Combien gagne Valérie Pécresse ?

18/07/2026

Valérie Pécresse touche au maximum 5 960 euros brut par mois. Ce que la loi lui permet de percevoir en plus, le Conseil régional n’est pas tenu de le publier.

Présidente d’une région de 12 millions d’habitants, candidate déclarée à la présidentielle de 2027, Valérie Pécresse accumule les mandats depuis dix ans. Sa rémunération officielle est encadrée par la loi, au centime près. Ce que la loi n’impose pas, en revanche, c’est de la rendre lisible. La dernière déclaration publique de ses revenus date d’octobre 2023.

5 960 euros brut, et après ?

Dimanche 28 juin 2026, Valérie Pécresse passe en direct sur BFMTV. Elle défend « le seul projet qui redressera la France » et plaide pour une candidature unique de la droite à la présidentielle de 2027. Le lendemain matin, elle exige de la SNCF des bus de substitution pour les voyageurs de la ligne J, bloqués dans les Yvelines après des orages ayant arraché 800 mètres de caténaires à Villennes-sur-Seine. Présidente de région, patronne d’Île-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports franciliens, candidate en constitution : trois rôles exercés en deux jours. Un seul est rémunéré.

La question de sa rémunération n’est pas nouvelle. Elle est simplement restée sans réponse actualisée depuis trois ans.

Ce que la loi fixe, et ce qu’elle laisse ouvert

Le Code général des collectivités territoriales est précis. Le président d’un conseil régional perçoit au maximum 145% de l’Indice Brut Terminal, le niveau de rémunération le plus élevé de la grille de la fonction publique, utilisé comme référence de calcul, soit 5 960,26 euros bruts par mois depuis janvier 2024, contre 5 639,63 euros avant la revalorisation de 2019. Le net avant impôt sur le revenu s’établit autour de 4 700 euros mensuels, soit environ 56 400 euros nets sur l’année.

Le législateur a cependant prévu une marge. Le même texte autorise une majoration de 40% votée par le conseil régional, ce qui porterait l’indemnité à 8 343,95 euros bruts par mois. Aucune délibération récente du Conseil régional d’Île-de-France confirmant ou infirmant cette majoration n’est accessible publiquement. Le plafond de cumul de mandats a été relevé à 8 897,93 euros bruts mensuels au 1er janvier 2025.

Ce que la région verse exactement à sa présidente reste non publié, et rien n’oblige à le publier.

Une déclaration figée depuis trois ans

La Haute autorité pour la transparence de la vie publique, organisme chargé de contrôler les déclarations de patrimoine et d’intérêts des élus et hauts fonctionnaires, publie ces documents en ligne. Celle de Valérie Pécresse, signée le 17 octobre 2023, est la dernière disponible. Elle couvre les années 2016 à 2023, mais seulement dix mois de 2023, la déclaration ayant été arrêtée à la date de signature.

Les chiffres sont nets et déclarés sur l’honneur. En 2021, Pécresse perçoit 54 082 euros nets de la Région, 1 411 euros de Versailles Grand Parc et 4 250 euros d’Aéroports de Paris au titre de sa fonction de censeur, membre du conseil d’administration sans droit de vote, chargé d’une mission de surveillance : 59 743 euros au total. En 2022, année de campagne présidentielle, les revenus régionaux chutent à 47 098 euros nets, soit une baisse de 13% par rapport à 2021, sans explication officielle dans le document. En 2023, les dix mois déclarés ne représentent plus que 39 372 euros nets d’indemnité régionale.

La présidence d’Île-de-France Mobilités figure dans la déclaration avec une mention sans ambiguïté : zéro euro net perçu, pour chaque année de 2016 à 2023. Les droits d’auteur : 15 028 euros nets en 2019, pour un livre publié chez Robert Laffont. Zéro depuis.

Depuis le 17 octobre 2023, aucune mise à jour n’a été déposée, et le prochain fait déclencheur légal n’interviendra pas avant la fin du mandat, en 2028.

5,1 millions empruntés, remboursés en six semaines

L’épisode qui a rendu les finances de Pécresse visibles au grand public n’est pas une déclaration volontaire. C’est un score électoral. Le 10 avril 2022, au soir du premier tour de la présidentielle, Pécresse obtient 4,78% des suffrages, sous la barre des 5% ouvrant droit au remboursement intégral des frais de campagne par l’État. Elle a emprunté 5,1 millions d’euros à titre personnel pour financer sa candidature.

Quatre jours plus tard, elle lance un appel aux dons. Christian Jacob, alors président des Républicains, déclare le 25 mai 2022 qu’elle a « quasiment remboursé » sa dette. Fin mai, le détail est connu : 3,3 millions d’euros récoltés auprès de particuliers, 1,2 million apporté par le parti, complétés par un remboursement partiel de l’État. La dette est soldée en six semaines.

Cette mécanique, l’obligation déclarative liée à une candidature nationale, avait produit en mars 2022 la seule photographie précise de son patrimoine global : 9,7 millions d’euros nets, faisant d’elle la plus fortunée des douze candidats. Un patrimoine qui, lui, n’est pas constitué de son indemnité d’élue.

9,7 millions déclarés, dividendes non chiffrés

Le patrimoine de Valérie Pécresse, tel que déclaré à la HATVP en mars 2022, comprend des actions General Electric pour environ 3,46 millions d’euros, des titres GE Healthcare pour 256 000 euros et des actions Rio Tinto pour 297 000 euros. S’y ajoutent des biens immobiliers et 54% des parts de la SARL Saint Damien, valorisées à 282 491 euros. Ce patrimoine est largement celui du couple.

Jérôme Pécresse, son mari, préside la division Aluminium du groupe Rio Tinto et détient par ailleurs JPCR Conseil SAS à 100%. La déclaration HATVP liste les participations financières du foyer mais ne renseigne pas les dividendes perçus, c’est-à-dire les revenus versés aux actionnaires par ces sociétés. La rubrique reste non renseignée.

Les revenus nets officiels de Valérie Pécresse oscillent entre 46 000 et 60 000 euros par an depuis 2016, selon ses propres déclarations. Le patrimoine mobilier du couple dépasse 4 millions d’euros d’actifs cotés, dont les rendements annuels ne sont nulle part chiffrés publiquement.

Depuis octobre 2023, plus aucune mise à jour

Le cadre légal prévoit une obligation de déclaration à la prise de mandat, lors d’une modification substantielle du patrimoine, c’est-à-dire un changement significatif dans sa composition ou sa valeur, et à la fin du mandat. Le mandat de Valérie Pécresse court jusqu’en 2028. Aucune modification substantielle n’a, à ce jour, déclenché de nouvelle publication.

En 2021, avant de se lancer dans la primaire LR, Pécresse avait déposé une déclaration volontaire, geste qui anticipait le contrôle public lié à une candidature nationale. En 2026, les signaux d’une nouvelle candidature à la présidentielle sont explicites : tribune publiée dans Le Figaro le 4 mai, appel à une primaire de la droite lancé le 14 février, intervention sur BFMTV le 28 juin. La prochaine déclaration obligatoire : 2028.

Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : contact [@] combiengagne.fr.
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Louis Gastebois - Rédacteur en chef /// Diplômé du CELSA, Louis Gastebois a fait ses armes au pôle économie du Groupe Lafont Presse avant de rejoindre Combien Gagne. Il est spécialisé sur les rémunérations des hommes politiques et des élus : ministres, députés, sénateurs, élus locaux... Ses sources de prédilection sont : la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), déclarations d'intérêts, rapports parlementaires, médias locaux.

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