Combien gagne David Pujadas ?

08/08/2026

De France 2 à LCI, David Pujadas a troqué son salaire de présentateur contre les dividendes d’une société florissante. Enquête sur un journaliste devenu chef d’entreprise.

Une caméra suit David Pujadas dans un couloir du Palais Bourbon, à Paris, après son audition par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, le 31 mars 2026. Quelques jours plus tôt, les courbes de mars publiées à partir des données Médiamétrie plaçaient LCI à 3,2% de part d’audience mensuelle, son meilleur niveau historique, à égalité avec CNews et juste derrière BFMTV, à 3,5%. Entre la salle des députés et le plateau de Boulogne-Billancourt, le même homme circule désormais entre deux statuts : ancien visage du service public et patron de la société qui produit son émission. Dix ans après son éviction du 20 heures de France 2, son parcours ne se résume plus à une sortie brutale de l’antenne : il raconte aussi un changement de modèle économique.

Une rupture, puis un autre modèle

Le 17 mai 2017, Delphine Ernotte annonce à David Pujadas qu’il ne présentera plus le journal de 20 heures de France 2 à la rentrée. Le 8 juin 2017, il présente son dernier journal après seize années à ce poste, sous les applaudissements de la rédaction. Dans les entretiens qu’il accorde ensuite, il répète que cette décision n’était « pas la sienne » et qu’il ne l’a « pas très bien vécue ». Devant les députés, fin mars 2026, il reprend la même idée et parle d’une « rupture de confiance » avec la direction de France Télévisions.

En janvier 2017, Télé 2 Semaines avance qu’il perçoit 15 000 euros bruts par mois pour la présentation du 20 heures de France 2. Ce montant, repris à l’époque par d’autres médias, ne comprend pas ses émissions politiques ni les soirées spéciales qu’il anime parallèlement. Au même moment, Gala rappelle que les présentateurs stars de TF1 se situent dans une fourchette de 30 000 à 40 000 euros bruts mensuels, ce qui replace son salaire du service public dans une hiérarchie plus large du marché télévisuel. Le départ de France 2 le fait donc sortir d’un cadre salarial connu, mais plafonné.

En août 2017, LCI officialise son arrivée à l’antenne pour une émission quotidienne, 24h Pujadas, l’info en questions, diffusée du lundi au jeudi entre 18 heures et 20 heures. Le point décisif n’est pas seulement son recrutement par la chaîne du groupe TF1, mais la forme du contrat : l’émission est coproduite en externe par sa propre société. Le journaliste cesse alors d’être seulement un salarié d’antenne ; il devient aussi fournisseur d’un programme. Le changement de statut ouvre un autre type de revenus.

Une société au centre du dispositif

À l’été 2017, David Pujadas fonde Particules Productions avec la journaliste Mathilde Pasinetti. Les données d’entreprise disponibles mentionnent un capital social de 12 750 euros et une activité de production audiovisuelle. Le site de la société présente Particules comme un producteur indépendant de contenus pour la télévision, le digital et les marques. Le nom de la structure entre rapidement dans le générique de 24h Pujadas sur LCI.

Au fil des saisons, l’émission s’installe dans la grille de la chaîne. En mars 2026, les audiences mensuelles de LCI atteignent 3,2% de part de marché, un record historique pour la chaîne. La progression concerne la chaîne entière, et non la seule tranche de David Pujadas, même si plusieurs suivis d’audience montrent que 24h Pujadas réalise régulièrement des performances supérieures à la moyenne de LCI. La réussite éditoriale de la case renforce la valeur de la société qui la produit.

Le 9 juillet 2025, une enquête détaille les revenus tirés de cette organisation. Le média indique que Particules Productions a versé 2,5 millions d’euros de dividendes à David Pujadas entre 2017 et 2023. Il ajoute que le journaliste perçoit aussi, via la société, un salaire annuel brut supérieur à 335 300 euros. Ces montants documentent un écart net avec les 15 000 euros mensuels connus de la période France 2.

En 2024, la structure change encore de visage. Mathilde Pasinetti rejoint la direction des magazines d’information de TF1, et David Pujadas devient l’unique propriétaire de Particules Productions. Le même média indique que les profits de la société atteignent un niveau qui pourrait désormais lui rapporter, à lui seul, de l’ordre de 1 million d’euros par an. Il s’agit d’une projection fondée sur les résultats passés et sur sa nouvelle position d’actionnaire unique, pas d’un montant annuel déjà consolidé sur plusieurs exercices.

Des salaires aux dividendes

Le premier revenu documenté de David Pujadas comme vedette du service public reste donc ce salaire de 15 000 euros bruts par mois, publié en 2017. Le chiffre frappe à l’époque, mais il reste celui d’un salarié, même bien payé, dans un groupe public. Avec LCI et Particules Productions, la logique change : une part croissante de ses revenus ne passe plus seulement par la fiche de paie, mais par les résultats de sa société. Le cœur du basculement se trouve là.

Les données publiques sur Particules Productions confirment que la société dégage des résultats significatifs. Pour 2022, elle affiche un chiffre d’affaires de 794 000 euros et un résultat net de 282 000 euros. Ces montants ne suffisent pas, à eux seuls, à reconstituer l’ensemble des revenus personnels du journaliste, mais ils donnent un ordre de grandeur de la rentabilité de la structure. Les dividendes mentionnés plus haut prolongent cette lecture.

