Combien gagne Fabien Roussel ?

11/07/2026

À partir des barèmes officiels et des dossiers de transparence, ce reportage examine combien gagne Fabien Roussel et pourquoi son revenu réel reste difficile à établir.

Les indemnités des élus locaux sont désormais encadrées par des lois, des décrets et des circulaires qui détaillent ce que la fonction peut rapporter. Les déclarations de patrimoine des responsables politiques compilées depuis dix ans se sont accumulées dans les dossiers de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Les revenus d’un dirigeant communiste comme Fabien Roussel continuent pourtant de n’apparaître qu’à travers des morceaux de trajectoire, des chiffres contestés et des barèmes théoriques. Cet article déroule ces pièces une à une, pour laisser au lecteur la tâche de mesurer l’écart entre ce qui est écrit et ce qui manque.

Un soir de juin, les chaises sont rangées en carré dans la salle du conseil municipal de Saint-Amand-les-Eaux. Autour des tables, une vingtaine d’élus écoutent les dossiers de séance préparés par les services de la mairie. Sur l’ordre du jour figure l’application de la loi n° 2025‑1249 du 22 décembre 2025, celle qui crée le « statut de l’élu local » et revalorise les indemnités versées aux maires pour l’exercice de leur fonction. Le maire, Fabien Roussel, dirige la réunion, comme il le fait depuis son entrée en fonction en janvier 2025 à la tête de cette commune du Nord. La réforme fixe les montants théoriques que peut percevoir un maire partout en France ; aucun document public ne permet de savoir précisément combien reçoit, chaque mois, celui qui préside dans cette salle.

Un nouveau statut de l’élu local

La loi n° 2025‑1249, complétée par des textes d’application et des notes de la Direction générale des collectivités locales, modifie article par article les indemnités de fonction des élus locaux, des maires aux adjoints. Les fiches techniques diffusées par les centres de gestion départementaux rappellent que les maires peuvent bénéficier d’une indemnité de fonction, encadrée par le code général des collectivités territoriales, dont le plafond dépend de la taille de la commune. Un article consacré aux municipales de 2026 détaille les plafonds bruts mensuels pour chaque strate démographique : pour une commune de 10 000 à 19 999 habitants, le montant maximal est de 2 671,84 euros bruts par mois, là où les maires des plus petites communes, moins de 500 habitants, ne peuvent dépasser 1 048,18 euros bruts mensuels. La loi de revalorisation des indemnités des maires entrée en vigueur au 1er janvier 2026 a augmenté ces plafonds pour les plus petites communes, sans modifier les règles de calcul pour les strates supérieures.

Selon les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques, Saint-Amand-les-Eaux compte un peu plus de 16 000 habitants, ce qui la place précisément dans la strate démographique de 10 000 à 19 999 habitants. Dans un reportage consacré aux indemnités municipales à la veille des élections de 2026, les maires de communes comparables évoquent des indemnités brutes qui peuvent atteindre ce plafond légal, l’indemnité nette restant en pratique inférieure après déduction des charges sociales. Pour Saint-Amand-les-Eaux, la délibération municipale qui fixe concrètement l’indemnité du maire existe, mais elle n’est pas publiée avec mention nominative du montant. Les comptes rendus disponibles recensent les votes, indiquent les références légales, mais ne détaillent pas la somme versée chaque mois au maire Fabien Roussel. La scène montre un système où les règles sont connues, mais où le revenu individuel d’un responsable politique reste absent des documents accessibles au public.

Ce que dit la transparence nationale

Pendant que ce cadre local se met en place, la transparence nationale reposant sur la Haute autorité pour la transparence de la vie publique structure une autre partie de l’information. Créée en 2013, cette autorité administrative indépendante contrôle les déclarations de patrimoine et d’intérêts des responsables publics. Elle publie notamment les dossiers des candidats à la présidentielle de 2022. Dans un article de mars 2022, la presse régionale examine ces déclarations en comparant la valeur des biens, le montant des crédits et les revenus imposables annuels des douze candidats. Pour Fabien Roussel, la synthèse mentionne deux maisons dans le département du Nord, l’une estimée à 180 000 euros, l’autre à 120 000 euros pour la part détenue, ainsi que des emprunts d’un peu plus de 100 000 euros encore à rembourser. Ces chiffres le situent dans une fourchette intermédiaire par rapport aux autres candidats, entre les patrimoines plus élevés d’Emmanuel Macron ou de Valérie Pécresse et les patrimoines plus modestes de certains candidats de l’extrême gauche.

