Combien gagne un gynécologue ?

09/05/2026

En 2026, un gynécologue-obstétricien libéral gagne jusqu’à trois fois le salaire d’un praticien hospitalier débutant. La pénurie aggrave les inégalités sans les corriger.

Les données publiées le 28 juillet 2025 par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) l’établissent sans ambiguïté : la France compte 5 838 gynécologues-obstétriciens en activité au 1er janvier 2025, pour une population de 68 millions d’habitants. Neuf départements ne disposent plus d’aucun gynécologue médical en activité régulière, dont la Meuse, l’Ariège, la Creuse, le Lot, la Corrèze, l’Indre, les Alpes-de-Haute-Provence, l’Oise et l’Yonne. Sept autres n’ont plus aucun gynécologue-obstétricien.

En treize ans, le nombre total de gynécologues, toutes spécialités confondues, est passé de 7 811 à 7 820, soit neuf praticiens supplémentaires pour 1,6 million de Françaises en plus. Le déséquilibre se lit aussi dans les spécialités. Entre 2012 et 2025, le nombre de gynécologues médicaux, ceux qui suivent les femmes en ville de la puberté à la ménopause, a été divisé par deux, de 3 714 à 1 807. Dans le même temps, les gynécologues-obstétriciens ont progressé de 3 921 à 5 838. Une étude Ifop réalisée pour la plateforme Qare, relayée lors d’une question écrite au Sénat en août 2025, établit que 53% des femmes ont déclaré avoir renoncé à des soins gynécologiques.

La pénurie a aussi une logique mécanique. Le diplôme d’études spécialisées (DES) de gynécologie-obstétrique dure six ans, soit douze semestres de formation après six années de médecine générale. Onze ans d’études au minimum avant le premier poste. Aucune correction démographique ne peut donc être rapide.

Ce que gagne un praticien hospitalier

À l’hôpital public, la rémunération d’un gynécologue-obstétricien est entièrement encadrée par la grille indiciaire des praticiens hospitaliers (PH), fixée par arrêté du 8 juillet 2022 et applicable depuis le 1er juillet 2023. Elle s’applique à toutes les spécialités sans distinction. Au premier échelon, à l’entrée en poste, un PH perçoit 55 607,79 euros brut annuels, soit environ 3 939 euros net par mois après déduction des cotisations sociales. En fin de carrière, à l’échelon 13, le salaire brut annuel atteint 112 416,56 euros, soit environ 7 963 euros net par mois.

La progression entre ces deux bornes prend une vingtaine d’années. Elle est automatique, par paliers de deux à quatre ans selon les échelons, et ne tient compte ni de la charge de travail effective ni des contraintes propres à la spécialité. Un gynécologue-obstétricien est rémunéré exactement comme un urgentiste ou un radiologue au même échelon, alors que les gardes obstétricales de nuit et l’exposition médicolégale particulière à sa discipline ne sont pas reflétées dans le traitement de base.

Des indemnités viennent s’y ajouter. Depuis janvier 2024, la garde de nuit, le dimanche ou un jour férié est rémunérée 422 euros brut, un montant pérennisé par décret. L’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE), versée aux praticiens s’engageant à ne pas exercer en libéral, représente 1 010 euros brut supplémentaires par mois. À partir du 1er juillet 2025, les astreintes font également l’objet d’une revalorisation, obtenue lors des négociations syndicales portées par le Syngof au sein d’Action Praticiens Hôpital.

Pour tenter d’enrayer les départs, le ministère de la Santé a mis en place la Prime d’engagement de carrière hospitalière (PECH), qui peut atteindre 30 000 euros versés en deux fois. Mais l’arrêté du 23 janvier 2024 définit limitativement les trois spécialités éligibles à ce dispositif au titre des « difficultés importantes de recrutement » au niveau national : l’anesthésie-réanimation, la psychiatrie et la radiologie. La gynécologie-obstétrique n’y figure pas. Les établissements qui identifient localement une tension suffisante peuvent activer la PECH pour cette spécialité, pour un montant plafonné à 20 000 euros, mais le déclenchement reste à l’initiative de chaque hôpital.

Le libéral, à trois fois le salaire hospitalier

En exercice libéral, la logique est radicalement différente. La Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) a publié en janvier 2026 les données de revenus pour l’année 2024 : le revenu net d’activité indépendante (RNAI) moyen des gynécologues-obstétriciens libéraux s’établit à 128 973 euros par an, soit environ 10 748 euros net par mois avant impôt sur le revenu. L’ensemble des médecins libéraux a enregistré une hausse de 5,33% de son RNAI entre 2023 et 2024, une progression que la CARMF a elle-même indiqué devoir « nuancer » au regard de l’inflation accumulée depuis 2017, date de la précédente mise à niveau des tarifs.

