De sa chaîne de musculation à une marque de nutrition en grande surface, Tibo InShape a bâti un empire rentable. Salaire, dividendes, fortune : on remonte la piste.
Il parle d’un salaire fixe. Il montre des produits en rayon. Et, depuis quelques mois, il met aussi des montants sur une activité que les influenceurs décrivent d’ordinaire à voix basse. Derrière cette parole rare, il y a moins un conte de réussite qu’une question simple : combien gagne vraiment Tibo InShape, et d’où vient l’argent ?
En mars, les chiffres sortent
Sur le plateau de « Clique », au début de mars 2026, Thibaud Delapart, dit Tibo InShape, décrit son entreprise avec une précision inhabituelle pour un créateur de contenus. Il explique que sa marque de compléments alimentaires a déjà pu atteindre jusqu’à 1 million d’euros de chiffre d’affaires sur un seul mois, et il situe autour de 10 millions d’euros le chiffre d’affaires annuel global de ses activités, en additionnant nutrition, YouTube et partenariats.
Quelques mois plus tôt, à la radio, il avait déjà donné un autre repère : un salaire personnel de 10 000 euros nets par mois. À l’antenne, il indiquait aussi que l’une de ses entreprises avait réalisé environ 3 millions d’euros de chiffre d’affaires l’année précédente. Le contraste est là, net : des recettes qui se comptent en millions, et une rémunération personnelle qu’il présente comme volontairement contenue.
Pour le grand public, la confusion est fréquente. Le chiffre d’affaires est l’argent qui entre dans l’entreprise ; le salaire est ce que touche le dirigeant ; et le patrimoine correspond à la valeur accumulée au fil du temps, via des parts de société, des dividendes ou des biens. Dans le cas de Tibo InShape, toute la mécanique du personnage public repose sur cet écart entre ce qu’il gagne personnellement et ce que ses structures encaissent.
Dix ans de vidéos, puis le virage
L’histoire commence en 2013, à Toulouse. Étudiant en école de commerce, Thibaud Delapart met en ligne ses premières vidéos de musculation sur YouTube. Le ton est direct, les formats simples, les décors souvent réduits à une salle de sport, un banc, quelques haltères. La chaîne prend vite. En 2024, il est déjà présenté comme le premier YouTubeur de France, puis l’année suivante comme le créateur le plus suivi de la plateforme dans le pays, avec plus de 26 millions d’abonnés.
Sur la décennie 2013-2023, il affirme avoir gagné près de 2,958 millions d’euros grâce à YouTube, pour plus de 1 200 vidéos et près de 4 milliards de vues. Rapporté au temps long, cela représente environ 300 000 euros par an de revenus cumulés issus de la plateforme, sans compter les placements de produits. Il a lui-même avancé un ordre de grandeur de 1 500 à 2 000 euros par million de vues pour un créateur correctement monétisé.
À ses débuts, sa rémunération personnelle reste bien plus basse. Plusieurs portraits indiquent qu’il se versait autour de 3 500 euros par mois, alors même que sa chaîne pouvait déjà produire des recettes très supérieures certains mois. La raison est classique dans une petite entreprise : les flux qui entrent dans la société ne finissent pas automatiquement sur le compte du dirigeant. Ils servent aussi à payer les charges, les équipes, le matériel, les impôts et les réinvestissements.
Dès 2015, il donne une forme plus stable à cette activité en passant par une structure dédiée. Ce choix permet de transformer une aventure de vidéaste en activité d’entreprise, avec des revenus centralisés, des marchandises vendues et, surtout, une base pour diversifier plus tard ses sources de recettes.
Les compléments plutôt que la pub
Le vrai changement d’échelle ne vient pas de YouTube, mais de ce qui est vendu autour de YouTube. Avec InShape Nutrition, sa marque de compléments alimentaires, Thibaud Delapart sort du modèle du simple créateur rémunéré à la vue. Il bascule vers celui d’un entrepreneur qui utilise sa chaîne comme vitrine permanente pour un produit.
La chronologie est importante. La marque InShape Nutrition existe depuis 2019. En juin 2025, ses produits arrivent dans les magasins Carrefour : compléments, boissons énergisantes et barres nutritionnelles. À partir de ce moment, son activité ne repose plus seulement sur des liens sous des vidéos ou sur la publicité YouTube, mais sur une présence physique en grande distribution.
Ce déplacement du centre de gravité change tout. Sur YouTube, un créateur dépend de la publicité, des règles de la plateforme et du volume d’audience. Dans les compléments alimentaires, il vend une marque, une marge et une récurrence d’achat. Quand il évoque jusqu’à 1 million d’euros de chiffre d’affaires sur un mois pour cette activité, il parle d’un volume commercial qui dépasse largement celui de la monétisation classique d’une chaîne de fitness.