Les déclarations de la Haute autorité listent aussi les activités et les revenus imposables associés. Elles signalent le mandat de député du Nord occupé par Fabien Roussel entre 2017 et 2024, sa fonction de secrétaire national du Parti communiste français et ses activités de permanent politique antérieures. Le formulaire agrège ces revenus sous forme de montants annuels, sans distinguer ce qui vient de l’Assemblée nationale, du PCF, d’un éventuel salaire d’attaché parlementaire ou de droits d’auteur liés à ses livres. Les synthèses publiées dans la presse se concentrent sur le patrimoine immobilier et les totaux, sans isoler une rémunération spécifique de secrétaire national du PCF, là où, pour Marine Le Pen, elles détaillent par exemple des revenus mensuels liés à la présidence du Rassemblement national. Les documents confirment que Fabien Roussel perçoit des revenus d’élu et de dirigeant de parti, mais ils ne permettent pas de recomposer un revenu mensuel précis pour chacune de ces activités.

Le barème d’un député, la pratique d’un élu

Sur le volet parlementaire, les montants officiels ont été mis à jour récemment. Le site du Sénat rappelle qu’au 1er janvier 2024, un député perçoit une indemnité de base de 5 931,95 euros, une indemnité de résidence de 177,96 euros et une indemnité de fonction de 1 527,48 euros, soit 7 637,39 euros bruts par mois. Le site spécialisé qui calcule ces montants en net estime que cela correspond à un net mensuel d’environ 5 950 euros avant impôt sur le revenu, ce qui place les députés au-dessus du salaire brut moyen des salariés français, autour de 3 000 euros. Un décryptage publié pour les municipales rappelle le même ordre de grandeur, en insistant sur le fait que cette indemnité est un plafond légal auquel le député peut renoncer en partie.

C’est dans ce cadre que s’inscrit Fabien Roussel lorsqu’il devient député du Nord en 2017, puis lorsqu’il est réélu en 2022. Ses revenus mensuels bruts sont alors alignés sur ces barèmes nationaux. Durant la campagne présidentielle de 2022, une émission politique lui donne l’occasion de préciser ce qu’il fait de cette indemnité. Il y déclare reverser 2 000 euros par mois de ses « émoluments » à son parti. Si l’on applique ce reversement à un net parlementaire de 5 950 euros, son revenu disponible personnel tombe aux alentours de 3 950 euros avant impôt, un niveau proche de celui d’un cadre supérieur du secteur privé, mais nettement au-dessus de la médiane salariale française. Les déclarations de patrimoine ne ventilent pas ces versements. Elles ne disent pas, mois par mois, quelles sommes ont été transférées au Parti communiste français.

Assistant parlementaire : des chiffres qui s’entrechoquent

Avant de siéger au Palais-Bourbon, Fabien Roussel a été salarié comme attaché parlementaire. De 2009 à 2014, il travaille pour le député communiste du Nord Jean-Jacques Candelier. En février 2022, un site d’investigation consacre une enquête à ce poste, en mettant en cause la réalité du travail effectué et le niveau de la rémunération. Selon les chiffres repris ensuite par d’autres médias, le salaire atteignait 3 000 euros nets par mois, soit 39 000 euros par an, pour un total d’environ 180 000 à 195 000 euros sur cinq ans. Ce montant dépasse largement le salaire net médian d’un employé ou d’un ouvrier du Nord à la même période, estimé autour de 1 700 euros mensuels par les statistiques régionales de revenus.

Sur une station de radio nationale, Fabien Roussel donne un autre ordre de grandeur. Il indique avoir « commencé à 2 460 euros net en 2009 » et avoir « fini à 2 700 » en fin de période. Dans la même séquence, les journalistes rappellent que sa déclaration d’intérêts à la Haute autorité mentionne une rémunération de 36 000 euros en 2013 au titre d’attaché parlementaire. Ce chiffre annuel correspond à 3 000 euros par mois sur douze mois ou à environ 2 770 euros sur treize mois, selon la manière de répartir le total. La donnée administrative se situe entre la fourchette déclarée par Fabien Roussel et l’estimation du site d’investigation. Dans un article de la presse nationale, la même période est décrite avec un total de 195 000 euros sur cinq ans, calculé sur la base de 39 000 euros annuels pendant cinq années. Les différentes sources convergent vers un revenu mensuel compris entre 2 500 et 3 000 euros nets, sans trancher sur le montant exact.

Les réactions au sein du Parti communiste et autour de lui ne portent pas seulement sur ces montants. Jean-Jacques Candelier publie un communiqué pour défendre son ancien assistant. Il y explique que Fabien Roussel était « un collaborateur précieux et efficace », en rappelant qu’il était présent sur les marchés, dans les réunions syndicales et lors des manifestations. Sur les réseaux sociaux, Fabien Roussel diffuse des photographies de réunions publiques et des courriers adressés aux habitants du Douaisis, censés montrer ses activités d’assistant. Dans une tribune publiée sur le site de la ville du Blanc-Mesnil, des élus locaux reprennent le chiffre de 3 000 euros nets mensuels et de 180 000 euros cumulés pour dénoncer un « détournement » d’argent public, en affirmant qu’il aurait travaillé davantage pour le Parti communiste que pour le député. Le Parquet national financier ouvre une enquête préliminaire sur ces soupçons d’emploi fictif, sans rendre ensuite publiques des conclusions détaillées sur les montants ou la qualification pénale. La controverse laisse en suspens une partie de la trajectoire financière de Fabien Roussel sur ces années-là.