Ces moyennes recouvrent des réalités très disparates. Les données de l’Union nationale des associations agréées (UNASA) font apparaître une fourchette allant de 2 531 euros à 19 586 euros brut par mois pour la même spécialité. La variable déterminante est le secteur conventionnel. Un gynécologue-obstétricien en secteur 1 déclare en moyenne 77 967 euros de bénéfice non commercial (BNC) par an, contre 111 745 euros pour un praticien en secteur 2. Depuis le 1er janvier 2026, la consultation de référence d’un gynécologue libéral a été portée à 35 euros en secteur 1 et OPTAM, et l’examen clinique gynécologique classique à 40 euros.

Mais le revenu brut libéral ne se lit pas directement comme un salaire. Les charges, cotisations CARMF, URSSAF, assurance responsabilité civile professionnelle (RCP), représentent 40 à 50% des honoraires encaissés. La RCP est particulièrement élevée pour les gynécologues-obstétriciens, spécialité parmi les plus exposées aux mises en cause médicolégales. Pour les praticiens accrédités par la Haute Autorité de santé (HAS), statut qui conditionne une aide publique au financement de l’assurance, le plafond d’aide est fixé réglementairement à 25 200 euros par an. La CARMF a indiqué qu’entre 2019 et 2023, la hausse des honoraires n’avait pas compensé l’inflation, entraînant une érosion réelle du pouvoir d’achat des libéraux sur la période.

Paris n’est pas le territoire le plus offrant

La répartition géographique des rémunérations contredit l’intuition. Sur les offres d’emploi actives en avril 2026, 721 postes référencés sur la seule plateforme HelloWork, les salaires médians bruts mensuels les plus élevés apparaissent en Corse (9 375 euros), en Bourgogne-Franche-Comté (8 791 euros) et en Auvergne-Rhône-Alpes (8 541 euros). L’Île-de-France affiche 7 583 euros, l’un des niveaux les plus bas.

L’écart tient à la densité. Paris et sa région concentrent une offre importante de spécialistes, ce qui réduit les primes de rareté sur les postes hospitaliers. La logique libérale joue en sens inverse : un gynécologue-obstétricien en secteur 2 installé dans un cabinet parisien peut pratiquer des honoraires nettement supérieurs aux moyennes nationales, sans que cela n’apparaisse dans les statistiques des offres d’emploi salariées. Dans les zones désertées, les établissements publics disposent d’un autre levier : le recrutement en motif 2, qui permet de porter la rémunération d’un praticien contractuel jusqu’à 9 927 euros brut mensuel, un plafond prévu pour les zones ou spécialités en sous-dotation avérée.

2026 : des revalorisations partielles, un chantier inachevé

La convention médicale signée en juin 2024 par cinq syndicats, dont le Syngof au sein de l’union Le Bloc, prévoit des revalorisations progressives jusqu’en 2029. Au 1er janvier 2026, les modificateurs K et T, qui s’appliquent notamment aux actes de chirurgie et d’accouchement, ont été rehaussés de cinq points, le modificateur K passant de 25% à 30%. Le facteur de conversion monétaire des actes CCAM a également été revalorisé.

Ces ajustements ne comblent pas tous les écarts. Lors de son assemblée générale du 6 juin 2025, le Syngof a indiqué que plusieurs propositions de négociation n’avaient pas été retenues, notamment l’association d’une échographie à des consultations spécifiques et la création d’une consultation d’expertise spécialisée lorsqu’une patiente est adressée par une sage-femme. La hausse du tarif de l’acte de référence médical G, passé de 25 à 26,50 euros fin 2023, a principalement bénéficié aux généralistes, dont le RNAI a progressé de 8,70% en 2024, contre 3,08% seulement pour les spécialistes.

L’inégalité qui n’apparaît dans aucune grille

La féminisation rapide de la gynécologie-obstétrique crée une tension supplémentaire. La CARMF a indiqué en 2022 que les femmes médecins libéraux percevaient des revenus inférieurs de 36% à ceux de leurs confrères masculins, un écart qui s’accentue avec l’âge, atteignant 37% autour de la quarantaine. Parmi les facteurs documentés : le travail à temps partiel plus fréquent, l’impact des maternités sur l’activité et une moindre présence dans les secteurs à honoraires libres.

Une étude publiée fin 2025 dans EM Consulte, conduite sur des praticiens formés à Tours entre 2000 et 2021, documente un autre glissement. La proportion de gynécologues-obstétriciens pratiquant encore les accouchements passe de 87,7% en début de carrière à 65,1% après plusieurs années. La raison principale, citée par 53,6% des praticiens interrogés : « la recherche d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ». Ce basculement progressif vers la gynécologie médicale pure se traduit par une baisse de revenus sensible, les actes techniques obstétricaux représentant une part significative des honoraires d’un GO actif, sans que les moyennes publiées par la CARMF ni la grille indiciaire ne le captent.

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