Des données d’entreprise accessibles au public confirment au moins une partie de cette montée en puissance. Une société liée à Thibaud Delapart affiche un chiffre d’affaires de 2,04 millions d’euros sur l’exercice 2023, avec une marge brute de 1,08 million d’euros. Ces chiffres ne couvrent pas nécessairement tout son écosystème, mais ils valident l’idée d’une activité déjà sortie du stade artisanal.
Le salaire, les dividendes et le flou
Lorsqu’il dit toucher 10 000 euros nets par mois, Tibo InShape ne dit pas tout, mais il ne dit pas non plus quelque chose d’absurde. Dans une entreprise, un dirigeant peut très bien choisir de se verser un salaire relativement limité et de se rémunérer aussi via les dividendes, quand l’exercice est bénéficiaire. C’est précisément ce qui nourrit l’écart entre l’image d’un « salaire » presque classique et la réalité d’une activité qui brasse plusieurs millions d’euros.
Le point solide, ici, est sa propre déclaration : 10 000 euros nets par mois. Le reste appelle plus de prudence. Certaines analyses ou certains sites avancent des bénéfices, des dividendes ou des patrimoines très élevés, mais ces chiffres ne reposent pas toujours sur des documents consolidés accessibles. Pour une lecture rigoureuse, mieux vaut distinguer ce qui relève du déclaratif, du document comptable et de l’estimation externe.
C’est là que le sujet devient plus délicat. Certains classements le créditent de revenus annuels et d’un patrimoine brut très élevés, mais la méthode n’est pas transparente et ces ordres de grandeur ne peuvent pas être traités comme des données vérifiées. D’autres analyses situent son patrimoine net dans une fourchette plus basse, mais là encore, il s’agit d’estimations et non de chiffres publiés par l’intéressé ou par une autorité de contrôle.
Autrement dit, le salaire est connu parce qu’il l’a dit. Le chiffre d’affaires global est plausible parce qu’il l’a détaillé à plusieurs reprises. Le patrimoine, lui, reste largement spéculatif.
Une image publique disputée
Cette trajectoire économique ne s’est pas faite dans le silence. En 2019, Tibo InShape participe à une vidéo de promotion du service national universel, en partenariat avec le gouvernement. Le fait est documenté. En revanche, le montant souvent cité pour cette opération n’a jamais été confirmé officiellement ; il doit donc rester présenté comme une estimation non vérifiée.
D’autres polémiques tiennent à son image plus qu’à ses comptes. Pendant plusieurs années, la présence d’un drapeau français dans sa salle de sport ou certaines prises de parole publiques lui valent des accusations de proximité idéologique avec l’extrême droite. Il s’en défend régulièrement, en se disant fier d’être français tout en assurant ne pas vouloir se lancer en politique.
Cette ligne est constante : patriotisme affiché, refus de l’étiquette politique, et volonté de présenter son activité comme celle d’un entrepreneur français qui produit et paie en France. C’est aussi ce discours qui accompagne ses déclarations sur l’argent. Il ne se contente pas de dire qu’il gagne bien sa vie ; il ajoute qu’il le fait depuis la France, dans des structures françaises, avec des produits vendus au grand public.
De YouTube à la PME
Ce que raconte le cas Tibo InShape dépasse la curiosité autour du revenu d’un influenceur. En un peu plus de dix ans, un créateur né sur YouTube a construit une activité qui mêle contenu gratuit, e-commerce, distribution physique et image de marque personnelle. Le public qui le regarde est aussi celui qui peut acheter ses poudres, ses boissons ou ses accessoires. Le média et le magasin se confondent.
Cette bascule aide à comprendre le paradoxe apparent de son discours. Un homme peut toucher 10 000 euros par mois et piloter, en parallèle, des structures qui réalisent plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Il n’y a pas forcément contradiction : ce sont simplement des niveaux différents de la même activité, la paie du dirigeant, la santé de l’entreprise, puis, au-dessus, la valeur potentielle du patrimoine.
Reste un point de méthode, utile pour tout article sur les revenus de personnalités : dans ce dossier, les données les plus solides sont les déclarations attribuées à Tibo InShape sur son salaire et ses chiffres d’affaires, l’entrée de ses produits en grande distribution en 2025 et les données d’entreprise publiées dans les bases spécialisées. Les estimations de fortune, elles, doivent être maniées avec beaucoup plus de distance.
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