Combien gagne Gérard Larcher par mois ?

27/07/2026

Il préside le Sénat depuis 2014, appelle chaque année à réduire les dépenses publiques, et refuse de divulguer le montant de sa retraite. Son revenu mensuel global est estimé à plus de 30 000 euros. Ce silence est parfaitement légal. C’est précisément le problème.

« On ne peut pas prôner la réduction des dépenses publiques… »

C’est une phrase qui a échappé à son auteur. Janvier 2025 : un hebdomadaire révèle que le Sénat vient de commander un nouveau fauteuil présidentiel pour 40 000 euros hors taxes. Gérard Larcher répond dans la presse. Il corrige d’abord le chiffre : ce n’est pas un fauteuil, ce sont deux fauteuils et un prototype, pour 34 000 euros. Puis il lâche cette formule : « On ne peut pas prôner la réduction des dépenses publiques et ne pas se l’appliquer à soi-même. » Il a dit « erreur ». Il n’a pas dit ce qu’il gagne.

Quelques mois plus tôt, en mai 2025, le même Larcher accordait un entretien à un quotidien national pour expliquer qu’en matière de finances publiques, « aucune dépense n’est sacrée ». En décembre 2024, après la dissolution, il déplorait que la réforme des retraites ait été abandonnée : « Un quinquennat pour presque rien. » La réforme des retraites. Celle qui a relevé l’âge légal de départ pour des millions de salariés. Celle que Gérard Larcher a défendue depuis le perchoir du Luxembourg.

Sa propre retraite, lui, il ne la commente pas.

Ce que l’État verse et ce qu’il ne dit pas

Les chiffres officiels existent. Ils sont publics, accessibles sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), l’organisme d’État chargé de contrôler le patrimoine et les revenus des élus. Pour l’année 2022, Gérard Larcher y a déclaré 151 654 euros nets au titre de ses fonctions, soit environ 12 638 euros nets par mois. La fiche détaillée décompose la rémunération mensuelle brute : 5 931,95 euros d’indemnité parlementaire de base, auxquels s’ajoutent 177,96 euros d’indemnité de résidence et 1 527,48 euros d’indemnité de fonction, soit 7 637 euros bruts pour la part sénatoriale. L’indemnité spécifique de président du Sénat ajoute 7 591,58 euros bruts. Total brut mensuel : 15 228 euros, soit environ 11 900 euros nets.

À cela s’ajoute une avance pour frais de mandat (AFM) de 6 600 euros mensuels. Cette somme, destinée à couvrir les dépenses liées à l’exercice du mandat (déplacements, communication, permanences), n’est pas imposable et ne figure pas dans les déclarations transmises à la HATVP. Elle a été relevée de 700 euros en janvier 2024, soit une hausse de 11,9%, officiellement justifiée par le contexte inflationniste et les dépenses liées aux Jeux olympiques.

Ces deux blocs (indemnité nette et avance de frais) représentent déjà 18 500 euros par mois. Auxquels s’ajoutent, selon la déclaration HATVP de 2022, 18 019 euros de revenus fonciers annuels, soit environ 1 500 euros par mois, issus d’une société civile immobilière (SCI), une structure juridique permettant de détenir et gérer des biens immobiliers à plusieurs, dont Larcher détient 30% du capital, valorisée à 285 000 euros.

La loi sur la transparence de la vie publique, votée en 2013, impose aux parlementaires de déclarer leurs revenus d’activité à la HATVP. Elle exclut expressément les pensions de retraite de ce périmètre. Ce n’est pas une fraude. C’est une lacune législative. Et Gérard Larcher en bénéficie pleinement.

La retraite à 10 000 euros : le chiffre qu’il ne confirme pas

En mars 2023, alors que le Sénat s’apprête à voter la réforme des retraites, un magazine économique publie une estimation de la pension mensuelle de son président. Le chiffre avancé : plus de 10 000 euros bruts par mois. Un média d’investigation reprend et étaye le calcul. Gérard Larcher est interrogé. Il refuse de confirmer. Il refuse d’infirmer. Il invoque le caractère personnel de ses données fiscales.

Le régime de retraite des sénateurs a été créé en 1905. Ses règles de calcul ne sont pas rendues publiques. Pendant des décennies, un sénateur accumulait environ 2 200 euros nets de pension pour chaque mandat de six ans accompli, un montant qui se cumulait d’un mandat à l’autre. En août 2023, le Sénat a voté sa propre réforme : réduction des pensions de 20%, relèvement de l’âge de départ à 64 ans, exigence de 43 annuités pour le taux plein. Résultat : la pension mensuelle nette moyenne d’un sénateur s’élève désormais à 3 391 euros, soit plus du double de la retraite moyenne nationale, fixée autour de 1 400 euros nets pour 40 annuités.

