Combien gagne Inoxtag ?

06/06/2026

À 23 ans, Inoxtag gagne des centaines de milliers d’euros par an et des millions sur ses projets phares.

Il parle de voitures de luxe, de moteurs et de chevaux fiscaux. À côté de lui, un jeune homme en sweat à capuche aligne des montants à six zéros avec le ton de quelqu’un qui décrit une journée de tournage. En 2025, Inoxtag explique que cinq de ses vidéos lui ont rapporté plus de 1,6 million d’euros sur YouTube, soit environ 320 000 euros chacune. Il parle de revenus issus de la plateforme, dans un échange consacré à l’économie des créateurs.

Cette prise de parole marque un changement d’échelle dans le récit public autour d’Inoxtag. Jusqu’alors, les chiffres qui circulaient sur lui relevaient surtout d’estimations fondées sur le nombre de vues ou de déclarations partielles sur ses revenus mensuels. Avec cette séquence, le créateur né en 2002 donne lui-même un ordre de grandeur à sept chiffres, même si ce montant ne permet pas, à lui seul, de reconstituer ses revenus nets après coûts, impôts et frais de production.

Quelques mois plus tôt, il racontait l’arrivée de son premier virement YouTube, d’environ 1 200 euros, reçu à l’adolescence alors qu’il publiait des vidéos de jeux vidéo depuis sa chambre. Il expliquait alors que ses parents pensaient qu’il s’agissait d’« argent fictif » lié aux jeux, avant de comprendre qu’il était réellement rémunéré par la plateforme. Entre cette somme à quatre chiffres et les 1,6 million d’euros évoqués en 2025, le parcours raconte moins une explosion soudaine qu’une montée en puissance progressive de ses revenus, au rythme de l’élargissement de ses activités.

La chambre, le lycée et le premier chèque

Inès Benazzouz commence à publier vers 2015, à l’âge de 13 ans, sur des jeux comme Minecraft. Cette phase initiale est celle d’un adolescent de la région parisienne qui filme ses parties, monte ses vidéos seul et construit peu à peu une communauté. Les premiers revenus restent alors modestes, mais le premier cap symbolique est bien identifié : le passage des 10 000 abonnés, puis ce premier versement d’environ 1 200 euros.

La rencontre avec Michou, dans l’univers Fortnite, accélère cette progression. Les vidéos à deux, les défis et les codes communs de la scène gaming française élargissent très vite l’audience du duo. C’est aussi la période où son activité sort du cadre amateur : les collaborations se professionnalisent, le rythme de publication augmente, et l’environnement Webedia lui offre un cadre industriel fait de studios, d’accompagnement éditorial et de régie commerciale.

En 2020, il obtient un baccalauréat scientifique, mention « assez bien ». Cette décision marque le moment où la chaîne cesse d’être un pari adolescent pour devenir un métier à temps plein.

Un premier palier à 15 000 euros mensuels

Entre 2020 et 2022, son contenu change de nature. Le gaming demeure central, mais il publie aussi des défis, des vlogs, des voyages et des morceaux musicaux comme « Mili Mili » ou « Funkinox ». Cette diversification compte dans l’équation économique : elle attire des annonceurs plus variés et permet d’aller au-delà du simple partage de revenus publicitaires avec YouTube.

C’est aussi à ce moment qu’apparaît le premier chiffre vraiment marquant sur ses revenus récurrents. Inoxtag a indiqué gagner autour de 15 000 euros par mois grâce à YouTube, en précisant que ce montant ne comprenait ni les sponsors ni Twitch. Ce chiffre n’est pas documenté par des comptes publiés, mais il est cohérent avec les estimations ultérieures fondées sur les vues de sa chaîne. Rapporté à une année, il donne un ordre de grandeur d’environ 180 000 euros bruts pour la seule monétisation YouTube.

Pour un public non familier de cette économie, ce point est essentiel : un créateur peut toucher de l’argent de plusieurs manières en même temps. Il y a d’abord la publicité insérée par YouTube avant ou pendant les vidéos. S’y ajoutent ensuite les placements de produits, les streams rémunérés, les abonnements sur Twitch, les vidéos sponsorisées et, à partir d’un certain niveau de notoriété, des cachets pour des événements ou des conférences.

Les années à six chiffres stabilisés

Les estimations les plus souvent reprises pour 2022 et 2023 avancent 134 600 euros de revenus YouTube pour 2022 sur la chaîne principale d’Inoxtag, puis 161 400 euros pour 2023. Ces montants concernent la monétisation publicitaire de la chaîne principale ; ils n’incluent ni la chaîne secondaire, ni Twitch, ni les contrats de marque.

Il faut toutefois préciser la nature de ces chiffres. Ce ne sont pas des données officielles publiées par YouTube ni des bilans comptables rendus publics. Ce sont des estimations, élaborées à partir des vues et d’un barème moyen de rémunération. Elles donnent donc un socle plausible, utile pour raconter une trajectoire, mais pas un revenu certifié.