Un maire dans la moyenne, un chef de parti dans l’ombre

Une fois assistant puis député, Fabien Roussel devient maire. À Saint-Amand-les-Eaux, son indemnité de fonction est désormais encadrée par le nouveau statut de l’élu local et par les plafonds d’indemnités définis pour les maires des communes de 10 000 à 19 999 habitants. Les barèmes montrent qu’un maire de cette strate peut percevoir jusqu’à 2 671,84 euros bruts par mois, là où les maires des plus petites communes restent sous les 2 300 euros bruts mensuels après revalorisation. Public Sénat rappelle que, dans l’immense majorité des cas, les maires ne dépassent pas les 2 000 euros nets mensuels, notamment dans les communes rurales qui se situent en bas des barèmes. Pour Saint-Amand-les-Eaux, la délibération municipale qui fixe l’indemnité du maire n’est pas publiée sous la forme d’une ligne nominative indiquant la somme versée à Fabien Roussel. Les documents disponibles révèlent l’existence de la décision, la référence au barème national et le vote, mais pas le montant concret du revenu perçu chaque mois par le maire. La notion de transparence est donc appliquée aux règles, mais pas aux chiffres individuels.

À l’échelle nationale, les comparaisons avec d’autres responsables politiques éclairent la position de Fabien Roussel. Les synthèses des déclarations à la Haute autorité montrent que Marine Le Pen a déclaré plus de 70 000 euros nets imposables pour son mandat de députée en 2017 et environ 5 000 euros mensuels comme présidente du Rassemblement national. Emmanuel Macron, lui, se situe autour de 195 000 euros nets imposables par an dans ses fonctions de président de la République, selon ces mêmes documents. Ces montants placent les dirigeants de grands partis et les plus hauts responsables de l’État bien au-dessus des plafonds d’indemnités des maires de communes moyennes et des indemnités parlementaires standard. Pour Fabien Roussel, les revenus de sa fonction de secrétaire national du Parti communiste ne sont pas isolés dans les déclarations. Les articles qui reprennent ses dossiers le citent comme dirigeant de parti, sans donner de chiffre spécifique pour ce rôle. Cette absence de ventilation empêche de situer précisément son revenu total sur l’échelle où figurent Marine Le Pen ou Emmanuel Macron.

Ce qu’on ne saura pas sans les bulletins

Certaines estimations tentent néanmoins de combler cette part manquante. Un article d’actualité en ligne affirme qu’à partir de ses différentes activités, Fabien Roussel « toucherait » près de 5 000 euros par mois, en combinant son salaire de député, sa rémunération d’attaché parlementaire et ses dispositifs d’épargne salariale. Ce chiffre n’est relié à aucun document officiel ni à aucune source économique reconnue. Il se situe dans la même fourchette que les revenus de cadres supérieurs du secteur privé, mais il reste une approximation, non vérifiée par les dossiers de la Haute autorité ou par les barèmes légaux. De son côté, la notice encyclopédique consacrée à Fabien Roussel mentionne les reversements mensuels de 2 000 euros au Parti communiste, ses mandats successifs et ses publications, sans avancer de somme globale pour ses revenus. Le lecteur se retrouve avec des chiffres solides pour les barèmes de députés et de maires, et des estimations discutables pour le reste.

La scène du conseil municipal de Saint-Amand-les-Eaux, au début de l’été 2026, condense ces limites de la transparence fragmentaire. Sur les tables du conseil, les dossiers de séance contiennent des références aux lois, aux décrets et aux circulaires qui encadrent les indemnités des maires. Les élus votent les textes, adoptent les barèmes, actent les décisions qui fixeront les revenus de leurs collègues. L’organisme de statistique, la Haute autorité et les sites institutionnels fournissent des chiffres détaillés pour les barèmes nationaux, les patrimoines et les revenus globaux des responsables politiques. Les procès-verbaux qui sortiront de cette réunion n’indiqueront pas, en toutes lettres, ce que reçoit, chaque mois, le maire communiste Fabien Roussel dans cette commune de 16 000 habitants. Le montant existe, il figure dans une ligne budgétaire, mais il reste en dehors du champ des documents que le public peut consulter.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.
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Louis Gastebois - Rédacteur en chef /// Diplômé du CELSA, Louis Gastebois a fait ses armes au pôle économie du Groupe Lafont Presse avant de rejoindre Combien Gagne. Il est spécialisé sur les rémunérations des hommes politiques et des élus : ministres, députés, sénateurs, élus locaux... Ses sources de prédilection sont : la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), déclarations d'intérêts, rapports parlementaires, médias locaux.

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