Dans l’espace médiatique, les estimations de patrimoine circulent ensuite avec moins de précision. En mai 2026, un site spécialisé évalue sa fortune à environ 5 millions d’euros en agrégeant ses salaires, ses dividendes et ses biens immobiliers. Cette estimation est cohérente avec les revenus documentés, mais elle ne repose pas sur une déclaration patrimoniale officielle. Elle doit donc être présentée comme un ordre de grandeur, pas comme une donnée certaine.

Les revenus hors antenne

Particules Productions ne se limite pas à la fabrication de l’émission de LCI. Le site de l’entreprise indique aussi une activité de production de contenus pour les marques et les entreprises. Une enquête évoque des films institutionnels et des prestations situées à la frontière entre information, image et communication. Le développement de cette activité ajoute une seconde source de chiffre d’affaires au dispositif.

Pour mesurer ce marché, il faut remonter à une enquête publiée en 2021 sur les « ménages », c’est-à-dire les interventions rémunérées de personnalités de télévision lors d’événements d’entreprise. Le magazine y décrit des journées facturées à plus de 10 000 euros bruts pour certaines vedettes du groupe TF1. Rien ne permet d’attribuer directement ces montants à David Pujadas, mais ce cadre donne un repère sur la valeur commerciale d’un visage de l’information dans l’univers corporate. Le point délicat tient au fait que le journaliste contrôle lui-même la structure susceptible de facturer une partie de ces prestations.

Depuis 2024, une entité appelée Particules B développe cette offre orientée vers la communication d’entreprise. La logique est simple : une émission d’actualité pour l’antenne, des contenus institutionnels pour d’autres clients. La séparation juridique existe. La frontière de perception, elle, reste plus floue.

L’argent, selon Pujadas

À l’été 2025, David Pujadas parle de son rapport à l’argent dans un entretien. Il y indique que ses enfants se sont longtemps transmis leurs vêtements « au fil de leur croissance ». Il se décrit comme « généreux mais pas dépensier ». La formule accompagne un discours de retenue, alors même que ses revenus sont devenus bien plus élevés qu’à l’époque du service public.

Dans le même registre, il revient sur une phrase qu’il avait déjà formulée à propos du 20 heures : « L’idéologie cachée du 20 heures, c’est que le bonheur se trouve dans la consommation ». Cette déclaration est reprise par plusieurs médias en 2025 et 2026. Le paradoxe est visible : la critique de la consommation vient d’un journaliste dont la société produit aussi des contenus pour des marques et des entreprises. Le décalage nourrit une part de l’intérêt public pour son cas.

Les maisons et le patrimoine

La presse a aussi documenté deux lieux auxquels David Pujadas dit rester attaché. Le premier est une maison de campagne à Najac, dans l’Aveyron, que plusieurs titres présentent comme un héritage familial et l’ancienne poste du village. Le second est une maison familiale dans le Var, où vivent encore ses parents. Ces biens reviennent régulièrement dans ses entretiens d’été.

À propos de Najac, il indique que la maison a « peu de valeur » sur le marché et qu’il y retourne chaque été. Le propos insiste sur la valeur affective du lieu plus que sur sa valeur patrimoniale. Ces déclarations ne contredisent pas les estimations globales de fortune publiées ailleurs, mais elles déplacent le récit vers l’héritage familial et la sobriété de mode de vie. Le discours public reste donc celui d’un homme riche qui refuse de se présenter comme tel.

D’où il vient

David Pujadas naît le 2 décembre 1964 à Barcelone, d’un père traducteur catalan et d’une mère interprète française. La famille s’installe ensuite à Ferney-Voltaire, dans l’Ain, à proximité de Genève. Cette enfance frontalière revient souvent dans les portraits qui lui sont consacrés. Son père, Rosendo Pujadas, a quitté l’école à 13 ans avant de reprendre des études et de travailler pour des institutions internationales.

Après une licence de sciences économiques, David Pujadas passe par Sciences Po Paris puis par le Centre de formation des journalistes. En 1988, il remporte le prix Jean d’Arcy, qui lui ouvre les portes de TF1. Il couvre ensuite la Roumanie de la chute de Ceaușescu, la guerre du Golfe et Sarajevo. Son parcours commence donc par le reportage de terrain avant de bifurquer vers le studio.

En 1994, il rejoint LCI, encore naissante, où il présente des journaux puis anime des émissions politiques. En 2001, France 2 lui confie le 20 heures, quelques jours avant les attentats du 11 septembre, qu’il couvre en direct à l’antenne. Il y restera seize ans. Le cycle se referme en 2017 avec son retour à LCI, mais cette fois comme producteur.

Ce qui reste en suspens

Les éléments publics sur ses revenus sont désormais plus nombreux qu’autrefois, grâce aux enquêtes de presse et aux données d’entreprise consultables. Ils restent toutefois incomplets. Les contrats précis entre LCI et Particules Productions ne sont pas publics. Les montants exacts des prestations corporate éventuelles ne le sont pas davantage.

L’audition parlementaire de mars 2026 a porté sur son expérience au sein de France Télévisions et sur l’audiovisuel public, pas sur l’ensemble de ses activités privées actuelles. Le dossier reste donc partiellement ouvert. Ce que l’on sait, en revanche, est déjà net : le journaliste qui gagnait 15 000 euros bruts par mois au 20 heures de France 2 a construit, depuis 2017, une organisation qui lui verse plus de 335 300 euros bruts annuels et lui a déjà rapporté 2,5 millions d’euros de dividendes entre 2017 et 2023. Le reste tient dans une question qui dépasse son seul cas : jusqu’où un présentateur d’information peut-il devenir entrepreneur sans déplacer la nature même de son métier ?

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.
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