Ce socle permet néanmoins de voir qu’avant même les projets hors normes, Inoxtag avait déjà franchi le seuil des six chiffres annuels en monétisation pure. Dès lors qu’on ajoute les autres flux : sponsors, Twitch, collaborations, opérations spéciales, il se situe déjà, à partir de 2023, dans la zone des créateurs français qui gagnent plusieurs centaines de milliers d’euros par an.

Un documentaire et un sommet

Le vrai changement de dimension intervient avec « Kaizen », le documentaire consacré à sa préparation puis à son ascension de l’Everest. Le projet suit une année d’entraînement, mobilise une équipe, fait appel à des partenaires et vise une diffusion bien plus large qu’une simple vidéo en ligne. L’ascension elle-même aurait coûté autour de 50 000 euros, mais les budgets globaux avancés pour l’ensemble du projet montent beaucoup plus haut.

Sur ce point, la prudence s’impose. Plusieurs estimations parlent d’un budget de production compris entre plusieurs centaines de milliers d’euros et plus de 1 million d’euros, financé en grande partie par des sponsors comme Nike, Air Up, Deezer, Orange ou Deer. En revanche, aucune donnée officielle détaillée n’a été rendue publique. Il est donc plus juste de parler d’un projet à budget très élevé pour un créateur YouTube que d’affirmer un coût exact.

Le succès public du documentaire, lui, est moins discuté. « Kaizen » a été diffusé en séances événementielles dans plusieurs centaines de salles et a attiré plusieurs centaines de milliers de spectateurs. Les recettes en salle sont généralement estimées à plusieurs millions d’euros, mais sans chiffre officiel détaillé librement vérifiable ici. Le point central est ailleurs : « Kaizen » a dépassé la simple vidéo YouTube pour devenir un événement exploité au cinéma, puis à la télévision et sur les plateformes.

Une économie de film

C’est là que le cas Inoxtag change de nature. « Kaizen » n’a pas seulement circulé comme un contenu gratuit en ligne. Il a été exploité comme un film : billetterie en salles, partenariats de marques, monétisation YouTube, vente de droits de diffusion. Plusieurs analyses avancent un chiffre d’affaires global de plusieurs millions d’euros, puis tentent d’estimer la part qui reviendrait à Inoxtag et à son équipe après partage avec les salles, taxes et coûts de production. Mais ces montants restent des reconstructions, non des comptes officiels.

Même prudence sur la monétisation YouTube du documentaire. Certaines analyses évoquent plus de 31 millions de vues et plusieurs centaines de milliers d’euros de revenus publicitaires pour cette seule vidéo. Cette hypothèse est plausible pour un contenu long, fortement regardé et premium. Mais le montant précis dépend du revenu effectif pour 1 000 vues, qui varie fortement selon le public, la durée, la saison et les annonceurs.

Les montants avancés pour les sponsors et pour les droits de diffusion doivent être lus de la même façon. Certaines estimations parlent de plusieurs centaines de milliers d’euros de sponsoring et d’une cession de droits valorisée à plusieurs millions d’euros côté diffuseur. En l’absence de confirmation publique par les acteurs concernés, ces chiffres servent surtout à situer un ordre de grandeur : « Kaizen » appartient déjà à un marché où les montants se comptent en millions, pas en dizaines de milliers d’euros.

Un bénéfice à sept chiffres, mais estimé

Au début de 2026, plusieurs tentatives de bilan financier du projet ont circulé. En croisant les estimations de recettes salles, de revenus publicitaires, de sponsoring et de droits, puis en retirant les coûts supposés, certains aboutissent à un bénéfice net d’environ 2 millions d’euros pour Inoxtag et son équipe. Ce chiffre doit être présenté pour ce qu’il est : une estimation, non une donnée comptable certifiée.

La formule la plus juste consiste donc à écrire que « Kaizen » aurait pu lui rapporter un montant à sept chiffres et que plusieurs analyses convergent vers un bénéfice net de l’ordre du million, voire davantage. Ce niveau de rentabilité potentielle change la nature du personnage public : il ne s’agit plus seulement d’un youtubeur bien payé, mais d’un créateur capable de porter un projet audiovisuel complet, financé, distribué et exploité sur plusieurs supports.

Des flux multiples et parfois opaques

En dehors de « Kaizen », la lecture de ses revenus reste morcelée. Des outils privés avancent pour sa chaîne YouTube principale des revenus annuels situés entre plusieurs centaines de milliers d’euros et environ 700 000 euros selon les années et les volumes de vues. Là encore, ces chiffres ne sont pas des montants encaissés certifiés mais des estimations de capacité de monétisation.

