en Bourse, deux actifs dont aucun marché ne fixe le prix au jour le jour.

Répondre à la question du total suppose de choisir laquelle des trois grandeurs on additionne. Le brut cumulé mesure ce que les clubs et les marques ont inscrit dans leurs contrats. Le net perçu correspond à ce qui reste une fois l’impôt, les cotisations sociales et les commissions déduits ; en France, sur les très hauts revenus, l’écart entre les deux dépasse 55 %. Le patrimoine, troisième grandeur, mesure ce qui subsiste après les dépenses, les dons et les sommes réinvesties dans des entreprises.

Le contrat signé au Paris Saint-Germain en mai 2022 pèse à lui seul environ 630 millions d’euros bruts. Les cinq saisons parisiennes qui l’ont précédé, entre 17 et 27,7 millions d’euros bruts par an, en représentent une centaine. Le contrat conclu avec le Real Madrid, entré en vigueur en juillet 2024, tourne autour de 32 millions d’euros bruts annuels, augmentés d’une prime à la signature que les sources situent entre 100 et 154 millions, répartie sur cinq exercices. Les revenus tirés des marques et de ses participations rapportent, eux, entre 15 et 40 millions d’euros par an selon les sources, soit 100 à 150 millions sur la durée de sa carrière. Le conseil des prud’hommes de Paris a enfin mis 60,9 millions d’euros bruts à la charge du PSG le 16 décembre 2025.

Additionnés sur onze ans, une fois neutralisée la part de la condamnation prud’homale qui figurait déjà dans le contrat de 2022, ces cinq blocs situent le brut cumulé entre 900 millions et 1,1 milliard d’euros, selon les hypothèses retenues à l’intérieur de chaque fourchette. Le point médian s’établit autour de 980 millions. Aucune institution ne certifie ce total, qui relève de la reconstitution et non du relevé.

Ces 980 millions ne sont jamais arrivés sur son compte. En appliquant à chaque bloc le régime fiscal correspondant, près de 55 % de prélèvements sur les années françaises et entre 20 et 24 % sur les années madrilènes, le net effectivement perçu se situe de l’ordre de 450 à 500 millions d’euros sur onze ans. De cette somme, entre 200 et 250 millions lui restent aujourd’hui sous forme de patrimoine. Le reste a été dépensé, donné ou immobilisé.

Le classement Forbes 2026 des footballeurs les mieux payés situe Mbappé au troisième rang mondial pour l’année écoulée, avec 95 millions de dollars de revenus, dont 70 millions issus du contrat sportif et 25 millions du hors-terrain. Devant lui, Cristiano Ronaldo, avec 300 millions de dollars, et Lionel Messi, avec 140 millions. Au début des années 2020, les mêmes exercices d’évaluation créditaient le Français d’un patrimoine compris entre 40 et 95 millions d’euros.

Mai 2022 : les deux tiers de la fortune

Le Real Madrid tenait l’affaire pour close. Au printemps 2022, le club espagnol préparait l’arrivée d’un joueur en fin de contrat, qu’il pouvait recruter sans verser un euro au PSG. Mbappé a prolongé à Paris.

Le PSG a payé ce retournement au prix fort. Le contrat prévoyait 72 millions d’euros bruts de salaire annuel, une prime à la signature de 180 millions d’euros, et des primes de fidélité versées chaque année où le joueur restait au club, soit 70 millions en 2022, 80 millions en 2023 et 90 millions en 2024. L’addition de ces lignes approche 630 millions d’euros bruts, soit environ 282 millions d’euros nets estimés. Aucun contrat sportif connu n’avait atteint ce niveau, toutes disciplines confondues.

Ces 630 millions représentent près des deux tiers de tout ce que clubs et marques ont engagé sur Mbappé en onze ans. Deux saisons de jeu, de l’été 2022 à l’été 2024, valent davantage que les neuf autres années réunies, sponsors compris.

L’écart entre les 630 millions inscrits au contrat et les 282 millions perçus atteint près de 350 millions d’euros. En France, la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu, celle qui s’applique aux derniers euros gagnés, s’élève à 45 %, à quoi s’ajoutent la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, les prélèvements sociaux et les cotisations dues sur tout salaire. Sur chaque euro inscrit au budget du club, un peu moins de la moitié arrivait sur le compte du joueur. Ce différentiel commande la suite de l’addition.

