En 2026, un psychiatre hospitalier débute à 3 500 euros net par mois. Dans les zones sous-dotées, le même poste peut valoir 170 000 euros brut annuels. Entre les deux, une pénurie qui s’aggrave.
Au 1er janvier 2023, la France comptait 15 582 psychiatres, selon le rapport du Sénat sur la santé mentale publié en juin 2025. La DREES estimait leur effectif à environ 16 000 au 1er janvier 2025. Un tiers des postes de praticiens hospitaliers en psychiatrie publique est aujourd’hui vacant, selon le même rapport sénatorial, chiffre confirmé en décembre 2025 dans un rapport de la commission des affaires sociales sur les centres experts en santé mentale. Dans les services de pédopsychiatrie, la situation est plus grave encore : les effectifs hospitaliers ont reculé de 40% entre 2010 et 2025, tandis que le nombre d’enfants et d’adolescents suivis augmentait de 60% sur la même période.
La psychiatrie adulte hospitalière a, elle, gagné 17% de praticiens en quinze ans, sans combler les besoins : les délais d’attente pour une première consultation atteignent plusieurs mois dans la majorité des territoires. La densité de psychiatres varie de 5,5 pour 100 000 habitants dans l’Indre à 69 pour 100 000 à Paris, selon les données du Conseil national de l’Ordre des médecins citées dans le rapport sénatorial. L’âge moyen des praticiens en exercice est de 52 ans ; chez les pédopsychiatres masculins, il atteint 63 ans. « Il y a de plus en plus de départements complètement dépourvus de pédopsychiatres », a déclaré Charles-Olivier Pons, président de l’Union syndicale de la psychiatrie, au Monde en janvier 2025.
La santé mentale a été déclarée grande cause nationale en 2025. Le ministre chargé de la Santé, Yannick Neuder, a présenté en juin 2025 un plan psychiatrie en 26 mesures. Les dépenses de l’assurance maladie consacrées à la psychiatrie sont passées de 9 milliards d’euros en 2020 à plus de 13 milliards en 2025, soit une hausse de 44%, selon les chiffres cités à l’Assemblée nationale en janvier 2026. La psychiatrie reste pourtant classée 41e spécialité sur 44 aux Épreuves classantes nationales 2025.
La grille publique, trente ans pour atteindre le sommet
À l’hôpital public, tous les psychiatres titulaires partagent le même statut : praticien hospitalier (PH), soumis à une grille nationale indiciaire. Cette grille comprend 13 échelons, calculés sur la valeur du point d’indice fixée à 4,92278 euros depuis l’arrêté du 25 juillet 2023, valeur inchangée en 2026. Un psychiatre débute à 4 633 euros brut par mois à l’échelon 1 et atteint 9 368 euros brut au dernier échelon, après trente ans de carrière, soit 55 607 euros brut annuels en début de poste et 112 416 euros en fin, hors primes. Après déduction des cotisations salariales, le net mensuel oscille entre environ 3 500 euros en début de carrière et environ 7 900 euros au sommet de la grille.
La progression est mécanique : deux ans par échelon pour les huit premiers, quatre ans pour les quatre suivants. Pour atteindre l’échelon 13, il faut trente ans. Avant d’y accéder, les psychiatres exercent souvent comme assistants ou contractuels : un contrat de début de poste (motif 1) démarre à 4 580 euros brut par mois.
L’internat de psychiatrie dure cinq ans. La rémunération de base s’établit à 1 670 euros brut par mois en première année, et à 2 450 euros en cinquième. Avec les gardes et indemnités, le net mensuel effectif se situe entre 2 170 et 3 250 euros selon l’année d’internat. À titre de comparaison, un interne allemand perçoit entre 4 800 et 5 200 euros brut par mois, un interne suisse entre 6 000 et 7 500 euros, un interne néerlandais entre 3 200 et 4 000 euros.
Plusieurs primes viennent compléter le traitement de base. L’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE), versée aux praticiens s’engageant à ne pas exercer d’activité libérale parallèle, représente 1 010 euros brut par mois. Une indemnité d’activité sectorielle spécifique à la psychiatrie adulte et à la pédopsychiatrie s’élève à 420,86 euros brut par mois. Les gardes, selon le rythme et l’établissement, ajoutent entre 1 000 et 2 000 euros mensuels supplémentaires.
Saint-Lô, Arras : la surenchère du recrutement
Dans les zones sous-dotées identifiées par les Agences régionales de santé, un mécanisme contractuel dit « motif 2 » permet de porter la rémunération d’un praticien contractuel jusqu’à 9 927 euros brut par mois, soit un plafond annuel brut de 119 130 euros. À Saint-Lô et à Arras, les packages observés pour recruter des psychiatres atteignent 170 000 euros brut annuels, en intégrant gardes, primes d’attractivité locale et prime d’engagement de carrière hospitalière, cette dernière s’élevant à 20 000 euros versés en deux fois. À Angers, le CHU propose environ 140 000 euros brut annuels.