Il en va de même pour Instagram. Son compte peut théoriquement générer entre 34 259 dollars et 46 934 dollars sur 30 jours selon certains outils de mesure du marché de l’influence. Ce type d’estimation renseigne surtout sur ce qu’un compte de cette taille peut facturer à des annonceurs. Il ne prouve pas que ces sommes sont perçues tous les mois. Mais il indique une chose utile : Inoxtag dispose aussi, hors YouTube, d’un compte à très forte valeur commerciale.

Les revenus liés à Twitch, aux conférences et à certaines opérations spéciales sont encore moins documentés. En 2025, il indique être rémunéré pour des conférences organisées partout en France. Les streams, les abonnements et les dons forment aussi un revenu d’appoint important chez les grands créateurs, sans que son cas personnel soit détaillé publiquement.

Une fortune à plusieurs millions, sans chiffre officiel

Le patrimoine estimé d’Inoxtag est l’un des points les plus souvent repris, mais aussi l’un des moins solides. Plusieurs estimations le situent dans une zone de 2 à 4 millions d’euros environ, parfois davantage. Ces fourchettes sont construites à partir de revenus estimés, de succès médiatiques et de suppositions sur son épargne ou ses investissements. Aucun document fiscal public ni aucun bilan détaillé accessible ne permet de confirmer une somme précise.

Dans l’état actuel des informations, la formulation la plus rigoureuse consiste à parler d’une richesse estimée à plusieurs millions d’euros. Cette prudence n’affaiblit pas le propos. Elle évite de faire passer pour acquise une évaluation qui relève, en réalité, d’un agrégat de modèles et d’hypothèses.

Un modèle de créateur-entrepreneur

Ce que le parcours d’Inoxtag permet d’établir avec solidité, en revanche, c’est la transformation de son métier. Les premières années relèvent de l’économie classique de YouTube : des vues, de la publicité, un premier chèque, puis une hausse régulière des revenus. À partir du début des années 2020, le modèle devient plus large : vlogs, musique, opérations sponsorisées, Twitch, événements. Avec « Kaizen », il entre dans une autre logique, proche de celle d’un producteur de contenus événementiels.

Sa trajectoire permet aussi de comprendre un changement plus large dans l’économie du web français. Un créateur ne dépend plus d’une seule plateforme. Il peut cumuler la monétisation des vues, les abonnements de sa communauté, les contrats publicitaires, la billetterie d’un événement, la vente de droits et des interventions publiques rémunérées. C’est cette superposition qui fait grimper les revenus plus vite que la seule croissance du nombre d’abonnés.

Un rapport à l’argent mis en scène

La façon dont il parle de l’argent suit cette évolution. À l’époque de son premier virement, l’argent surprend : 1 200 euros suffisent à provoquer une explication avec ses parents. En 2022, il donne un chiffre mensuel, 15 000 euros, qui reste encore lisible pour le public comme un très gros salaire. Dans la vidéo avec GMK, il parle cette fois en millions, sur fond de grosses voitures et d’économie du luxe. Ce décor inscrit son discours dans un univers où la réussite passe aussi par l’annonce de montants spectaculaires.

Il faut néanmoins distinguer les effets de mise en scène et les données vérifiables. Son chiffre de 1,6 million d’euros repose sur sa propre déclaration. Les coûts de ses vidéos, le niveau exact de ses marges et la part réellement conservée après fiscalité ne sont pas, eux, documentés de manière détaillée. Il a aussi indiqué qu’une grande part partait en impôts et qu’une vidéo comme celle de l’Everest avait pu coûter 1,6 million d’euros. Cela rappelle une règle simple : le revenu brut d’un créateur n’est pas son enrichissement net.

Une trajectoire désormais lisible

Au final, la trajectoire reste compréhensible pour le grand public si elle est racontée sans exagération. Premier âge : un adolescent filme Minecraft et reçoit un premier chèque de 1 200 euros. Deuxième âge : le youtubeur gagne autour de 15 000 euros par mois grâce à la publicité sur ses vidéos, puis franchit le cap des six chiffres annuels en monétisation estimée. Troisième âge : avec « Kaizen » et les grands formats, l’économie change de taille ; les recettes, les coûts et les contrats se comptent désormais en millions d’euros, même si les chiffres précis ne sont connus que par fragments.

C’est cette progression, plus que tel ou tel chiffre isolé, qui fait d’Inoxtag un cas d’étude de l’économie numérique française. Non parce que tout est transparent, mais parce que suffisamment d’indices convergent pour montrer qu’un créateur né sur YouTube peut, en quelques années, devenir le porteur de projets audiovisuels à très forte valeur commerciale.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.
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Ancienne journaliste d'investigation pour le magazine Entreprendre, spécialisée dans l'audiovisuel, Laura Picard décrypte pour Combien Gagne les rémunérations des présentateurs, animateurs, comédiens et figures du PAF. Elle s'appuie sur les rapports d'activité des chaînes, les bilans des sociétés de production et les déclarations publiques.

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