Une fraction de ces gains n’a jamais été conservée. Depuis le titre mondial de 2018, Mbappé reverse l’intégralité de ses primes de sélection à l’association Premiers de Cordée, dont il est le parrain, et à sa fondation « Inspired by Kylian Mbappé ». La presse française a documenté ce mécanisme à plusieurs reprises depuis huit ans.

Du million monégasque aux 27,7 millions parisiens

En 2015, à l’AS Monaco, le salaire annuel du jeune attaquant se situait entre 1 et 1,5 million d’euros. Sept ans plus tard, il percevait cinquante fois cette somme.

Le transfert au Paris Saint-Germain, à l’été 2017, a produit le premier saut. Son salaire brut annuel est passé à 17 millions d’euros dès la première saison parisienne, puis a progressé de façon continue jusqu’à environ 27,7 millions d’euros en 2021-2022, dernier exercice avant la prolongation record.

Sur les sept premières années de sa carrière, de Monaco à la veille de sa signature de mai 2022, le cumul brut atteint une centaine de millions d’euros, soit un dixième du total de onze ans. Sept ans pour un dixième de la somme, deux ans pour les deux tiers : le compteur ne progresse pas au rythme des saisons.

Fayza Lamari, sa mère, négociait déjà l’essentiel de ces contrats à l’époque monégasque. Elle a conservé ce rôle jusqu’à aujourd’hui.

Ce que la loi Beckham lui fait gagner

Le 1er juillet 2024, Mbappé a quitté le PSG en fin de contrat, sans que le Real Madrid ait à verser la moindre indemnité, et signé en Espagne pour cinq ans, jusqu’en juin 2029. Le choix a été présenté comme sentimental. Il a coûté cher sur le salaire fixe.

Les termes exacts varient d’une rédaction à l’autre, ce qui est habituel pour ce type d’accord. La presse espagnole, AS et Marca, ainsi que plusieurs médias français situent le salaire net entre 15 et 20 millions d’euros par an, soit environ 32 millions d’euros bruts annuels selon les données les plus récentes, contre 72 millions bruts à Paris. La baisse du fixe atteint 55 %. Sur la prime à la signature, les estimations divergent davantage encore : Sky Sports avance 117 millions d’euros, la BBC 150 millions, d’autres sources retiennent une fourchette de 100 à 154 millions, répartie sur les cinq années du contrat.

Deux saisons madrilènes ont donc rapporté environ 64 millions d’euros de salaire brut, auxquels s’ajoutent 40 à 62 millions au titre des deux premières tranches de la prime à la signature. Un peu plus d’une centaine de millions d’euros bruts depuis juillet 2024, l’équivalent de ses sept premières années de carrière, gagné en deux saisons.

Une ligne du contrat échappe presque toujours aux commentaires, alors qu’elle rapporte autant qu’un salaire. Selon le quotidien AS, Mbappé conserve 80 % des revenus tirés des contrats publicitaires signés avant son arrivée à Madrid, et 100 % de ceux conclus en amont de sa signature avec le club. Dans la majorité des grands clubs européens, l’employeur prélève une part significative de ces recettes, au motif qu’il contribue à la notoriété du joueur.

La « loi Beckham » plafonne à 24 % l’imposition des revenus de source espagnole pendant six ans pour les nouveaux résidents, contre un taux pouvant atteindre 47 % dans le régime général espagnol. La Communauté de Madrid y a ajouté une déduction régionale, que la presse espagnole a surnommée « loi Mbappé » : jusqu’à 20 % de réduction d’impôt sur les investissements réalisés dans des actifs financiers madrilènes par les nouveaux arrivants. Cumulés, les deux dispositifs ramènent le taux effectivement payé sur certains revenus autour de 19 à 20 %, contre près de 50 % en France ou en Catalogne.

Un salaire brut divisé par plus de deux, un impôt divisé par deux et demi : sur ce qu’il touche réellement, le déménagement à Madrid coûte beaucoup moins que le chiffre du salaire ne le laisse supposer.

