Mohed Altrad : d’où vient vraiment sa fortune ?

14/09/2026

Le nom Altrad s’affiche dans le rugby, mais la fortune de son fondateur est née loin des stades. Elle repose sur un groupe de maintenance industrielle bâti par rachats successifs, des échafaudages de l’Hérault aux raffineries et centrales de plusieurs continents.

En juillet 1985, Mohed Altrad reprend à Florensac, dans l’Hérault, les actifs de Mefran, une entreprise d’échafaudages en liquidation judiciaire. L’opération comprend les machines, les stocks, les marques, les filiales et une partie des salariés de cette PME.

Mohed Altrad a étudié les mathématiques et la physique à l’université de Montpellier avant d’obtenir un doctorat d’informatique à Paris-VIII. Il a travaillé comme ingénieur chez Alcatel et Thomson avant d’acheter Mefran. Dans un entretien publié en 2023, il a déclaré avoir investi 4 millions de francs dans la société, grâce notamment à la revente de sa participation dans FIET. Mefran lui a ainsi fourni une usine, des équipes et des clients déjà présents dans le secteur du bâtiment.

L’entreprise dépasse 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en moins de dix ans. En 1989, Mohed Altrad rachète Altrad Saint-Denis, fabricant de bétonnières de la Loire, dont le groupe adoptera le nom.

Les échafaudages ne suffisent plus

Altrad rachète en 2006 le groupe belge Balliauw, qui connaît alors des difficultés de trésorerie. L’opération fait entrer le groupe sur le marché de la location d’échafaudages pour les industriels.

Le groupe vend alors une prestation complète aux exploitants de raffineries, de centrales électriques, de sites chimiques ou d’installations pétrolières : il fournit les accès temporaires, installe les échafaudages, isole les équipements et participe à leur entretien. Les filiales réalisent aussi des travaux de protection contre la corrosion et contre l’incendie. Ces missions sont souvent réalisées pendant l’arrêt programmé d’une usine ou d’une centrale. Chaque journée d’arrêt coûte cher à l’exploitant ; les contrats de maintenance portent donc sur des travaux réguliers et spécialisés.

Les services industriels ont rapporté 5,082 milliards d’euros à Altrad durant l’exercice clos le 31 août 2025. Ils ont représenté 85,5% des 5,942 milliards d’euros de chiffre d’affaires du groupe ; les équipements, dont les échafaudages et les bétonnières, ont compté pour 14,5%. Au 28 février 2026, les services industriels pesaient encore 83% du chiffre d’affaires semestriel du groupe. Les échafaudages ont lancé l’aventure ; les contrats de maintenance en constituent désormais l’essentiel.

Les rachats qui font grandir Altrad

Altrad acquiert le néerlandais Hertel en 2015, le français Prezioso Linjebygg en 2016 et le britannique Cape plc en 2017. Ces trois entreprises ajoutent au groupe des équipes et des contrats dans les services industriels, notamment au Royaume-Uni, en Europe du Nord et au Moyen-Orient.

Cape employait 16 000 personnes et réalisait 863,5 millions de livres de chiffre d’affaires en 2016. Ses activités dépendaient alors à 63% du pétrole et du gaz, à 14% des industries de transformation et à 11% de l’énergie.

Altrad acquiert ensuite Adyard, à Abou Dhabi, en 2020. En 2021, le groupe intègre onze entreprises, dont Endel, Actavo Hire & Sales, Muehlhan, Sparrows et Babcock ; l’ensemble représentait environ 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires supplémentaire.

En novembre 2024, Altrad finalise le rachat de Beerenberg, groupe norvégien de maintenance industrielle qui apportait environ 260 millions d’euros de chiffre d’affaires et 2 600 salariés. En février 2025, le groupe achève l’acquisition des activités britanniques de Stork, représentant environ 270 millions d’euros de chiffre d’affaires et 1 900 salariés. Les comptes semestriels publiés en juin 2026 mentionnent aussi Black Cat Engineering & Construction, au Qatar, et les sociétés néerlandaises Rusch Crane Repair et Rusch Offshore Services.

Le Royaume-Uni, premier marché

Le Royaume-Uni, l’Irlande et les pays nordiques ont généré 41% du chiffre d’affaires d’Altrad durant l’exercice 2025. L’Europe continentale a représenté 32% des revenus ; le Moyen-Orient et la mer Caspienne, 12%.

Altrad a réalisé 5,942 milliards d’euros de chiffre d’affaires entre septembre 2024 et août 2025, contre 5,452 milliards d’euros un an plus tôt. L’excédent brut d’exploitation ajusté, un indicateur de rentabilité avant intérêts, impôts et amortissements, s’est élevé à 658 millions d’euros après retraitements.