Ces écarts sont massifs rapportés aux rémunérations observées dans les grandes métropoles : Paris affiche une moyenne de 75 639 euros brut annuels tous statuts confondus. À Lyon, une entrée de carrière se situe autour de 59 000 euros brut annuels. Les données régionales agrégées par Hellowork pour 2026, issues d’offres d’emploi publiées et non de revenus déclarés, montrent que les régions en tension de recrutement affichent les rémunérations les plus élevées : la Normandie arrive en tête avec 8 091 euros brut mensuel en médiane, devant le Centre-Val de Loire (7 991 euros) et l’Occitanie (7 916 euros). L’Île-de-France, mieux dotée en praticiens, affiche 7 166 euros. L’Outre-Mer présente la médiane régionale la plus haute, 9 958 euros brut par mois, mais avec des écarts internes très importants.
En libéral, le pari des premières années
L’exercice libéral est la trajectoire la plus lucrative à terme. Elle est aussi la plus risquée à court terme. À l’installation, un psychiatre libéral réalise en moyenne 3 400 à 3 600 euros de chiffre d’affaires brut par mois. Après déduction des charges, fixées entre 45% et 60% du chiffre d’affaires et comprenant les cotisations CARMF et URSSAF, la CSG, la CRDS et les frais de fonctionnement du cabinet, le net mensuel se situe entre 1 700 et 2 100 euros. Moins qu’un assistant hospitalier au premier échelon.
Cette phase critique dure en général douze à dix-huit mois. Passée cette période, les revenus progressent rapidement. Un psychiatre libéral confirmé, à patientèle établie, perçoit entre 10 000 et 15 000 euros brut par mois, soit 5 000 à 9 000 euros net. La DREES, dans son étude publiée en décembre 2024 sur les revenus des médecins libéraux en 2021, établissait le revenu moyen annuel des psychiatres et neuropsychiatres libéraux à 92 800 euros, après charges et avant impôt sur le revenu.
Depuis le 1er janvier 2026, la consultation de référence (CNP) est fixée à 52 euros pour un psychiatre en secteur 1, contre 42,50 euros avant décembre 2024. Cette revalorisation en deux temps (50 euros au 22 décembre 2024, puis 52 euros au 1er janvier 2026) avait initialement été programmée pour juillet 2025 avant d’être reportée par la CNAM en raison d’un risque de dépassement du seuil d’alerte des dépenses d’assurance maladie. La consultation coordonnée dans le parcours de soins atteint désormais 57 euros (CNP à 52 euros + majoration de coordination MCS à 5 euros). Pour les patients de moins de 25 ans, la consultation de psychiatrie ou pédopsychiatrie est portée à 75 euros depuis le 1er juillet 2025, par l’addition du CNP, de la majoration de coordination MCS et de la majoration MP (18 euros). En secteur 2, les dépassements d’honoraires restent libres. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoit une surcotisation sur ces dépassements, que les syndicats médicaux contestent.
Ce que les revalorisations ne corrigent pas
Depuis 2025, les pouvoirs publics ont engagé plusieurs mesures. Le tarif de la consultation de référence a progressé de plus de 22% en un an (de 42,50 à 52 euros). Les quotas d’internes en psychiatrie doivent passer de 500 à 600 postes par an à partir de 2027. Le plan psychiatrie de juin 2025 prévoit 26 mesures, dont le déploiement d’un modèle national de repérage précoce des troubles chez les 12-25 ans d’ici 2027. Malgré 413 millions d’euros annoncés pour la psychiatrie en 2026, ces mesures ne comblent pas l’écart de revenus avec les spécialités médicales les mieux rémunérées.
Selon la DREES, le revenu moyen annuel d’un radiologue atteignait 212 700 euros en 2021, celui d’un radiothérapeute 417 500 euros. Les psychiatres et neuropsychiatres libéraux affichaient 92 800 euros, au même niveau que les rhumatologues (92 200 euros) et au-dessus des seuls pédiatres (88 400 euros). L’explication tient à l’économie de la spécialité : une consultation dure quarante-cinq à soixante minutes, elle est facturée 52 euros en secteur 1, sans acte technique associé.
Les effets des nouvelles promotions d’internes ne seront visibles sur le terrain qu’à l’horizon 2035. D’ici là, les établissements en tension continueront de recruter à coups de packages d’attractivité que la grille nationale ne prévoit pas, et que tous les hôpitaux ne peuvent pas se permettre.