60,9 millions arrachés aux prud’hommes

À l’été 2024, Mbappé a réclamé au PSG environ 55 millions d’euros au titre de son salaire d’avril à juin 2024, resté impayé, et d’une prime restant due. Le club a opposé un accord verbal conclu en 2023, par lequel le joueur aurait renoncé à une partie de ses émoluments en échange d’un départ sans indemnité de transfert.

Les instances de la Ligue de football professionnel ont donné raison au joueur. Le PSG a maintenu son refus et porté le dossier devant la justice. En avril 2025, un juge a ordonné le blocage de 55 millions d’euros sur les comptes du club, le temps que l’affaire soit tranchée. La mesure a été annulée le mois suivant.

Devant le conseil des prud’hommes de Paris, en novembre 2025, les montants ont changé d’échelle. Les avocats de Mbappé ont porté leur demande à environ 263 millions d’euros. Le PSG a répliqué en réclamant 440 millions d’euros à son ancien joueur, invoquant l’atteinte à son image, le manque à gagner d’un transfert qui n’a pas eu lieu et la mauvaise foi dans l’exécution de l’accord d’août 2023. Une condamnation de ce montant aurait effacé, en une décision, l’équivalent de plus de la moitié de ce que le joueur avait gagné en onze ans.

Le 16 décembre 2025, le conseil des prud’hommes a condamné le PSG à verser 60,9 millions d’euros bruts à Mbappé, avec exécution provisoire : le club doit payer immédiatement, même s’il fait appel. Le Monde, Le Figaro, France 24 et Ouest-France ont confirmé la décision de manière indépendante. Le montant couvre les salaires impayés d’avril à juin 2024, le rappel de la troisième tranche de la prime à la signature de 2022, une prime dite d’éthique prévue au contrat, et les congés payés correspondants.

Une part de ces 60,9 millions n’ajoute rien au compteur de sa carrière : elle correspond à des sommes déjà inscrites dans les 630 millions du contrat de 2022, que le joueur n’avait simplement jamais touchées. Sa demande de requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée, qui lui aurait ouvert droit à des indemnités supplémentaires, a été rejetée, de même que le solde de sa demande initiale. Il repart avec moins d’un quart des 263 millions réclamés. Le PSG, lui, a été débouté de l’intégralité de ses 440 millions.

Le second salaire, celui qui ne dépend d’aucun club

Le contrat qui lie Mbappé à Nike a été signé en 2019 pour dix ans, jusqu’en 2029. Son montant n’a jamais été rendu public. Des données rapportées par le site L’Informé le situent à 3,69 millions d’euros annuels, quand d’autres décomptes de la presse sportive évoquent une douzaine de millions.

Dior, Hublot, EA Sports, Oakley, Sorare, Panini et le groupe laitier chinois Mengniu complètent la liste des partenaires. En mai 2026, le joueur a noué un accord avec Alan, start-up française de l’assurance santé valorisée plus d’un milliard d’euros, dont il est devenu à la fois ambassadeur et actionnaire. Au lieu d’encaisser un chèque annuel contre l’usage de son visage, il prend cette fois une part du capital, dont le rendement dépendra de la valeur future de l’entreprise.

Ces revenus publicitaires sont évalués entre 15 et 40 millions d’euros par an selon les sources, la fourchette la plus fréquemment citée se situant autour de 15 à 20 millions annuels. Forbes retient 25 millions de dollars pour l’exercice 2026. Rapportés à la carrière entière, en tenant compte de la montée en puissance du portefeuille après 2019, ils représentent entre 100 et 150 millions d’euros bruts, davantage que ses sept premières années de salaire. Cet argent tombe aussi les saisons sans titre, ce qui n’est vrai d’aucune prime de club.

Le 16 juin 2026, face au Sénégal en ouverture du Mondial nord-américain (3-1), Mbappé a dépassé les 57 buts d’Olivier Giroud en sélection, à 27 ans et en 99 matchs. Il a terminé le tournoi avec 10 buts, un deuxième Soulier d’or consécutif, récompense décernée au meilleur buteur de la compétition et jamais remportée deux fois de suite depuis Gerd Müller en 1970, et 22 réalisations en trois éditions, devant Lionel Messi (21). Ces records nourrissent la valeur du portefeuille au moment où le contrat Nike arrive à échéance.