Les comptes arrêtés au 28 février 2026 donnent 2,792 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur six mois, contre 2,863 milliards d’euros sur la même période de l’exercice précédent. Le résultat net consolidé semestriel s’est établi à 77,3 millions d’euros, après 156,6 millions d’euros un an plus tôt.

Le groupe disposait d’un carnet de commandes de 6,5 milliards d’euros à cette date. Plus des deux tiers concernaient des contrats de maintenance de longue durée ; plus de 80% des nouvelles commandes provenaient de prolongations ou de renouvellements de contrats existants.

Une fortune liée aux parts détenues

Mohed Altrad détenait 96,95% des droits de vote d’Altrad Investment Authority au 3 juillet 2026, au travers de holdings. Arkéa Capital et Tikehau Capital détenaient les 3,05% restants.

Cette participation constitue le principal actif à l’origine de son patrimoine estimé. Elle donne à Mohed Altrad le contrôle d’un groupe non coté : son prix ne se fixe pas quotidiennement sur une Bourse, comme celui d’une action Renault ou TotalEnergies.

Challenges a évalué la fortune professionnelle de l’entrepreneur à 6,5 milliards d’euros dans son classement 2025, au 20e rang français. Forbes l’a estimée à 6,6 milliards de dollars le 9 septembre 2026, au 618e rang mondial.

Ces deux estimations ne correspondent ni au chiffre d’affaires du groupe ni à une somme immédiatement disponible. Elles correspondent à une valeur théorique des participations détenues par Mohed Altrad, calculée à partir des résultats d’Altrad, de ses contrats, de sa dette et de la valeur retenue pour des entreprises comparables.

Le groupe a refinancé sa dette en avril 2026 par un ensemble bancaire de 1,7 milliard d’euros. Deux emprunts obligataires s’y ajoutaient : 550 millions d’euros à échéance 2029 et 700 millions d’euros à échéance 2032.

Le rugby, une vitrine

Mohed Altrad a pris le contrôle du Montpellier Hérault Rugby en 2011. Altrad a ensuite conclu des partenariats avec les équipes nationales française et néo-zélandaise de rugby.

Les services industriels ont fourni plus de quatre cinquièmes des revenus d’Altrad en 2025. Le rugby assure au nom du groupe une visibilité nationale et internationale, tandis que les contrats industriels portent l’essentiel de sa valeur économique.

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné Mohed Altrad, le 13 décembre 2022, à dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis et à 50 000 euros d’amende. Le jugement porte sur des faits de corruption active, de trafic d’influence et d’abus de biens sociaux liés à ses relations avec Bernard Laporte, alors président de la Fédération française de rugby.

Mohed Altrad a fait appel. Le procès en appel, prévu initialement en septembre 2026, doit se tenir en mars 2027. La condamnation de première instance n’est pas définitive.

Le contentieux fiscal

Le Parquet national financier a ouvert, le 22 juin 2026, une enquête préliminaire visant le groupe Altrad après une plainte de l’administration fiscale déposée à la mi-avril. La procédure concerne des soupçons de fraude fiscale aggravée et de blanchiment de fraude fiscale aggravée en bande organisée.

Le parquet a fait état de perquisitions dans plusieurs lieux en France, dont le siège montpelliérain du groupe. Il n’a annoncé aucune garde à vue.

Des montants compris entre 23 millions d’euros et 86 millions d’euros par an entre 2018 et 2024 ont été évoqués, soit 350 millions d’euros à 400 millions d’euros au total. Aucun document public du Parquet national financier ne confirme ce chiffrage ni l’existence d’un hub installé à Dubaï, également mentionné dans plusieurs articles.

Altrad Investment Authority a reçu le 27 décembre 2023 une proposition de rectification fiscale de 318 millions d’euros pour la période allant du 1er septembre 2017 au 31 août 2020. Le montant inclut le principal, les pénalités et les majorations.

Altrad conteste l’essentiel des redressements et pénalités. Ses comptes semestriels font apparaître une provision fiscale de 177,2 millions d’euros au 28 février 2026, contre 178,5 millions d’euros à la clôture de l’exercice précédent.

Le contrôle fiscal concernait le transfert à l’étranger de droits de propriété intellectuelle intervenu en 2018. Les perquisitions peuvent accroître le risque financier du groupe, sans qu’un coût éventuel ait été chiffré.

Aucune mise en examen ni condamnation dans cette procédure fiscale n’a été rendue publique au 10 septembre 2026. Le groupe Altrad et Mohed Altrad bénéficient de la présomption d’innocence.

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Ancienne journaliste d'investigation pour le magazine Entreprendre, spécialisée dans l'audiovisuel, Laura Picard décrypte pour Combien Gagne les rémunérations des présentateurs, animateurs, comédiens et figures du PAF. Elle s'appuie sur les rapports d'activité des chaînes, les bilans des sociétés de production et les déclarations publiques.

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