Combien gagne Pierre-Yves Bournazel ?

17/07/2026

Pendant dix-huit ans, Pierre-Yves Bournazel a vécu d’indemnités publiques en dénonçant les privilèges de l’Hôtel de Ville. Que gagne-t-il aujourd’hui ?

Dix-huit ans de mandats parisiens, une indemnité mensuelle de 3 382 euros nets en fin de parcours, et des déclarations publiques en contradiction avec sa propre situation financière. Pierre-Yves Bournazel a fait de la transparence des élus l’axe central de sa campagne pour la mairie de Paris. Il est sorti des urnes sans siège le 22 mars 2026. Ce que cet ancien député gagnait réellement, et ce qu’il gagne désormais, reste, à ce jour, une question sans réponse publique.

Après la défaite, le silence sur l’argent

Sur la page « Probité » de son ancien site de campagne, la promesse est toujours en ligne : « publication intégrale en ligne » de tous les frais de tous les élus parisiens, sans exception. Pierre-Yves Bournazel l’avait rédigée en novembre 2025, quand il briguait encore la mairie de Paris. En avril 2026, quelques semaines après sa défaite aux municipales, il a annoncé rejoindre le secteur privé. Aucun employeur. Aucun poste. Aucun chiffre. La page est restée en ligne.

Dix-huit ans de mandats : à combien s’élève la note ?

Pendant dix-huit années consécutives, de 2008 à mars 2026, Pierre-Yves Bournazel a siégé au Conseil de Paris comme représentant du 18e arrondissement. Son dernier revenu public connu est une indemnité mensuelle de 3 382 euros nets, fixée par délibération du Conseil de Paris en octobre 2025. C’est le montant applicable à tout conseiller de Paris sans délégation exécutive, ni adjoint à la maire, ni maire d’arrondissement, fonctions qui ouvrent droit à des indemnités supérieures. Bournazel n’a jamais exercé l’une ni l’autre.

De juin 2017 à juin 2022, il a cumulé ce mandat avec celui de député de la 18e circonscription de Paris. L’indemnité parlementaire s’établissait alors à environ 5 500 à 5 700 euros nets par mois. La loi plafonne le cumul de deux mandats : un élu ne peut percevoir plus d’une fois et demie l’indemnité parlementaire de base, tous mandats confondus. Le montant net effectif perçu par Bournazel après application de ce plafond n’a pas été reconstitué dans les sources disponibles. En juin 2022, Aymeric Caron (NUPES) l’a battu dans son fief de Montmartre. Il n’est pas retourné au Palais-Bourbon.

En dehors des indemnités de mandat, Bournazel a siégé comme administrateur dans plusieurs organismes liés à la Ville de Paris : la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain (CPCU), LCP Assemblée nationale, la Maison des Méttallos. La réglementation plafonne le cumul des jetons de présence, rémunérations versées aux élus qui siègent dans ces organismes para-publics, à 2 286,73 euros bruts par an. Certains de ces mandats figuraient dans ses déclarations à la HATVP comme exercés « à titre bénévole ». La décomposition exacte par organisme et par année n’est pas accessible dans les documents publics consultés. Ce qu’il percevait réellement à ce titre reste inconnu, et c’est précisément ce type d’opacité qu’il promettait de supprimer.

Les privilèges des autres, les siens en creux

Le 4 février 2026, Pierre-Yves Bournazel évaluait les frais de représentation de la mandature d’Anne Hidalgo à « environ 1,2 million d’euros ». Il promettait de les supprimer. Sur le programme de son mouvement « Paris apaisé », les frais de représentation de la Ville de Paris étaient chiffrés à 22,4 millions d’euros par an, « sans aucun barème ni publication ». Il s’engageait à les plafonner à 30 euros par jour par élu.

Dans le même document, il promettait la suppression des jetons de présence dans les sociétés d’économie mixte parisiennes, des entreprises où la Ville détient une participation et où elle place des élus comme administrateurs. Bournazel siégeait lui-même dans au moins trois de ces organismes. Le montant exact des jetons qu’il a perçus n’est pas publié. Sur ce point, il n’a fait aucune déclaration publique connue.

En janvier 2026, il a déclaré : « Frais de mandat, jetons de présence, abus et privilèges : avec moi, c’est terminé. » La date de cette déclaration précède de six semaines le premier tour des municipales. Ce qu’il entendait exactement par « terminé » pour sa propre situation n’a jamais été précisé.

Ce que la HATVP ne dit pas sur lui

Les déclarations d’intérêts et de situation patrimoniale déposées à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), l’organisme chargé de contrôler le patrimoine des élus français, lors du mandat de député (2017-2022) et de conseiller de Paris sont en principe consultables en ligne. Les tentatives d’accès aux fichiers individuels de Bournazel n’ont pas permis de récupérer les données chiffrées désagrégées. Un document daté du 13 mars 2021, hébergé sur le site de la Ville de Paris, porte sa signature, mais son contenu n’est pas accessible dans les sources disponibles.

La biographie officielle de l’Assemblée nationale mentionne une activité d’« auto-entrepreneur » antérieure à ses mandats. Ni la nature de cette activité, ni sa durée, ni les revenus associés ne sont documentés. Le régime des indemnités de fin de mandat applicable aux conseillers de Paris non reconduits, une compensation temporaire que la loi peut prévoir pour les élus qui quittent leurs fonctions, n’a pas davantage été identifié pour son cas. Bournazel a perdu son siège le 22 mars 2026, à l’issue du second tour des municipales remporté par Emmanuel Grégoire avec 50,52% des voix. Ce que touchait Bournazel avant de quitter ses fonctions est documenté. Ce qu’il a touché en les quittant ne l’est pas.

Pierre-Yves Bournazel n’est plus élu depuis le 22 mars 2026. En avril 2026, il a annoncé rejoindre le secteur privé et se consacrer à la campagne présidentielle d’Édouard Philippe. Aucun employeur, aucun titre, aucun niveau de rémunération n’a été communiqué.

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Louis Gastebois - Rédacteur en chef /// Diplômé du CELSA, Louis Gastebois a fait ses armes au pôle économie du Groupe Lafont Presse avant de rejoindre Combien Gagne. Il est spécialisé sur les rémunérations des hommes politiques et des élus : ministres, députés, sénateurs, élus locaux... Ses sources de prédilection sont : la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), déclarations d'intérêts, rapports parlementaires, médias locaux.

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