Aucun trophée collectif ne les accompagne. Le Real Madrid a été éliminé en quarts de finale de la Ligue des champions par le Bayern Munich, battu 4-3 au retour le 15 avril 2026. La France s’est inclinée en demi-finale du Mondial contre l’Espagne (0-2) le 14 juillet, puis a perdu le match pour la troisième place contre l’Angleterre (4-6) le 18 juillet. Meilleur buteur de la Liga, de la Ligue des champions et du Mondial la même saison sans en remporter aucune : la configuration n’avait plus été observée depuis 1966. Les marques, elles, achètent des buts.

Ce qu’il reste des 980 millions gagnés

Mbappé détient des participations dans une dizaine de sociétés, selon Le Revenu. Il possède son propre club de football, a investi dans la start-up Sorare et dans l’assureur Alan, et dispose d’un patrimoine immobilier et automobile conséquent. Ces actifs constituent l’essentiel des 200 à 250 millions d’euros que les évaluations lui prêtent aujourd’hui.

Fayza Lamari négocie toujours l’essentiel des contrats de son fils. Le joueur économise ainsi une partie des commissions d’agent, qui atteignent couramment 5 à 10 % des montants négociés dans le football européen. Appliquées au seul contrat parisien de 2022, elles auraient représenté entre 30 et 60 millions d’euros.

En juin 2026, un accord conclu entre les internationaux français et la Fédération française de football prévoyait le versement de 500 000 euros par joueur en cas de titre mondial. La quatrième place a réduit la note. Depuis 2018, quel qu’en soit le montant, ces primes quittent le compte du joueur pour rejoindre Premiers de Cordée et sa fondation, elle-même alimentée par le reversement d’une partie des bénéfices de certaines de ses entreprises.

Le passage des 980 millions bruts aux 250 millions de patrimoine se lit en deux temps. Environ 500 millions d’euros ont été prélevés par l’impôt et les cotisations sociales, pour l’essentiel sur les exercices français de 2017 à 2024. Les 250 millions restants ont été dépensés, donnés aux associations, ou immobilisés au capital de sociétés qui ne se revendent pas en une journée.

Ce qu’il lui reste à encaisser d’ici 2029

Les clubs versent les primes contractuelles par tranches, sur plusieurs exercices, sans jamais publier le calendrier. Les marques imposent des clauses de confidentialité qui interdisent à quiconque d’en communiquer les termes. Les cabinets spécialisés valorisent les droits à l’image selon des méthodes divergentes, et personne ne connaît le prix d’une participation dans une société non cotée tant qu’une levée de fonds ne la réévalue pas. Aucun organisme public ni aucune fédération ne publie de données consolidées sur les revenus des sportifs professionnels français.

Entre l’estimation de L’Informé et celle de la presse sportive, le contrat Nike varie du simple au triple. Sur dix ans, cette seule incertitude déplace le compteur d’une centaine de millions d’euros, de quoi expliquer l’écart entre les évaluations françaises et américaines de sa fortune.

Le solde de la prime à la signature madrilène se déverse jusqu’en 2029. Les annuités du contrat avec le Real Madrid, environ 32 millions d’euros bruts chacune, tombent à la même échéance. Le contrat Nike expire cette année-là. À 31 ans, Mbappé se retrouvera simultanément libre de son club et de son équipementier principal, avec un compteur brut qui aura franchi le milliard d’euros bien avant cette date.

La prochaine échéance tombe le 26 octobre 2026. La cérémonie du Ballon d’or se tiendra ce jour-là à Londres, et non à Paris comme les années précédentes, pour le 70e anniversaire de la distinction. Mbappé figure parmi les favoris selon plusieurs pronostics de la presse spécialisée. Une victoire pèserait directement sur le montant de son prochain contrat d’équipementier.

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Louis Gastebois - Rédacteur en chef /// Diplômé du CELSA, Louis Gastebois a fait ses armes au pôle économie du Groupe Lafont Presse avant de rejoindre Combien Gagne. Il est spécialisé sur les rémunérations des hommes politiques et des élus : ministres, députés, sénateurs, élus locaux... Ses sources de prédilection sont : la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), déclarations d'intérêts, rapports parlementaires, médias locaux.

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