Gérard Larcher n’est pas un sénateur moyen. Il siège au Palais du Luxembourg depuis 1986 : 38 ans de mandat sénatorial à la date de cet article. Il a commencé à cotiser au régime spécial des sénateurs avant la réforme de 2023 ; ses droits acquis sur les décennies précédentes restent calculés selon les anciennes règles, plus généreuses. Sa pension sénatoriale seule est estimée à environ 4 500 euros bruts mensuels. À quoi s’ajoutent une retraite de maire de Rambouillet (mandat exercé de 1983 à 2014, soit 28 ans) estimée à 2 000 euros, une retraite de vétérinaire libéral exercée pendant une décennie estimée à 1 000 euros, et une pension d’ancien ministre d’environ 500 euros, acquise lors de ses trois ans aux gouvernements Raffarin et Villepin. Total estimé : entre 8 000 et 10 000 euros bruts par mois. Peut-être davantage.

Il ne dit pas combien.

Quarante ans de cumuls, une fortune construite en silence

Gérard Larcher est devenu maire de Rambouillet en 1983, à 33 ans. Il était encore vétérinaire. Il présidait une commune des Yvelines de taille moyenne tout en continuant à exercer en cabinet. En 1986, à 37 ans, il est élu sénateur, le plus jeune de France à l’époque. Il cumule alors une indemnité parlementaire et une indemnité de maire, dans un cadre juridique qui, avant la loi de 2014 sur le non-cumul des mandats, autorisait des rémunérations croisées sans plafond strict.

En 2004, Jean-Pierre Raffarin le nomme ministre délégué aux Relations du travail. Sa rémunération mensuelle brute passe à environ 10 692 euros, le traitement d’un ministre délégué à l’époque. Il cède temporairement son siège de sénateur et la mairie de Rambouillet, dont il devient premier adjoint. Il reste au gouvernement jusqu’en mai 2007, sous Jean-Pierre Raffarin puis sous Dominique de Villepin. En 2007, il retrouve son siège au Sénat. En 2008, premier élu à la présidence du Sénat, il franchit un palier supplémentaire : l’indemnité de président s’ajoute à l’indemnité parlementaire, portant le total brut à un niveau que peu d’élus atteignent.

Depuis 2014, sa présidence est permanente. À chaque renouvellement triennal, la machine continue : 223 voix en 2017, 231 en 2020, 218 en 2023. Et chaque année qui passe liquide un peu plus de droits à la retraite.

Son patrimoine déclaré à la HATVP comprend les 30% de la SCI mentionnée plus haut, des parts au Crédit Mutuel et dans Centravet, une coopérative d’approvisionnement pour vétérinaires, un vestige sans doute de sa première carrière. Sa fortune globale est estimée à environ 2 millions d’euros en 2024. Ces 2 millions ne tombent pas du ciel : ils sont la résultante arithmétique d’une carrière qui a commencé avec une indemnité de maire en 1983 et qui n’a jamais connu d’interruption de revenu depuis lors.

Le vétérinaire normand qui n’a pas fait l’ENA

Gérard Larcher est né le 14 septembre 1949 à Flers, dans l’Orne. Son père était maire de Saint-Michel-des-Andaines, un village, et éleveur de chevaux. Après une prépa scientifique à Amiens, Larcher entre à l’École nationale vétérinaire de Lyon. Il en sort en 1973 avec une thèse sur les chiens de grande vénerie. De 1974 à 1979, il est le vétérinaire officiel de l’équipe de France de sports équestres et participe aux Jeux olympiques de Montréal en 1976.

Il n’a pas fait Sciences Po. Il n’a pas fait l’ENA. Il n’a jamais travaillé dans un cabinet de conseil. Dans le paysage politique français de sa génération, ce profil est une singularité. Il en a toujours fait un atout, cultivant une image d’élu de terrain, attaché aux Yvelines et à la ruralité. Ses collègues politiques le décrivent volontiers comme un « bonhomme », au sens de personnage solide et peu apprêté.

Cette image de simplicité coexiste avec des dépenses de cabinet documentées dès sa prise de fonction en 2014 : les frais de personnel de son équipe ont augmenté de 26% par rapport à son prédécesseur Jean-Pierre Bel, et la rémunération moyenne de ses collaborateurs de 40%. Le directeur de cabinet de la présidence du Sénat perçoit jusqu’à 19 154 euros nets par mois. Larcher n’a jamais commenté ces chiffres.

Fin mai 2026, Gérard Larcher a indiqué qu’il souhaitait se représenter à la présidence du Sénat lors du renouvellement d’octobre. « J’espère que mes collègues me feront à nouveau confiance », a-t-il déclaré. À 76 ans, un sixième mandat lui permettrait de rester à la tête du Palais du Luxembourg jusqu’en 2029. Avec l’ensemble du dispositif financier que cela implique : indemnité de président, avance de frais, avantages en nature, pensions qui continuent de courir.

Le 26 mai 2026, soit quatre jours avant cette déclaration de candidature, le président de la HATVP, Jean Maïa, lui remettait en main propre le rapport d’activité 2025 de l’institution, ainsi qu’un bilan intitulé « Douze ans au service de l’intégrité publique ». Gérard Larcher a reçu le rapport. Il ne dit toujours pas combien il gagne vraiment.

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Licencié en économie à Paris-Dauphine, ancien pigiste pour FranceTV et Ouest-France où il couvrait l'emploi et l'économie régionale, Bruno Choutet rédige des articles et des enquêtes sur les rémunérations pour Combien Gagne en croisant les données INSEE, DARES (Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques), conventions collectives et témoignages de professionnels en exercice.

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